CHAPITRE X
Don Chérubin de la Konda roule dans Tor et dans Targent. Il les dépense à des parties de plaisir avec des dames quHl connaîL II ra Toir joaer un« comédie. Ce que cVtaiC qae cette pûèm , et quelle impression elle 6t sur lui.
jyvn autre côté, le comte de GelTes, ravi de voir que son fils se polissait à Tue d'oeil, et sHmaginant que cVtait mon ou- Trage, ne savait quel compte m^en tenir. Il ne se contentait pas, tout avare qu'il était, de me faire exactement pajer mes
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honoraires, il m^accablait de pr^sens. Ajou* lez à cela que Salzédo ëtait fort ponctuel à tenir les promesses quMl m^avait faites ; de sorte que je commençai à rouler sur For. Pour peu que j^eusse eu de penchant â Fayarice, je serais infailliblement devenu avare dans un poste si lucratif, mais ce notait pas la mon vice, et, bien loin de thésauriser , je dépensais mon argent comme je le gagnais.
Je faisais souvent des parties de plaisir , et donnais des fêtes aux dames avec qui j'avais fait connaissance. J'allais chez elles passerFaprésHlSner à jouer^ ce qui se fait librement à Mexique, où le jeu est la principale occupation des femmes. Je les menais aussi quelquefois au théâtre des comédiens entretenus par le vice-roi, ou, pour mieux dire, par le public^ car son excellence leur donnait une pension si modique, qu^ils n'en auraient pu subsister. Leur troupe, composée de sujets mexicains | était assez bonne. U y avait parmi
eux cinq à six acteurs ezcellens; ce qnî fait reloge d*une troupe comique, qui le plus souTent n^en a pas trois qui mentent des applaudissemens.
Un jour que ces comédiens jouaient ponr la troisième fois une comëdie nouvelle qoi airait été fort bien reçue, je Fallaî voir ^▼ec don Juan et deux dames de ses amî<». Elle était d'un auteur estimé. On la vantait dans la viUe , et elle avait pour titre , la JYobia sonsacada (i). Je m'y laissai entraîner par complaisance, ou plutôt malfi^ *moi,me sentant peu curieux d'entendre une pièce qui me promettait moins de plaisir que de chagrin. Le rapport que le titre avait avec mon aventure m'effrayait -, et je ne doutais pas qu'il n'y eût dans cette comédie de quoi faire rire à mes dépens. ' Néanmoins, quoique frappé d'une crainte si juste , je me mêlai parmi les spectateurs, résolu, puisqu'ils ne savaient pas mon bis-
(1) La Marié* anlcTée.
toire , de faire bonne oontenance , et d^applaudir tnéme le premier aux traits railleurs que j'entendrais lancer contre les maris malhcureus. Mais je ne fus point à la peine d» me trahir jusque-U , puisqu'il n'y avait pas le mot pour rire de la pièce , bien que ce fût une comëdie. L'auteur n'était pas de ceux qui prennent pour modèles les Plaute et les Térenee : au con^ ti*aire, ennemi juré des ris et du plaisant, il n'admettait que les soupirs et les pleurs dans se» pièces, qu'il farcissait de sentences et de tirades de morale rimée, qui plaisaient infiniment à messieurs le» Américains.
Mais si mes oreilles ne furent frappée» d'aucune raillerie que je pusse m'applfquer , je n'en fus pas pour cela quitte à meilleur marché. Comme il s'agissait dan» cette comédie de l'enlèvement dTi^iie vemme , celui de dona Paula , que je commençais à oublier , vint tout à coup se retracer vivement à mon souvenir , et me
g6 L£ BACHELIER.
causa un trouble iQConcevable. Peus beau me contraindre et faire tous mes efforts pour me rendre maître des secrets roouTemens qui ro^agitaient, il me fut impossible de les cacher à Salzédo» qui, remarquant de Faltération sur mon -visage, me dit en souriant : Oh! oh! il me parait que la pièce TOUS intéresse. On ne peut pas davantage, lui repondis -je en rougissant.
Que Fauteur possède bien Part de remuer les passions; mais il faut avouer aussi que ToiÛ d'admirables acteurs! Je suis charmé principalement de celui qui joue le rôle du marie. Il repre'sente si parfaitement un tendre ëpoux à qui Ton a enleyé sa femme, qu'il me communique sa douleur. Je me mets à sa place. Je mHmagine avoir perdu une épouse chérie. Je souffre autant que lui.
Ma réponse fit rire le secrétaire et les deux dames de notre compagnie. Ils se moquèrent tous trois de l'excès de ma sensibilité. Je les laissai s'égayer à mes dé-
peta tant qa^ils youiarent, aimant beau" coup mieux essuyer leurs plaisanteries que de le^r apprendre ce que j^ëtais bien aise qu'ils- igoorassen t. IVTéMnt remis du dé- . «ordre où avaient été mes esprits , je dis à Salzédo , lorsque la pièce fût finie : Je suis satisfait du dénouement de cette comédie. Le marié , au lieu de s'abandonner sottement au désespoir, comme j'ai cru d'abord quil allait faire , prend sagement le parti de se consoler. Il fait bien , répondit don Juan, puisque la mariée paraît être d'accord avec son ravisseur. Si j'avais le malheur de me trouver dans ce cas^ je ne serais pas, je vous assure, assez sot pour me laisser mourir de chagrin d'avoir perdu une femme qui m'aurait trahi.
Comme je n'étais pas là -dessus d'un autre sentiment que Salzédo, Pimpression que la IVobia sonsacada venait de faire sur mon esprit en fut bientôt efiacée, ou plutôt je profitai de cette pièce en épousant les sentimens du marié , et en prenant de
q8 le bachelier.
rouveaa la rësolution d'oublier dona Pauk^