‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 35 sur 86 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

Don Chérubin rencontre MU^no. Ce qu^il Ini apprend, et de la nouvelle qui Tempéche dVpou' •er la fille de maître Gaipard ; ce qui fut cauM qu'il t'ëloigna de Se'ville avec antaiit de précipitatioa que i^il eût fait quelque maUTais coup»

Il est constant que j^aimais Narcîsa , et que , m'imaginant en être uniquement aimé, jVtais sur le point d^en faire la demande à son pdre , lorsque le hasard me fit rencontrer Mil^no , que je croyais encore au sesrice de Pédrilla. Eh ! te voilà, lai dis-je, mon cher Miléno! Don Manuel serait- il i Séyille ? Je ne suis plus à lui , répondit-il. Kous nous sommes séparés tous deuï à Toccasion d^un différend que j*ai eu avec son cuisinier pour la soubrette de dona Paula. Le cuisinier et moi, nous étions fort

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^pris de la petite personne , nous deTlnmes jaloux Fun de Tautre , nous nous battîmes^ je blessai mon homme, et je pris aussitôt la fuite. Je suis^ Tenu à' Sëville , où j'ai Fhonneur de serrir un jeime chanoine qu» sait accorder aTec son bréviaire le plaisir d'avoir une maîtresse.. Il yoit secrètement, par le ministère d'une officieuse Tieille et par le mien , la fille d'^un maître d'hôtellerie.

Ces dernières paroles me firent frémir ; je demandai en tremblant à Milëno s'il savait le nom de cet hôtellier. Il s'appelle ^ rëpondit-il, maître Gaspard, et sa fille se nomme Karcisa. Vous la connaissez apparemment, ajouta-t«il, puisque tous changez de visage en entendant prononcer son nom? Vous prenez quelque intâ:ét à. cette dame ? Plus que tu ne peux penser, reprisje , mon enfant. Je suis amoureux de cette beauté perfide. J'allais enfaire mon épouse. Tu me rends un bon office en me donnant un ayis dont je t'assure que je profiterai. I. 20

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Si j'«il8se 8tt ^ nue dit-il , que vous e'tiez dans le dessein de lier votre sort a celui de Karcisa, je me serais bien gardé de vous révéler la faiblesse qu^elle a pour le licencié don- Blas Mugérillo mon maître. U. ne laut nuûre à personne , et je serais fâche <{ae moi» rapport vous empêchât d'épouser une «harmantc fille qui n^a qu^une petite galanterie sur son compte. Monsieur Mi* léno, répiiquaî-je , cessez, s'il vous pl,aît> de faire arec moi le mauvais plaisant, et continnez de servir si honnêtement votre chaste maître. Apprenez-moi des nouvelles de don Manuel. IN'est^il pasTépoux de doua Clara? Non, vraiment, répondit-il.

Vous ne sarez donc pas qu'à son retour de fiarcelonne à Aloaraz, il apprit que cette dame était dans un- oouTent de filles de IVinaterva, et qu'elle y avait pris le. voile; de sorte qu'elle est perdue pour lus, selon toutes les apparences.. Et dans quelle situation , repris- je , as-tu laissé dona Paula? J)ans la situation, repartit-il, d'une fîUe

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qui aurait été bien aise de subir avec tous le joug de Vhyménéey et qui , se crojrant dans la nécessite de renoncer à cette espérance , a pris le mariage en ayersion, et ne veut plus en entendre parler.

Je voulais avoir un plus long entretien avec Miléno, mais il ne me fut pas possible de Fan'^ter. Il me quitta tout à coup en me disant : Adieu, seigneur don Chérubin; pardon si je ne demeure pas plus.long> temps avec tous. Je suis presse. Mon mattre donne à souper ce soir à cinq ou six de ses confrères : je vais chez le traiteur ordonner un repas digne de leur sensualité.

Après la retraite de Miléno , je fis bien des réflexions. Parbleu , .dis- je en moimême , il y a des physionomies furieusement trompeuses! Qui n'aurait pas cru comme moi Narcisa sage et vertueuse ? Il faut avouer que mon front vient de l'échapper belle ! Ensuite venant à don Manuel , et le plaignant d'avoir perdu une maîtresse aussi estimable que dona Clara ,

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je partageai sa douleur. Si j Vtais , dis-je , à Alcaraz présentement, je lui serais d'un grand secours. Qui m'empêche d'y aller ? La consolation d'un ami , l'intérêt de mon repos , tout m'excite à faire ce voyage. Tout indigne que IVarcisa est de ma tendresse , je me sens retenir par ses charmes, et j'^i besoin, pour l'oublier, de reyoir dona Paula. Enfin toutes mes réflexions abouUrent à me déterminer à prendre au plus t6t le chemin d' Alcaraz. Je sortis se* crètement de Séyille ; mais, en partant, je fis tenir à la fille de maitre Gaspard un billet , par lequel je lui mandais qu'étant obligé do m'écarter d'eUe pour quelque temps, j'avais chargé un jeune chanoine de la cathédrale du soin de la consoler i>endant mon absence.

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