‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 58 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le licencia Carambola commence à raconter I*hi»> toire de son voyage aux Indes occidentales. Il rencontre un de ses camarades de colle'ge; ce quUl tftait. Il prend le parti de le suivre, et te fait religieux.

Vous sayez bien, dit-il, que tous me laissâtes à Barcelonne pr^epteur d^an enfant gâte. Je TOUS témoignai, s^il tous en souvient, que j^ëtsiis fort satisfait de mon poste, que j'y&'VAis tous les agrémens qu^on pédagogue puisse trouver dans une maison, et que, selon toutes les apparences, je Toc-

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cuperaîs long -temps. Cependant je fus obligé de le quitter. On me reniercia; que dis- je ? on me congédia même assez malhonnêtement. Voici pourquoi. Un jour que jVtais trés-mëcontent de mon petit gentilhomme, à qui je ne pouvais faire entrer dans la tête un principe de la langue latine , il m'arriva d^oublier qu^il m'avait été défendu de le châtier , de peur de le chagriner et de le rendre malade; je lui tirai les oreilles un peu rudement à •la vérité. Il poussa des cris comme si je Feusse écorché tout vif. Sa mère , qui les entendit, accourut, et, trouvant son fiîs tout en pleurs, me traita de brutal. Le père, qui notait pas maUre chez lui, voulut parler en ma faveur; mais on le fit taire comme un petit garçon, et Ton me mit à la porte sans autre forme de procès. Quelques jours après avoir été chassé de la sorte, comme je me promenais tout seul sur le port en rêvant à la mauvaise situation de mei afiaires, je rcnoontrai deux

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pères de Saint-Bomiaiqoe, dotit j'en reconnus un pour avoir fait mes études avec laià Funiversitë d^Alcala. Il me remit aussi dans le moment. ^ou&.nous abordâmes Tun Tautre, et nous étant cordialement embrasses, nous comtneoçâmes â nous entretenir des petits tours que nous avions faits ensemble au collège à nos professeurs. Après cela il m'apprit qu'il venait de Solsone avec son compagnon , pour s'embarquer a Barcelonne sur un vaisseau qui devait le lendemain prendre la route de Cadix, où ils étaient attendus tous dens dans leur couvent, l'un pour y professer la philosophie, etl'autrc la théologie. J'envie votre bonheur, mes pères, leur dîs-je en soupirant, et je me repens bien de n'avoir pas embrassé votre état plutôt que de m'étre fait galérien , car c'est ainsi que j^appeUe un pauvre diable de précepteur. JVloa camarade d'école se mit à rire en m'eotendant parler dans ces termes. Je ne savais j^as , me dit-il , que la condition d'un

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précepteur fût une galère. Je vous l'apprends donc, lui rëpondis-je, et vous pouvez vous en fier a moi. J'avoue qu'il n'y a pdint de règle sans exception , et qu'il y a des maisons où l'esclavage des pédagogues est doux , ou du moins supportable. Chez une prude et vieille dévote , ^ar exemple , un précepteur hypocrite n'est pas malheureux. Il possède la confiance delà patronnequi ne voit que par ses yeux , et qui, pour prix des complaisances intéressées qu'il a pour elle, fait quelquefois une généreuse mention de lui dans un testament. Mais de pareilles places sont bien rares , et pour moi, jusqu'ici, je n'en ai trouvé que de misérables.

Je suis fUché, reprit le même moine, que vous ne soyez pas content de votre sort. Je souhaiterais que vous le fussiez autant que je le suis du mien. Si tout lé monde savait jusqu^â quel point nous sommes heureux , nous autres jacobins , nos clottres ne pourraient contenir tous les

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hommes qui sVropresseraient à les TeDÎr habîter. Ah! père, m*ëcriai-je, fous aug> mentez par ce discours le regret que j^ai de n^ayoir pas pris Thabit fortune de saint Dominique. Si tous parlez sërieusemeot , xne dit-il, je vous le ferai endosser quand il vous plaira. Il en est temps encore : profitez de Toccasion ^ -venez avec nous à Cadix. Je TOUS pre'senterai au réTerend père Isidore, prieur de notre maison , et je suis assuré qu'il tous receTra Tolontiers parmi nous lorsquUl apprendra que tous aTez fait du bruit dans les ëcoles d'Alcala, ou j^ai ëte tëmoin de tos brillantes dtudes. Je me souTiens encore qu'on tous appelait par excellence aquila theologiœ.

Oui, seigneur licencia, continua-t-il , le père Isidore tous regardera comme une excellente acqubition pour notre ordre, et me saura bon gré de la lui aToir procurée. Déterminez - tous, Toyez ce que TOUS Toulez faire. Je tous prendrais au mot, lui répondis-je, et partirais aTecTous

pour Cadix , si jMtais assez bien en espèces pour faire les frais du Yoyage et de ma réception^ mais je tous avouerai franchement que je n^ai pour ^out bien qu^un doublon: encore en dois-je les trois quarts à Tauberge , où j4 mange depuis que je suis hors de condition.

Vous n'avez pas besoin d'argent avec nous, dit alors l'autre moine : nous sommes en état de vous défrayer sur la route j et quant à votre réception , comptez qu'elle se fera gratuitement en faveur de votre mérite. Eh bien , y a-t-il encore quelque difficulté à lever? ^on , lui repartis-je , il n'y en a plus. En vérité, mes pères, vous n^J^nspirez de la vocation., Je suis prêt à vous suivre.

Mes confrères futurs me parurent charmés de me voir disposé à les accompagner. Sans adieu , frère , me dit mon camarade de dassse, nous aurons tout le temps de nous entretenir. Kous vous quittons, ajouta-t-il en me montrant du doigt un bâti-

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ment qui ^taît dans le port , pour aller Taire porter a bord de ce vaisseau toutes les provisions nécessaires pour notre voyage , car nous ne sommes pas gens à nous embarquer sans biscuit. Venez nous joindre là ce soirj nous partirons demain avant le jour.

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