‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 48 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Don Gbérubin ra voir le palais du vice-roi. Il y trouve don Jaan de Salzédo , qui le reconnaît. Du bon accueil que lui fit ce secrétaire , et de la première conversation qu*ils eurent ensemble , et dont Chérubin fut extrêmement flatté.

Je me sentais une si Tive impatience de Toir la yilie , et principalement le palais du vice-roi, que, pour avoir cette satisfaction , je sortis dans la matine'e avec mon valet. Moraies voulut absolument m'accompagner , pour repondre , disait-il, aux questions que je pourrais avoir envie de lui faire par curiosité. Je me laissai conduire par un si bon guide. U me ût traverser le marché, qui est la place la plus considérable de Mexique , et dont tout un côté est bâti en arcades.

SOUS lesquelles on Toit des boutiques pleines <de toutes sortes de marchandises.

Comme je regardais de toutes parts , j'aperçus une grande maison. Je demandai à •qui elle appartenait. C^estle palais du TÎceroi, me dit mon hôte. Vous le voyez tel que Cortez le fit bâtir sur les ruines de celui de Monte'zume. Est-il possible, m'e'criai-je avec étonnement, que ce soit là ce palais dont j^ai tant de fois entendu vanter la magnificence ? Il y a des hôtels aussi beaux dans toutes les grandes villes d^Espagne. Je m'ëtais attendu à un bâtiment plus superbe. Vous vous trompez , reprit Morales, ce n'est point de ce palais que les vo^ra^ geurs font de si belles descriptions : c'est de celui qui a ëtë réduit en cendre. On assure qu'il pouvaitpasser pour une nouvelle merveille du monde.

Quelle exagération ! m'ëcriai-je encore.

Je veux bien croire que les murs, comme disent ces messieun, étaient laits d'une maçonnerie mêlée de jaspe , et d'une ccr-

taine autre pierre noire sur laquelle il paraissait des -veines rouges et aussi brillantes que des rubis. Je crois bien encore que les toits pouvaient être parquetés de cèdre et de cyprès ; mais je ne puis ajouter foi aux choses extraordinaires qu'ils rapportent de Tempère ur Mon tézume, pour égayer apparemment leurs lecteurs. Ils disent, par exemple, quHl avait dans son sérail plus de deux mille femmes, dont il y en avait toujours pour le moins deux cents enceintes en même temps. Miséricorde! s'écria Toston en éclatant de rire , il en avait donc encore plus que Salomon. 11 n'y a rien lâ-dedans qui doive vous étonner., dit alors Morales, puisque Montézume pouvait en avoir plus de trois mille, étant en droit d'enlever les filles des principaux Indiens quand elles lui plaisaient.

En nous entretenant ainsi, nous noua approchâmes du palais. Il y avait a la porte quelques soldats qui laissaient passer librement tout le monde. Nous entrâmes

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dans une cour spacieuse et carrée pour aller gagner un large «scalier qui conduisait à Tappartement du vice-roi. Nous suiTtmes plusieurs cavaliers qui allaient au lever de ce seigneur. Nous traversâmes avec eux trois ou quati'e chambres ornées de riches ameubleroens, et nous parvînmes jusqu'à celle où le comte se faisait habiller par ses valets de chambre. Nous nous rangeâmes tous trois dans un coin d'où nous pouvions facilement observer tout.

Je m'attachai d'abord à considérer le mattre , qui me parut un homme de cinquante ans. n possédait au suprême degré la gravité espagnole. Il avait des cheveux plats , des sourcils noirs et fort épais , l'air farouche et terrible. Néanmoins je ÛB une remarque assez singulière pendant qu'il s'entretenait avec des gentilshommes qui loi faisaient leur cour : il souriait de temps en temps, et toutes les fois que cela arri' vait, il devenait tout â coup si différent de lui-m^me , qu'il semblait avoir deux

Tisagee. Enfin, lorsqu'il était sérieux, il faisait peur; et dès qu'il prenait un air riant, il paraissait tout agréable.

L'entretien qu'il avait avec ces gentilshommes fut interrompu par l'arrivée de son secrétaire, dans lequel je reconnus don Juan de Salzédo mon ancien ami. Il tenait à la main un gros paquet de papiers; vieille politique des ministres d'Espagne, qui, pour paraître accablés d'affaires , se montrent toujours hérissés de paperasses. Le vice-roi ne l'eut pas si tôt aperçu , qu'il alla au-devant de lui. Ils se retirèrent tous deux près d'une fenêtre, et se parlèrent près d'un quart d'hêtre en particulier. Pendant ce temps-là je fis une observation qui s'accordait avec ce que m'avait dit Tobie , et qui marquait bien l'ascendant que Salzédo avait sur l'esprit du comte. Je ne sais de quoi il s'agissait entre eux; mais il me sembla que son excellence écoutait son secrétaire avec complaisance , et qu'elle applaudissait à ses discours.

Je résolus de ne pas sortir da palais taos avoir salué don Jaan. Dans ce dessein j^allai Fattendre sur son passage dans Fanttchambre, fort curieux de voir Taccaeil qu'ail me ferait. Je doutais qu^il rec^t afleotueusement un homme qui n'avait pas voulu à Madrid profiter de ses bontés. Je doutais même qu^il daignât me reconnaître. Cependant ses yeux ne m'eurent pas plus tôt démêlé dans la foule, qu'il s'approcha de moi, et m'adressaat la parole d'an air riant : Je ne crois pas me tromper, me dit-il , vous êtes don Chérubin de la Ronda. Je lui répondis que j'étais charmé qu'il se souvint encore de moi. Je ne vous ai point banni de ma mémoire; me répliqua- t-il , tantàm abest ! De votre côté , poursuivitil , vous ne devez pas avoir oublié que je vous aimais eii Espagne. Je me rappelle ce temps avec plaisir , et je sens rt* nattre en vous revoyant toute l'amitié que j'avais pour vous.

Touché, pénétré de l'aflection qu'il ne

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témoignait, je Toulas me répandre en cKv oouts reconoais8an9; mais il me coupa la parole , et me tirant à part : Don Chérubin , coQtifua-t'il d'une roix basse , laisaons là les complimens : vous savec bien que je sois homme r^el , quoique j'aie été toate ma vie a la cour. Parlez-moi confidemment. Que Tenez «tous faire à Mexique ? Je crois le deTÎnêr , auri sacra famés, n'est-ce pas? aTonez-lc-moi hardiment. Je suis en ëtat de tous réconcilier aTec elle. J'ouvris encore la bouche pour remercier le secrétaire de sa générosité, et il mêla ferma une seconde fois en me disant : Je ne puis m'arréter arec vous plus longtemps. J'ai des affaires pressantes qui m'occuperont le reste de la matinée. Venez me roToir tantôt, nous nous entretiendrons à loisir. F'afe.

En crachant oe mot latin , qu'il accompagna d'une TÎTe accolade, il me quitta pour aller travailler, me laissant tran»porié de joie de la réception qu'il Tenait

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de me faire. Toutes les personnes, qui en avaient été te'moins, regardant Salzëdo comme un vice-roi *en second, envièrent mon bonheur, et jugèrent que je devais être un ïlspagnol de distinction , puisque le seigneur don Juan m^avait fait Fhonneur de m^embrasser. Mon hôte m^en fit compliment y -^t, en eut plus de considération pour moi.

A regard de Toston , il en était dans un ravissement inexprimable : Monsieur, me dit- il en nous en retournant a rhôtellerie, n'étes-vous pas bien aise présentement d^ètre venu aux Indes ? Que ne devez*vous pas vous promettre de Famitié du seigneur don Juan ! Vous pouvez vous flatter que par son crédit.... Eh! quelles espérances, interrompis-je , mon ami , veux-tu que je conçoive? Tu sais que je suis assez riche pour devoir me contenter de ce que j*ai. Non, non, me répUqua-t-il, abondance de bien ne nuit pas. D^ailleurs songez que vous avez une fille. Vous ne sauriez amas-

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ser trop de richesses pour en faire une grande héritière.

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