CHAPITRE IX
Du, malheur qui arrive dans le château de Garalla, et quelle en fut la suite. Dona Francisca prend la résolution de se retirer à Madrid avec dona' Manuela sa compagne de théâtre. Elles se font passer pour des dames de condition.
Je m^étaîs donc dëterrainëe à soufirir encore la vue de don Dominique Rifador , sans rien rabattre des sentimens que j^ayais pour lui ) mais il cessa de venir au château. Son orgueil , se soulevant enfin contre mes rigueurs , lui fit former, pour nv'en punir, le dessein de ne plus m'honorer de ses visites.
n ne borna pas là sa vengeance; il in^
solta Bhrboloitte, lequel, étant encore pliM que Jiii d^humeur spadassîne , lui fit tirer Vtp4ej et le blessa dangereusement. Gepen* dant Bifador n^en mourut point, et cette affaire insensiblement parut assoupie : on n^en parlait plus. Mais, six moisaprès, mon ëpoux étant à la chasse tout seul dans un bob, y rencontra don Dominique, qui lui lâcha traîtreusement un coup de carabine, et le coucha par ten'e roide mort. Quoique cet assassinat eût e'te commis sans témoins , son lâche auteur, persuadé que je Fcn soupçonnerais , et que je pourrais le faire arrêter, prit la fuite pour se de'rober a la rigueur des lois.
Je pleurai amèrement Bartolome ; et j^c'> tais d'autant plus affligée de sa mort, que je ne pouvais la yenger. Je m'en consolai pourtant à Faide de Manuela , qui , toujours prête à m'oiTrir son assistance , avait l'art d'adoucir mes peines . Cependant nos plaisirs furent interrompus par ce fuDest4S «rénement^ où^ pour jnienz dire, nous
nous ennuyâmes, de vivre dans la solitude. Je ne sais, dis*je un jour à mon amie, si vous êtes dans la disposition où je me trouve ; je commence à me lasser de la compagnie des gentilshommes de campagne et de leurs épouses. J^ignore ce qui peut produire en moi ce changement; si c^est un effet de mon inconstance naturelle, ou de la mort de mon mari. C'est à votre délicatesse seule qu'il faut l'attribuer , répondit Manuela , une fille , accoutumée auK fleurettes des seigneurs, doit bientôt se dégoûter du commerce des personnes que nous voyons dans ce pays-ci.
Ne vous imaginez pas, poursuivit-elle, que je sois pluspropre que vous à demeurer dans la solitude. Je vous dirai aussi franchement que je m'ennuie dans ce château ; je n'y ai plusquele plaisir d'être avec vous. Les diffWrens originaux qui viennent ici ne nde divertissent plus. Le ridicule rejouit d'abord f mais il déplatt ensuite , et devient insupportable. Si vouim'en voulez croire.
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ajouta-t-elle, nous saÎTrons une idëe qui m'est venue y et que je ne tous ai point encore éommuniquëe.
Je demandai â mon amie ce que c'était que cette idée : c'est , répondit-elle , d'abandonner ce séjour quelques années , et d'allernous établir à Madrid. Nous sommes assez riches pour y vivre noblement, et nous y passerons sans peine pour des femmes de qualité, puisque nous en avons toutes les manières. Que pensez-vous de ce projet? a-t-il votre approbation? N'en dout^pas, luidis-je,il roefiatteinfiniment. Que d'images agréables il présente à mon esprit! Hâtons-nous de l'exécuter. Je suis bien aise , dit Manuelà\ que vous applaudissiez à ce voyage. J'ai un pressentiment qu'il ne sera pas malheureux. Préparonsnous donc à partir. Laissez le soin du château à votre fermier, aveo ordre de vous en faire toucher le revenu à Madrid. Jo joindrai â cela les dépouilles de don Garcie, pour mieux soutenir la figure que noua
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nous proposons de faire dans cette capitale de la monarchie.
IVousnefûmes plus occapëesque des préparatifs de notre départ, qui ne furent pas plus tôt achevés , que nous nous mîmes en chemin avec nos soubrettes, toutes quatre dans un carrosse j et nous étions accompagnées de deux valets montés sur des mules et bien armés. Après une traite aussi pénible que longue , nous arrivâmes heu« reusement dans cette ville , où nous j ugeâmes à propos de changer de nom. Manuela prit celui d'isménie, moi celui dé Basilisa; et nous disant deux dames reuves de deux gentilshommes grenadins, nous louâmes cette maison, où nous commençâmes à recevoir compagnie. Kous y attirâmes d^honnétes gens par nos manières aisées , et nous nous en fîmes estimer par une conduite sage..
^ous voyons , nontinua-t-elle , un assez grand nombre de cavaliers nobles , et il n'y en a pas an qui n^ait pour nous de Tes'
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tîme et de la considération. Vous en pouvez jugez par don Manuel de Pëdrilla votre ami. J'ignore ce qaUl tous a dit de nous , mais je sais qvHI n'a pas dû vous en dire du mal. Quoique nous lui permettions de nous venir voir librement , nous ne craignons pas les rapports qu'il peut faire. Il n'a rien remarque^ qui Tait pu prévenir contre nos mœurs. Si nous ne suivons pas l'usage austère des dames qui s'interdisent l'entretien des hommes , nous n'en avons pas pour cela moins de vertu.