‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 28 sur 86 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Du malheureux succès qu^eut le service que don Chërûbin vealut rendre à son imi doa André. Il tort de cliei m sonr pour ue ]a plut revoir. Dona Francisai ëpoose don Pèdre. Qaei est cet homme.

Je ne sais » lui dis'je , ma sœur y vl tous TOUS ressouvenez de m'avoir prie de tous aider de mes conseils. Oui, sans doute, mon frère, me r<$pondit>-elle , et je tous en prie encore, Hë bien, repris-je, puisque TOUS le Toulez, je Tais donc m^ériger en conseiller; mais faites-moi un aTeu sincère auparavant : aimez - tous don Pedro Këtortillo ?

A cette question dona Francisca deTint plus rouge que le feu , et se troubla. Vous rougissez, poursuivis-je , ma Sœur; à ce I. 16

a4^ I'£ BACHELIER.

que je Tois, je n^ai pas besoin de votre repense pour sftvoir ce que je dois penser; votre trouble ne me Tapprend que trop.^ Il est donc vrai que vous aimez don Pédre! O ciel ! faut-il que vous ayez ieté les yeux sur celui de vos amans qui me paraît le moins digne de vous posséder !

Qui peut, répondit- elle, vous avoir si bien instruit d^un amour que je ne croyais pas avoir fait éclater ? Cest, lui répliquaije , un rival de don Pédre qui Fa pénétré. Et ce rival si pénétrant , reprit avec précipitation ma sœur, est apparemment Ca^ ravajal , pour qui vous avez la bonté de vous intéresser! Hé bien ! putsqu^il a démêlé mes sentimens , je.ne les désavouerai point. Oui, don Pédre m^a su plaire, je ne vous le cèle pas. Je suis fâchée que vous n^estimiez point ce gentilhomme^ mais sachez que je le regarde d^un œil si favorable , que je le préfère à Caravajal comme à tous ses autres rivaux.

Oh ! pour cela , ma sœur , interrompis- je

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avec quelque ëmotioii , je ne puis m'aocorder avec vous là' dessus. Je ne vois dans don Pèdre , pardonnez-moi ma franchise , qu'un tissu de mauvaises qualités. Il est bourru , emporte , plein de caprices ; et je le crois avec cela trés-jaloux de son naturel. Qu'il soit tout ce que vous ^voudrez, interrompit à son tour la veuve de Bartolome d'un air brusque et chagrin ,- quelque mal que vous m'en puissiez dire, il sera mon époux j et c'est vouloir te brouil- 1er avec moi pour jamais que d'entreprendre de me détacher de lui.

Ma sœur prononça ces paroles d'un ton de voix qui m'imposa silence. Je n'osai plus combattre sa sotte tendresse pour Rëtortillo, ni parler en faveur de Caravajal, qui fut oblige, avec tout son mérite, de céder la place à son indigne rival. J'en fus d'autant plus mortifié que je sentais augmenter de jour en jour mon amitié pour l'un et mon avemon pour l'autre. Je détestai le caprice de Francisca , et je corn-

nienoai à craindre que notre union ne fût pas de longue durée.

E^fectirement, depuis cet entretien, ma aoBur changea de conduite à mon égard.

X|ile rabattit beaucoup des attentions et des déférences qu'elle avait eues pour moi jusque-lÂ. Elle affectait même dVviter ma conversation ; efe-, quand elle ne le pouvait, die me parlait d'un air ^acé. Enfin, ne pouvant me pardonner de n^approuver pas le dessein qu'elle avait d'épouser un homme haïssable , elle ne me regarda plus que comme un censeur incommode et fâcheux dont elle devait se défaire. Aussitôt que je în'en aperçus , je pris mon parti. Je sortis de sa maison , d'où je fis porter mes nippes p l'hôtfil garni oà j'avais auparavant demeuré, et je i-ejoignis mop ami don Ma* nuel. Après cela qu'on me vienne vanter la force du sang. Quelque amitié qu'il y ait entre Us frères et sosurs, il £iut bieo peu de chose pour l'altérer.

Après notre séparatign , ja cessai de voir

Francisca , qui ne tarda guère à lier son sort à celui de don Pédre par un hyroen qui ne produisît pour elle que des fruits très-amers, puisqu^au lieu de trouver dans son second mari Thumeur commode et complaisante du. premier, elle reconnut qu'elle était tombée entre les mains du plus jaloux de tous les hommes. Dès le lendemain de leurs noces tout changea de iace dans la maison : Tentrée en fut interdite aux galans. Il n'y eut plus de jeu , plus de soupers ; don Pèdre changea de domestiques , et mit auprès de son épouse la duègne d'Espagne la plus rébarbative. En un mot, il fit une femme misérable de la plus heureuse de tontes les veuves. J'appris peu de temps après quUl Favait emmenée i la campagne avec Isménie; de manière que don Manuel fut obligé de se consoler de Feloignement de sa mattresse, comme moi de celui de ma sœur.

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