‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 50 sur 86 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Don Chérubin, gouverneur de don Alexis de Gel- Tes , fils unique du vice-roi , rend une visite à. la vice-reine, Conversation qu'il a avec le précepteur de don Alexis; portrait de ce dernier.

Je retournai au palais, où j'allai d'abord chercher Salzédo, qui, pour m'installer dans mon poste, me conduisit lui-même à mon appartement , lequel consistait en trois petites pièces de plain-pied, meublée» fort proprement , avec une garde-robe où il y avait un lit pour mon valet. Vous ne serez pas mal logé, comine tous to/cZi me

dit don Juan, et tous mangerez en particulier avec ledocteur Gaspard de Aldagoa, précepteur de don Alexis, si cela tous est plus agréable que d'être seryi toutseuldans "votre appartement. Ce docteur est un fort bonnéte eccle'siastique , d'un très-bon caractère, qui ne manque pas d'esprit, et qui parle latin a ravir. Je répondis que je serais bien aise de dtner et souper avec an pareil collègue , et cela fut ainsi rëgW.

La première démarche que je cros devoir faire pour commencer à ro'acquiitcr de mon devoir , fut d'aller saluer la vicereioe. Salzédo me mena chez elle. Je m'attendais a un accueil plein de fierlé , m'iroaginant que la comtesse était une femme orgueilleuse et enivrée de sa grandesr.

Point du tout. La bonne dame, au cooti'aire, me reçut d'autant plus gracieusement que don Juan lui avait déjà fait vn magnifique éloge de mon mérite* Elle me fit plusieurs questions , pour juger par mes réponses si on ne lui avait pas trop vanté

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mon esprit j mais, heureasement pour moi, elle fut si contente de mon entre^ tien , q nielle dit en ma présence à Saizedo : Je TOUS sais bon gré, don Juan, d^aroir fait un pareil choix. Ce gentilhomme me parait propre a éleyer un jeune seigneur. Voilà le sujet qu^il faut pour façonner mon fils, qui, je Tayoue, a peu de disposition à devenir un cavalier parfait. Cela -viendra, madame, dit alors don Juanj don Alexis a un esprit tardif qui se développera peu â peu à Faide d'un bon goayemeur.

Après avoir en cette conversation avec la vice-reine , je me rendis auprès de mou élève , avec lequel j'en eus une autre qui m^affligea. Je vis que j'avais affaire â un disciple qui me préparait bien de Toocu» pation, à un sujet des plus pesans, à un automate. J'en témoignai mon chagrin au docteur Gaspard, qui n'en devait pas avoir moins que moi , à ce qu'il me semblait ^ cependant il me parut avoir pris son parti

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là-dessuft. Je convieDSy me dît-il, qu^il est désagréable pour tous et pour moi d'aToir un écolier imbécile; car don Alexb en est un Téritablement. II est déjà dans sa quinzième année, et il n'est pas capable encore de faire tout seul la plus simple version , quoique depuis dix-huit mois que je suis son précepteur je sue sang et eau pour lui enseigner la langue latine. Quelquefois, las de semer sur le sable, j'ai perdu patience , et demandé mon congé à monsieur le comte; mais il n'a jamais voulu me l'accorder. Seigneur docteur, m'a-t-il toujours dit, de grâce, n'abandonnez pas mon fils. Je sais bien que ce n'est pas votre faute si jusqu'à présent il n'a point profité de vos leçons. N'importe, continuez ; à force d'entendre répéter les mêmes choses, il pourra bien en retenir quelqu'une , et cela suffira pour lui ; car je ne prétends point en faire un savant. Pour obéir â son excellence « poursuivit le docteur, je demeura donc, et vais toujoaif

mon train. Je donne à mon petit seigneur dés thèmes et des yersions qu^il fait comme il platt à Dieu.

Pendant ce temps-là , je fais bonne chère dans ce palais. Mes honoraires, qui sont assez considérables , me sont exactement payes, et j^attraperai peut-être a la fin quelque bon bëne'fice j car , quand on est au service des grands, on n'est pas tou'' jours mal récompense'. Imitez- moi, seigneur don Chërubin, continua-t-il : eh!

pourquoi prendre les choses si fort à cœur? Conduisez dans le monde don Alexis ^ reprenez-le lorsqu'il fera des actions rëprëbensibles ou qu'il dira quelque sottise , et moquez-vous du reste. Si notre ëlève n'est qu'une béte naturellement, nous n'y saurions que faire. Voyez ses autres maUres : sont-ils plus avances que nous ? Non , yraiment. L'un ne peut lui apprendre la musique, ni l'autre les principes de la danse , quoiqu'il y ait quinze mois qu'ils lui montrent. Pensez-vous que cela les chagrine?

Nullement. Ils donnent à tout hasard lean leçons au sot, et en font une vache à lait. CTest ainsi que le Galicien m^exhortait â me consoler des mauvaises dispositions de don Alexis , et je trouvais en effet qu^ii avait raison. Je commençai donc â exercer mon ministère à telle fin que de raison. Je m^attachai avant toutes choses â gagner Famitië de mon petit homme par des manières douces et insinuantes , et fy réussis en peu de jours. U est vrai que je ne lui tins que des discours plus propres à le divertir qu^à rinstruire , de peur de lui déplaire en dogmatisant.

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