CHAPITRE X
Par qael hasard don GhéruLin apprend des nou> velles de dona Francisca, sa sœur, et de quelle façon il en fut aflfeeté. Il se marie à dona Paula. Honneurs qu'il reçoit.
Je passais fort agréablement le temps arec la plus brillante jeunesse d^Alcaraz, en at> tendant que je devinsse Fheureux époux de dona Paula , lorsque , étant un soir dans une des principales maisons de la ville, je vis arriver un grand hompie maigre , à qui la compagnie s^empressa de faire beaucoup de civilités. Je considérai ce cavalier, que je reconnus d^abord pour don Denis Langaruto, ce chevalier de Saint- Jacques que j'avais vu chez ma sœur à Madrid. Il me remit aussi , et venant se jeter à mon cou :
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Le seigneur don Chérubin , me dit^il, yeut bien que je Tembrasse ? Je suis rayi de le revoir. Pour ne pas demeurer en reste de politesse aTec ce gentilhomme , je lui témoignai une joie égale à la sienne , et Dieu sait pourtant à quel point cette rencontre nous était indifférente à tous les deux.
Nous sonpâmes ensemble dans cette maison. Comme nous étions dix ou douze à table, la conversation ne pouvait être toujours générale : chaque convive de temps en temps s^entretenait tout bas avec son voisin. Ainsi me trouvant auprès de don Denis, nous nous adressions souvent la parole a demi-voix de part et d^autre. Seigneur don Chérubin, me dit-il , j^ai pris , je vous assure , toute la part possible au triste accident qui est arrivé au mari de votre sœur, don Pedro Rétortillo. Je lui demandai d^un air surpris ce que o^était que cet accident. Comment donc ! repritil , vous ignorez que don Pèdre , étant à la chasse il y a trois mois, tomba de cheval,
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et se blessa de façon quHl ne Wctit pas deux heures après sa chute ? Voilà ce que je ne savais pas , lui dis- je ^ et cela ne doit pas TOUS étonner : je suis brouille ayec ma sœur depuis son mariage avec don Pèdre , et nous avoQS rompu tout commerce ensemble. Mais, de grâce, ajoutai-je, seigneur don Denis , apprenez-moi si ce que ▼ous ^enez de me dire est véritable . Vous n'en devez pas douter, répondit-il, ce malheur est arrivé a votre beau -frère auprès de Cuenca , dans son château de Villardesaz, où il s'était retiré avec sa femme quelques jours après l'avoir épousée.
Je fus si ému^le cette nouvelle , que j'en eus l'esprit tout occupé le reste de la soirée. Ma sœur, pour qui je ne croyais plus avoir que de l'indifférence , s'offrit à ma pensée d'une manière qui me fit sentir que je m'intéressais encore pour elle. La cause de notre •brouillerie ne subsistantplus, le sang reprit aisément rses droits.
Sit^tque je revis don Manuel, je Fin-
formSii du funeste accident que don Denis m^ivait appris. Ensuite je lui témoignai un désir curieux de savoir en quel état pouvaient être alors lesafiaires de ma sœur. Je n'ai pas moins d'envie que vous d'en être instruit , me répondit mon ami. Nous irons, si vous voulez , au château de Yillardesaz consoler cette belle veuve de la mort de son époux, et nous reven*ons en même temps Isménie^ que je croîs toujoui*s avec elle. Mais , ajouta-t-il , je suis d'avis que nous remettions ce voyage après vos noces. Je consentis à ce délai d'autant plus volontiers, que j'avais beaucoup d'impatience d'être beàu-frère de don Manuel de Pédrilla.
On (ît donc les apprêts de mon mariage avec magnificence , et j'épousai doua Paula y qui lia son sort an mien avec une satisfaction qui rendit mon bonheur parfait. Ce ne fut pendant quinze jours que concerts , que bals, que festins : quand j'aurais été un grand seigneur , je ne crois pas que
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moQ hymen eût été célébré par plas de féte$ et de réjouissances.