‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 61 sur 86 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des mouvemens cpie le père Cyrille se doaoa pour faire rëussir la faction de Tévêque ; quel en fut le succès. Il s^élève un bruit inattenda k la porte du couvent. Suite de cet événement.

Pour montrer plus d^empressement , je ne fis qu^un saut du palais ^pîscopal au monastère de la Conception. J'y vis les religieuses que je connaissais , et je les entretins Tune après l'autre. Je les trouvai trèsopposées aux volontés du prélat j mais leurs oppositions furent autant de triomphes pour ma rhc'torique. Cela m'encouragea ; je parlai à d'autres religieuses encore, et principalement à quelques-unes de celles qui , croyant avec raison mëriter la préférence, regardaient comme un passe-droit intolérable qu'on la voulût donnera an su-

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jet de TÎngt-deux ans. Vous jugez bien que ces vieilles mères ne se rendirent pas aisément. Néanmoins, toutes rëvoltëes qu^elles étaient contre ce que je leur proposais , je Tins à bout de le leur faire accepter, comme si jVusse eu le talent de Gam<fadéa pour persuader (i). Enfin, je fis si bien qn^en moins de huit jours je m'assurai du suffrage de la plupart de ces dames.

Je portai cette agréable nourelle à monseigneur , qui la reçut avec des transports de joie inexprimabUs, et me fit des remercîmens qui partaient du fond du cœur. Il me fit outre cela présent d'une montre d'or qu'il m'obligea d'accepter, et que je reçus, quoique dominicain. Après m'aToir donné mille marques d'affection, il me pria d'aller

(i) Gaton le censear fut d'avis qu'on renroyit le philosophe Camëad^s , à cause que par son éloquence il éhloubsait les esprits , de telle sorte qu'on ne pouvait plus distinguer le vrai du faux quand il avait parlé.

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voir la jeune mére de Montai van, pour Vinformer de Thenreux effet de mes soins ^ ce que je fis volontiers. Je vole au couvent de la Conception. Je demande la mére Angola : elle vient au parloir, et nous noas entretenons. Je lui reodiscompte de ce que j^avais fait pour elle , et je Fassurai que vraisemblablement elle ne pouvait manquer d^étre supérieure. Là-dessus, elle m« remercia de mes peines, et fit éclater sa reconnaissance dans des termes et d^un air dont je fus enchante. Que je découvris d^agrémens dans sa personne ! J^admirai les qualités estimables qui faisaient que monseigneur sHntéressait tant pour elle.

Cependant le jour de Fëlection approchait, et nous aurions eu sans doute la pluralité des voix, si toutes les anciennes mères de la communauté n^eussent pas réuni leurs suffrages en faveur de la mére Sainte-Brigitte, sœur d'un vieux président de Faudience, et sans contredit le plus digne sujet qu'a y eût parmi elles. Cette

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réanîoxii que nous n^avions pas prerue, et qu^aprés tout nous n^aurions pu prévenir , fit avorter notre entreprise. La discorde se mit dans le couvent ; et, de plus, le bruit s^étaqt répandu dans la ville qu^on voulait ëlire pour supérieure une religieuse de TÎngt-deuz ans , plusieurs des principaux habitans prirent feu là-dessus. Ils coururent en foule au monastère Tepée à la main, et menaçant d^enfoncer les portes pour aller défendre leurs filles contre la faction suscitée par Tévéque en faveur de la mère de Montalvan. Il fallut, pour détourner les malheurs que ce tumulte pouvait causer, que le père de cette dame entrât dans le monastère, et qu^il employât le pouvoir quUl avait sur sa fille pour rengager à se désister de ses prétentions ^ ce quelle fit) je crois, à son grand regret, car la petite personne était aussi ambitieuse que belle. Par ce moyen, le désordre cessa , et la paix fut rétablie , tant dans la ville que dans le couvent. Ainsi , la mère

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Angâa fut obligée de rester simple rdii* gieuse, et de se contenter d'être la pli» jolie de sa coraraunaoté, ce que plus d'uoe de ses compagnes attrait préféré peut-être à rhonnenr d'être supérieure.

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