‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 36 sur 86 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Don Gkërulnn se rend à Alcaras. "Dàxu quel ^lat il y trouva don Manuel de Pédrilla et dona Paula sa sœur. De raccueil quHls lai firent. Son amour se renouvelle pour la sœur de don Manuel.

Après ayoir ^t^ mal nourri, mal couché sur la route, et m^étre fort ennuyë pendant six jours , j'arrivai à Alcaraz. J'allai descendre chez Pëdrilla , qui crut Toir un fantôme lorsque je parus devant lui. Est-ce une illusion ? s'écria- t-il. Est-ce don Chérubin de la Rônda que je vois ?

Oui, lui répondis -je, mon ami, c'est lui-m^me. C'est moi que vous avez laissé à Barcelonne sous un habit que ma faible vertu ne m'a pas permis de porter jusqu'au bout. En mémç temps je lui contai de

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quelle façon, ma ferreur s^ëtant ralentie , je n'aTais pu achever mon noviciat. Et les moines , me dit-il , vous ont-ils du moins rendu une partie de Targent que tous leur aviez donne en prenant lé froc ? Non , lui repartis - je , cVst de quoi il n^a pas été question. Mais je serais content d^eux, s^ils n^eussent pas refuse 4e me prêter cinquante pisto](*8 que je leur demandai quelques jours après ma sortie. A ces mots , don Manuel haussa les épaules d'une manière qui valait la plus vive déclamation contre les moines. Souffrez , reprit-il ensuite, que mon amitié vous reproche de ne m'avoir pas mandé Pétat où vous étiez. Ne savez-vous pas qu'entre Espagnols c'est offenser un ami que de ne pas recourir à lui quand on a besoin de sa boUn^ ou de son épée ?

Pour réparer votre faute, continua-t-il, vous demeurerez toujours avec moi et partagerez ma fortune. Tout ce que j'exige de votre reconnaissance, c'est d'être persuadé

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que votre mauvaise situation ne lassera jamais mon amitié. Je dirai plus, je vous at promis ma sœur, et je vous renouvelle cette promesse. Elle conserve encore les sentimens qu^ell^ avait pour vous avant votre départ pour Barcelonnej car ne vous imaginez pas que, pour Tavoir quittée, vous ayez perdu la place que vous occupiez dans son cœur. Elle a pleuré votre in* constance sans se plaindre de vou^.

Je ne pus entendre parler ainsi Pédrllla sans m'attendrir , et le serrant étroitement entre mes bras. Ah ! mon cher don Manuel, m^écriai-je, quel bonheur pour moi d'avoir un ami si parfait ! et qu'il m'est doujc d'apprendre que je puis encore aspiref à la possession de dona Paula ! J'en ai d'au« tant plus de joie, que je ne suis point dans l'état indigent que voas pensez. J'ai quatre-vingt mille éous à lui offrir avec ma foi. Est-il XK)s$ihle, interrompit don Manuel , que la fortune ait répandu tant de biens sur vous ea si peu de temps?

Alors je rendis compte à mon ami de ce qui m^ëtait arrive depuis ma sortie du cou* vent ; et mon dëtail lui ût tant de plaisir ^ qu^il me conduisit aussitôt à Fappartement de sa sœur , à laquelle U dit en entrant tout transporté de joie : Grande , grande non- Telle ! Voici don Ch($rubin d« la Ronda , qui revient à tous plus amoureux que jamais. Oui y madame , dis-je à dona Paula , Famour me ramène â vos pieds. Le ciel , cotttent des eiTorts que j'ai faits pour me détacher de vos charmer, vous renvoie un amant qu'il n'a pas voulu vous enlever. Je vous pardonne ces efforts, me reponditelle en souriant ^ ma fierté n'en est point offensée , et je respecte trop la cause de Totre cbaugement pour vous le reprocher.

Que vous êtes heureux l'un et l'autre I s'écria mon ami; vous touchez au moment qui va combler vos souhaits. Pour moi , misérable jouet de l'amour, j'ai perdu l'espérance de posséder dona Clara. Je viens d'apprendre qu'elle a fiiit profession, et

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-que la cruelle me laisse le pénible emploi de Foublier^ Don Chérubin , ajoata-t-il , TOUS ne TOUS attendiez pas a cette nouTelle. Je la savais déjà , lui répondis-je : Miléno , que j'ai rencontré à SeTille , m'a tout dit. J'ai ressenti TiTement tos peipes; mais ' j'espère qu'en les partageant aTec tous, j'aiderai à les adoucir.

Je demeurai donc charge de deux soins , de consoler le frère., et de faire ma cour à la sœur. Je m'en acquittai si bien, que je diminuai le chagrin de l'un, et que j'augmentai l'amour de l'autre. Il est Trai que, si je redoublai les feux de dona Paula , de son c6té cette dame irrita les miens, et leur rendit leur première TÎTacité.

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