‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 34 sur 86 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Don Chérubin va a Salamanque^ et revient à Seville avec ses papiers. Il' reçoit la succession de son frère. Devoirs funèbres qvCil rend à sa mémoire. Suite de son amour pour Narcisa.

Le jour saivant, mon h6te, pour me faire voir qa'il était homme de parole , me* mena chez le jurisconsulte en question , et me présentant à lui : Seigneur don Mateo,. lui dit-il , TOUS voyez un gentilhomme qui est logé chez moi. Il n'entend pas trop bien les affaires , et il aurait besoin de tos conseils. Là-dessus le docteur me demanda gravement ce qui m'amenait à Séville. Je le mb au fait. Ensuite il me dit : Il faut avant toutes choses avoir votre extrait baptistaire en bdnne forme, avec un certificat qui prouve que vous êtes frère dudit César de

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la Ronda , depuis peu mort à Së?il]e. Ne perdez point de tem ps. Partez tout à Theure pour aller chercher ces pièces à Salamanque. Appor telles-moi , et comptez que je TOUS ferai remettre aussitôt les effets de Totre frère, malgré tous les tours de passepasse qu^on Youdra faire pour en retarder 1a délirrance.

L^impatience que j'ayais d^étre muni des papiersquim^étaientnécessaires pour tirer des griffes de la justice de Se ville les biens ^ui m^appartenaient, ne me permit de différer mon départ que du temps quHl me fallait pour m'y préparer , et me fit faire tant de diligence , qu^au bout de quinze jours on me yit revenir pourvu de mon extrait baptistaire et de certificats , tant du corrégidor que de tous les autres magistrats de Salamanque j de sorte qu^on ne pouvait me nier que je fusse fils de mon père, et par conséquentfrère dudit don César. Anssi quand don Mateo eut examiné mes papeperasses, il s^écria, comme par enthou-

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«iasme : Vire Dieu! Yoilâ des pièces -victorieuses! De plus, me dit-il, je yous apprends que pendant Totre absence j*aî tu les juges du commerce , qui m'ont dit queryotre frère a fait un testament la yeille de sa mort, et tous a nomm^ son légataire universel. Ainsi tous serez en peu de temps maître de ses biens , ou je ne Teux jamais me mêler d'aucune affaire, quelque bonne qu'elle puisse me paraître.

Gomme ce jurisconsulte me sembla mt^** riter ma confiance , je la lui donnai tout entière; et je n'eus pas sujet de m'en re* pentir , puisqu'on trois semaines il me mit en possession de tous les effets de don Ce'* sar, lesquels consistaient en barres d'argent, en pistoles d'Espagne, et en marchandises de défaite. Pour dire les choses comme elles se passèrent , il ne laissa pas de m'en coûter beaucoup pour an*acher ces richesses des mains qui les tenaient en d(^p6t , et elles ne me furent dâivrées qu'après tant de formalités , qu'on peut dire que les

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o^ciers de la justice furent mes cofaëritien. NëaDmoins, malgré le suc que ces frelons tirèrent de mes marchandises, mon jurisconsulte honnêtement récompensé , après une infinité de droits pajrés , tout compté , to«it rahattu , je me trouvai encore de netlayaleur de quatre-vingt mille ëcus..

Quelle bénédiction! Le premier usage que je fis d'une si bonne fortune fut de donner des marques publiques de ma reconnaissance à la mémoire de mon frère.

J'ordonnai pour le repos de «on âme des serrices solennels dans toutes les églises de Séyille. J'occupai pour mon argent le clergé tant séculier que régulier , à prier Dieu pour lui. Je fis connaître enfin que don César de la Aonda n'avait pas choisi un mauyaÎB frère pour son héritier. Lorsque je me fus acquitté des soins que je derais à sa cendre , je songeai à mes affaires. Je vendis mes marchandises, et j'en déposai l'argent, par le comeil du marchand de

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Tortose , entre les mains du seigneur Abel Hazendado, qui avait la rëputatioxf d^étre le plus sûr banquier qu'il y eût alors dans Sëyille.

Tandis que je mettais ainsi mon bien en règle, maître Gaspard, chez qui j'étais toujours logé avec le yîeux Catalan , avait pour moi de grandes considérations, aussi bien que sa femme ^ et la belle Narcisa me prodiguait les plus doux regards. Le marchand , de son câté , me vantait sans cesse le mérite de cette fille. U louait son esprit et son bon caractère , sans oublier sa vertu. Je voyais bien où il en voulait venir. Il souhaitait autant que Fhôte et Thôtesse qu'il me prit envie d'épouser cette aimable personne dont il était le parrain , et peutêtre même quelque chose de plus. J'avais assez de disposition à faire cette folie; je crois même que je l'aurais faite , si je n'eusse pas eu le bonheur d'en être préservé par une nouvelle que j'appris , et qu'on lira dans le chapitre suirant.

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