CHAPITRE VIII
¥1 va se promeaer avec ton disciple an cbamp appelé la jiioméda^ qui est la principale promenade de Mexique. I>es remarques qu*il fit dans ce cbamp , et de Textréme ëtonnement qu'elles lui causèrent. Evénement tragique dont il est témoin.
Je passai trois jours à m^iarranger sans sortir du palais ^ mais le quatrième , sur les cinq heures du soir, je montai dans un carrosse magnifique avec don Alexis, et nous roulâmes vers le champ de la Alo^ méda^ me faisant un grand plaisir de le ▼oir après ce que le muletier Tobie m'en avait dit.
Ce champ est d'une vaste étendue. II contient une grande quantité d'allées bordées d'arbtes, et Ton peut s'y promener
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sans être incommode du soleil. Le Z<icoâover de Tolède et le Prado même de Madrid n^approchent point de cette promenade , qui présente aux yeux uii spectacle enchanteur. On y voit arriver jusqu^à deux mille carrosses pleins de gentilshommes, de bourgeois, et de dames de toute condition. Les gentilshommes , ceux principalement qui se disent descendus des capitaines de Gortez, ont pour la plupart des équipages superbes, et sont suivis d'esclaves maures , couverts de riches livrées , en bas de soie, et portant des roses de pierreries à leurs souliers. Outre cela , ces esclaves ont tous Fépée au côté; de sorte que leurs orgueilleux maîtres peuvent se yanter d'avoir des gardes comme les rois.
Les dames ne se promènent pas d'un air moins fastueux que les hommes. Elles font marcher aux portiéi*es de leurs carrosses leur suite, qui est composée de ces gentilles négresses dont j'ai déjà fait mention, et qui sont ajustées d^ manière qu^elle»
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dérobent soaTcnt à leurs mattresses les regards des hommes. Celles-ci pourtant ne négligent rien pour paraître charmantes. . Tout ce qa^elles peuvent emprunter de Fart ne manque point a leur parure, et les pierres précieuses y sont employées dans le goût le plus coquet de F Amérique.
De quelque côté que je tournasse la Tue, je n'aperqeyais que des perles et des dia* mansj ce qui faisait pour les femmes un effet si avantageux , qu'elles me semblaient toutes plus belles les unes que les autres. Où suis-je donc ici? disais-je en moimême. A voir tant d'objets ravissans, peu 8^en faut que je ne me croie dans le paradis de Mahomet.
JVtais en effet ébloui des beautés brillantes qui s'offraient à ma vue de toutes parts. Mab aucune de ces dames ne me faisait plus d^impression que les autres; car, au moment que j'en remarquais une qui me frappait, il en passait une nouTelle qui s'attirait mon attention; de manière a. 6
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qne je tîs impunément bien des visages qae j'aurais trouvés fort redoutables cha« €un en particulier.
Le plaisir que je prenais à regarder â droite et à gauche fut troublé par un évéxiement qui n'est que trop ordinaire dans cette promenade, où les amans jaloux, ne pouvant souffrir que leurs rivaux parlent â leurs maîtresses , ni même qu'ils s'approchent d'elles de trop près, vont fondre sur eux le poignard ou l'épée â la main. Je découvris à deux ou trois cents pas de moi à la portière d'un carrosse deux cavaHers qui se battaient avec tant de fureur, que j'en vis bientôt tomber un sur le carreau. Dans le moment vingt épées furent tirées , les unes pour venger le vaincu , et les autres pour défendre le vainqueur. Les amis de ce dernier furent les plus forts j ils le délivrèrent des mains de ses ennemis, et l'emmenèrent à la première église, où ils le mirent ea sûreté , l'immunité des églises étant inriolable en ce pays-là. Quelque crime qu'un
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homme puisse aToir commis, s*il est assex heureux pour se sauver dans un de ces asiles sacres, il échappe a la rigueur des lois, sans que le vice-roi lui-même ait le pouvoir de Ten arracher pour le livrer à la justice.
Après avoir été tcmein de cette triste aventure, je continuai de me promener et de lorgner les dames, jusqu'à ce que la nuit vint soustraire leurs charmes a mes regards. Aio;s je retournai avec mon élève au palais , fort occupé de ce que j'avais vu, et ne pouvant assez admirer la magnificence des habitans de Mexique. Quand je les mettais en parallèle avec ceux de Madrid , ces derniers ne gagnaient point à la comparaison.
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