CHAPITRE V
Quel homme cVuit que doa Pompeïo. De Taveu Bïncèreet de la proposition quHl fil à doua Francisca lorsqu'il Teill épousée. Elle se console aisément de la supercherie de son mferi. Elle consent à ce qu'il lui propose.
Je n'eus pas besoin de presser don Pompeïo. de m'épouserf il en ayait une si grande impatience, qu'il ne s^occnpa en arrÎTant Â,Grçnade que des démarches qu'il fallait
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faire pour y parvenir. ?^ou8 nous mariâihes enfin ^ et, le lendemain de nos noces , nous eûmes ensemble nn plaisant entretien.
Ma chère Francisca , me dit-il en m^embrassant avec tendresse , nous voici donc liés tous deux par les doux nœuds de Yhymenée. G^est à présent, ma mignonne, que nous deyons nous parler a cœur ouverU II n'est permis qu'aux amans de mentir : il faut que les maris soient sincères. Je vais changer de style , et ne tous rien celer. Quand je tous dis a Cordoue que j'étais un laquais supposé, et que Tamour m'avait inspiré cette ruse pour m'introduire auprès de tous, je tous dis la Térité j mais, lorsque j'empruntai le nom de don Pompeïo de la Cucva , je vous avouerai que je Tous trompais , et que je me parais de ce beau nom pour rendre ma témérité plus excusable. Cependant, ajouta-t-il, si je ne suis pas d'un sang noble , je ne sors pas non plus de la lie du peuple. Je m'appeJle fiartolome de Mortéro ; et je dois le jour
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à un yénërable apothicaire de ]a célèbre ville de Saragosse. Ce n'est donc , ma princesse, qu'une petite supercherie que je vous ai faite , et que la fille d'un juge de village doit me pardonner.
Je vous la pardonne volontiers , lui disje en souriant j le hasard n'assortit pas toujours si bien les époux; mais apprenezmoi si vous exercez la pharmacie? Je m'en suis mêlé d'abord , me rëpondit-il ; j'ai fait des décoctions , et cela m'a dégoûté du
' métier. J'ai senti que j'étais né pour des choses plus élevées. Je me suis fait prince. Tantôt je suis un héros maure , et tantôt
. un prince chrétien. Vous devez voir par là que je fais la comédie. Je joue les pre* micrs rôles : c'est mon emploi.
Je doute fort, lui répliquai-je , que le revenu de vos principautés soit bien considérable. 11 est vrai , répartit-il , qu'il est un peu mince, a moins que nos pièces nou> velles, bonnes ou mauvaises, ne jettent delà poudre aux yeux du public, et ne
Tattirent en foule pendant deux mois, ce
qui , je Favoue , est fort casuel. Pour nos
princesses , Gontinua-t>il , elles sont beau-
coup plus heureuses que nous. Que le
théâtre leur rapporte ou non , elles vivent
toujours dans Taise et dans Tabondance.;
il faut être tënioin de leur honheur pour
le croire. Elles sont adorées des seigneurs
dans toutes les villes par où nous passons.
Par exemple , les actrices de la troupe qui
est actuellement dans cette capitale de la
province de Grenade sont toutes parfaite*
ment bien établies , depuis la plus belle
jusqu^à la plus laide. On dirait que les
filles de théâtre ont un talisman pour plaire
aux hommes distingués par leur naissance
ou par leurs richesses.
Après que mon mari m'eut ainsi vanté le bonheur des comédiennes de Grenade , il me proposa dVn augmenter le nombre , en disant : Francisca , croyez-moi , embrassez ma profession. Jeune et belle comme vous Têtes ^ vous n'y aurez que de
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Fagrëment. Vous tous moqaez de moi , lui répondis-je ; il faut airoir du talent pour le théâtre , et je n^en ai point. Vous en avez de reste, me dit-il. Je me souviens de TOUS avoir quelquefois entendue chanter des romances devant le commandeur; je nVtais pas moins enchanté que lui de la douceur et de la force de votre voix. Il n'y a pas de serin de Canarie qui ait un plus joli gosier que le vôtre.
Se peut'il, mVcriais-je en riant, que jnon chant vous ait fait tant dHmpressionI Que diriez-vous donc si vous m'aviez vue danser? Je suis persuadée que vous seriez encore plus satisfait de mes pas que de ma voix. Cela n'est j^as possible, me dit- il avec surprise! Ah! ma reine, de grâce, ayez la complaisance de faire devant moi quelques pas , que je voie de quelle façon vous vous en acquittez. Je dansai aussitôt une sarabande pour le contenter , ce que je fis d'une manière quiTenle-via. Ma chère épouse , s'écria -t- il dans l'excès de son ra-
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vissement, quel trésor pour moi d'avoir une femme qui possède deux talens qu'oa peut appeler aujourd'hui deux mines d'or et de pierreries! Hâtons-nous de les faire valoir. Dê« demain je veux assembler les comédiens, et vous présenter à leur compagnie comme un sujet capable de Venrichir.
De mon côté , ajouta-t-il , je n'ai qu'à me montrer à ces messieurs pour être reçu parmi eux. Ils connaissent de réputition Bartholome de Mortéro , ils seront bien aises de m'avoir. Quand je passai par Cordoue , où votre beauté n^rréla , je revenais de Séville , où j'ai brillé trois ans , et j'y brillerais encore, si je n'eusse pas été obligé de disparaître brusquement , sur l'avis qu'on me donna que mes créanciers s^impatientaient.
Enfin mon époux me fit envisager tant d'avantages , tant de douceurs , tant de plaisirs dans la vie comique ; il me fit tant d'instances pour prendre le parti dn
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théâtre , qu'il vint a bout de m'y déterminer.