‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 54 sur 86 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Du plus grand embarras -oà ^on Chémbin m «oit jamais trouvé « de qnell« manière il ea sortit ; Salze'do lui propose sa fille en mariage. II la refuse. Surprise de son ^nni.

Dans ce temps-là, Sahédo, qui e'tait veuf depuis quelques années, retira Blanche, sa fille , du couvent où il l'avait mise en arrivant à Mexique. Comme elle avait dëji quatorze ans, et qu'il songeait à la marier, il voulait auji^ravant qu'elle prît un peu Fair du monde. C'était une petite personne éveillée, fort jolie , et dans laquelle on remarquait assez d'esprit pour juger qu'elle en aurait beaucoup avec le temps.

Pour contribuer de ma part à la former,

OU plutôt pour faire ma cour a son père, qui me priait de la Yoir et de Tentreteuir le plus souvent qu^il me serait possible, je !ie laissais guère passer de jour sans avoir avec elle quelque conversation, dans laquelle je lui donnais xies leçons de morale que j^égayais par des discoui;s assez réjouissans pour ne les pas rendre ennuyeuses.

Cela allait le mieux du monde; mais il survint un accident qui gâta tout. Le précepteur ne put se défendre d'aimer son écolière. Sitôt que je démêlai mes sentimens, je me les reprochai. Que prétendstu faire ? me dis- je à moi-même. Pour reconnaître les bontés de don Juan, veux-tu séduire sa fille? Je ne me contentai pas de me reprocher une passion si déplacée , je résolus de la combattre; ce que je fis d*a** bord infructueusement , parce qu'en con«r Unuantde voir Blanche, sa vue remportait toujours sur mes réflexions; si bien que je fus obligé d'employer le remède efficace dont Ovide nous conseille de nous servir

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en pareille occasion , c'est-à-dire l'absenop.

Je cessai donc de rendre à la jeane dame de si fréquentes Tisites , et encore , quand je Fallais voir, je n'avais plus avec elle qu'un moment d'entretien. Piquée du changement qu'elle apercevait dans ma conduite, elle me dit un jour: Vous tous ennuyez avec moi, je le Tois bien ; tous me regardez comme une petite fille qui n'est pas digne de tous amuser. Je ne savais que lui répondre, ne pouvant me résoudre à lui dire pourquoi je la fuyais, de peur de me rendre plus coupable en me justifiant.

Enfin , Blanche, remarquant que je sero* biais de jour en jour prendre plus de soin de l'éviter, s'en plaignit a son père, qui ne manqua pas de m'en faire des reproches. Quoi donc! me dit-il en souriant, Blanche se plaint de son mattre f vous vous lassez, dit-elle , de lui donner des leçons ? Se peutil qu'à mesure qu'elle devient grande, vous trouviez sa compagnie moins agréable ?

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Cela mVtonne. Cela serait en eflTet fort ëtounant , lui repondis-je sur le même ton; mais ne puis-je pas , au contraire, Touloîr discontinuer mes leçons parce que sa compagnie commence a devenir trop dangereuse? Plût au ciel, re'pliqua don Jtian, que ce fût cette raison qui vous fit aban« donner votre écoliére ! Eh ! quelle autre raison , lui repartis-je , pourrait me faire éviter les charmes de dona Blanca? Oui, seigneur, si je les fuis, c^est qu^il m'est impossible de les voir impunément. Après cet aveu que tous venez de m'arracher, je crois que vous me louerez du soin que je prends de combattre dans sa naissance un amour qui pourrait, en apgmentant, me faire perdre votre amitié.

^alzédo sourit à ce discours « qui me pa> rajssait pourtant fort propre à lui faire prendre son sérieux. Don Chérubin, me dit-il^ cVst trop vous défier de votre vertu. Ayez plus de confiance en elle. Continuez vos leçons. Revoyez ma fille tous les jouis.

103 LE BACHEUER.

Je T0Q8 croîs incapable d^abater de la liberté que je Toa» donne de rentretenir. Je suis sans inquiétude là-dessus. Je ne reax pas TOUS en dire darantage.

Cette réticence me plongea dans une profonde rêverie. Quelle peut être la pensée de Salzédo?disais-je quand il m'eut quitté. Aurait-il envie de me faire ëpoaser Blanche ? C'est y ce me semble y ce que signifient les derniers mots qui viennent de lui échapper. Son amitié pour moi irait-elle jusqu'à Touloir m^en donner un semblable témoignage? Quelle folie à moi d'avoir cette pensée ! Ce secrétaire est trop riche pour n'avoir pas des Tues plus élevées , et sa fille unique n'est pas faîte pour un homme tel que moi. Mais, quelle que puisse être son intention en exigeant que je reToie DIanche, iï faut le contenter.

Je me déterminai donc à lui obéir, me promettant bien de me tenir en garde contre les appas de sa fille, ce qui était plus facile a dire qu'à exécuter ; car cbaqu^e jour

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elle deTenaîtplas redoutable. Comme ello savait j usqa^à quel point f fêtais chëri de sou père y elle me receyait d^une façon si familière et si obligeante , que je n^avais pas moins à craindre des marques d^amitié qu^elle me donnait que dn pouvoir de ses yeux. Pe'taisdans une situation tout-Â-fait embarrassante.

Pour surcroît d'embarras don Juan me dit un jour : Il est temps que je vous communique un dessein que j'ai conçu. Cou" naissez toute FajSection que j'ai pour vous. Ma fille est présentement matura viro ; et c'est vous que j'ai choisi pour mon gendre.

Je ne pus entendre prononcer ces paroles sans en être dëconcert«$. Salzédo expliqua mal mon trouble. Il crut que la joie en était la cause ; et dans cette erreur il me dit : Oui , mon cher don Chérubin , je me fais un plaisir extrême de lier votre sort à celui de ma fille pour vous attacher encore plus étroitement à moi. Il accompagna mémo ces mots d'une embrassade qui me

perça le cœur. Dans le cJbagi'in que je sentis dans le moment de ne pouvoir être son beau-fils , je laissai tristement échapper un soupir, qu^il n'expliqua pas mieux qu'il avait fait mon trouble. Il s^imagina que Blanche n'ëtait pas de moB goût , et qu'enfin j'avais de la répugnance à l^ëpooser. Il en fut vivement pique' ^ et, jetant sur mot des yeux où le de'pit ëtaiC peint, ilra'adressa ces paroles d'un ton ironique : Monsieorle bachelier , je suis fâché que ma fîUe n'ait pu trouver le chemin de votre cœor^ vous n'aimez que les beautés bisaïeules : il faut pour vous plaire une doua Louise de Pa* dilla.

A ce trait railleur j'envisageai don Juao d'un air si mortifié, que ce secrétaire, ju» géant qu'il se passait alors en moi quelque chose d'extraordinaire , se mit à me considérer avec attention. Ahl seigneur, lai dis -je, pensez -vous que je ne connai»e pas le prix de 1 honneur que vous me voulez faire ? Rendez-moi plus de justice. La

possession de dona Blanca aurait mille charmes pour moi ; mais , Lelas ! elle m^est interdite. Je suis marié. Vous, sVcria Sal' zëdo d^un air surpris, tous marié! pour* quoi ne me Tayez-vous pas dit? Si je vous en ai fait un mystère , lui rëpondis-je , c^est qu^en vous parlant de mon mariage , j^aurais été obligé de tous apprendre le malheur oui Ta suivi de prés, et que je voudrais pouvoir ensevelir dans un éternel silence. Ne me le celez plus ce malheur , reprit-il , peut-être vous aiderai-je à le réparer. Il faut donc vous révéler ce secret, lui repartis-je^ pardonnez-moi de ne vous ravoir pas dit plus tôt. En même temps je lui fis la confidence entière, et je remarquai en la lui faisant quHl partageait mes peines.

Don Chérubin , me dit-il lorsque j^eus achevé mon récit , je suis vivement touché de ce que vous venez de me raconter. Je ne m^étonne plus à présent si vous me parûtes troublé à la comédie de la JVobia ion'

tacada. Cette pièce sans cloute tous faisait ressouvenir de votre infortune. Mais que votre raison écarte toujours de votre esprit ces tristes images. A Fëgard de ma fille, poursuivit-il, n^en parlons plus. En cessant de la voir , vous cesserez bientôt de Faimer. J'aurais fort souhaite d'être votre beau-père, etjeTaurais indubitablement dte' , si la fortune n'y eût pas mis u« obstacleinsurmontable.Contentons-Qousdonc d'être unis dc$ nœuds de la plus tendre amitié.

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