CHAPITRE V
Commeaf, après ravMitorede réI«cCi«o, le p«nr Cjrille devint care de PeUpa; de» agrénea» qu'il trouva dan» sa cure. Il vpfreaà avec facilite le pTOcondii, Nouveau règlement dans son presbytère. Ëloge de son cuisinier. Singulière façon des Indiens de célébrer le patron de leur église.
Je ne sais qui , de Yéwêqne ou de moi , demeura le plus sot après cette aTeDlure, qui fit un ^clat terrible dans la yille de Goatimala. Ce prâat, que je n'ai pas leTii depuis ce temps-là , fut si mortifié d'aToir eu le démenti dans une affaire si intéiva-
santé pour sa grandeur , quUl prit le parti de se tenir enferme dans son palais , pour dérober sa confusion aux regards malins du public. De mon côte' , je n^e'tais guère moins honteux que hii , tout moine que j Vtais. Je n'osais me montrer ; car , comme on me connaissait dans la ville pour un homme auquel il nWait pas tenu que la mère de Montalyan n'«ût été supérieure, ma vue m'aurait peut-être attire des huëes. Pour tout IW du monde , je n'aurais paa voulu prêcher alors à Guatimala, m'iraaginant qu'on ne m'y regardait plus que comme un secret agent du seigneur don François de Castro. Cette pensëe me faisait tant de peine, quejere'solus d'abandonner le sëjour de cette ville, quelque agréable qu'il fût.
Je communiquai mon dessein au père prieur, qui, jugeant comme moi qu'après ce qui s'était passé j'avais, eflectivement raison d'avoir envie de m'éloigner de G uatimala , me dit : Père Cyrille , je suis
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de YOtre sentiment; tous ferex bien de disparaître pour quelque temps. Lie père Boniface , après vous le meilleur prédicateur de notre ordre, prêchera ici pendant Yotre absence. J'ai, poursuirit-il , un établissement solide à tous proposer. Vous savez que nous sommes coUateurs de presque toutes les cures desen^iroos de Goatimala : je TOUS offre la plus considérable , qui est celle de Petapa,. grosse bourgade à six lieues dHci. Le père Etienne , un de nos religieux, qui la possède depuis plus de trente années, a besoin de repos et demande un successeur. Allez le trouyer , et servez 'lui de coadjuteur jusqu'à ce qu'il TOUS abandonne sa place ; ce qu'il ne manquera pas de faire; aussitôt qu'il tous aura enseigné la langue des Indiens. Je tous promets que tous ferez fort bien tos affaires en ce pajs-là , qui, d'ailleurs, est an des plus délicieux de l'Amérique.
Je partis donc de Guatimala chargé d^une lettre du père Valentin pour le vieux cuié
ée Petapa. J'étais monté sur un mulet des écuries de notre couvent, et un Indien à pied m'accompagnait. Pour suivre exactement les instructions que le prieur m'avait données, je m'arrêtai à Mizco, village voisin dePetapa , et j'y demeurai jusqu'au lendemain pour laisser le temps aux alcades et aux régidors, que je fis avertir de mon arrivée, de se préparer à me recevoir comme ils reçoivent ordinairement les prêtres ou les religieux qui viennent pour être leurs pasteurs ; je veux dire avec une pompe qui marque bien le respect et la considération qu'ils ont pour eux. Ils vinrent donc, le jour suivant, une lieue audevant de moi , avec des chanteurs , des trompettes et des joueurs de haut bois. Outre cela , je trouvai , en entrant dans la bourgade, des arcs de triomphe dressés avec des branches d'arbres , ^et les rues par où je devais passer étaient jonchées de fleurs. Je fus ainsi conduit en cérémonie jusqu'au presbytère, ou le père Etienne, après
avoir la ma lettre de crëance, me fit mtc réception telle que Faarait pu souhaiter UD pasteur plus yain que moi. Ce bon jacobin , quoique dans un âge avancé , pa^ raissait encore robuste , et jouissait d^une Tieillesse exempte d^infirmités. Avec tout le bon sens qu'il avait eu dans ses beani jours, il conservait une humeur gaie qui le rendait agréable dans la société. Je vois bien par cette lettre , me dit-il , que le père Valentin me donne un successeur qui fera bientôt oublier ma perte aux habitans de Petapa.
J'en ai bien de la joie, continna-t-il, et je partirais d'ici dès demain pour allor achever ma carrière dans la sainte oisiveté de quelqu'un de nos cloîtres, si vous n'aviez pas besoin de moi f mais je vous suis nécessaire pourvousenseignerle/rrocoiicA/, qui est le langage des Indiens, et qu'il faut absolument qu'un curé sache dans cette bourgade, où l'on ne parle guère espagnol, les officiers et la noblesse étant prestfne
tons de race indienoe. Le talent que vous ayez pour prêcher Toussera inutile ici, à moins que ?ous n^appreniez le proconchi. Est-ce que le pèr^Yalentin ne tous Ta pas dit ? Pardonnez-moi, Traiment, lui re'pondis- je , il m'en a représente la nécessite : mais il m'a dit en même temps que tous nie renseigneriez en moins de trois mois. Il vous a dit Trai , reprit le père Etienne : je possède cet idiome à fond. J'ai même composé une grammaire et un dictionnaire en langue indienne , et ces deux ouTrages ont rhonneuf d'avoir l'approbation de l'académie de Petapa.
A ce mot à^ académie, je fis un éclat de rire. Comment donc, m'écriai-je, il y a dans cette bourgade une académie ! Il n'est donc pas à présent de petite ville qui n'en ait I Celle-ci est très-celèbre , me repartit le père Etienne d'un air très-sérieux^ à telles enseignes que je suis un vieux membre de ce respectable corps, dans lequel vous ei]^trerez aussi bientôt j car je prétends
TOUS mettre incessammeot en ëtat de prêcher aux Indiens en proconchi ; et quand TOUS saurez bien cette langue, les académiciens de Petapa tous euTerront deux députes de leur compagnie pour tous oflrir une place parmi eux : c'est de quoi je puis TOUS assurer.
Sur une si batteuse assurance, je témoignai au père Etienne tant d'impatience d'apprendre le proconchi, que, sans perdre de temps , il m'enseigna les premiers principes. Je profitai si bien de ses leçons, et m'attachai de manière à l'étude, qu'en trois mois je deTins capable de composer en cette langue une exhortation que j'appris par cœur, et que j'osai débiter en public; ce que je fis aTec tant de succès , que les Indiens connaisseurs me regardèrent dès ce moment comme un homme qui frappait k la porte de l'académie.
Si TOUS me demandez ce que c'est que l'idiome proconchi, je Tous répondrai que c'est une langue qui a ses dédiuaisons et
es conjugaisons, et qu^on peut apprendre ussi facilement que la grecque et la la^ ine, pins facilement même, puisque c'est ne langue vivante qu'on peut posséder en sa de temps en conversant avec les Incns puristes. Au reste , elle est harmoeuse , et plus chargée de métaphores et figures outrées que la nôtre même, l'un Indien qui se pique de hien parler proconchi vous fasse un compliment, l'y emploiera que des pensées bizarres , ^uliéres, et des expressions recherchées, tt un style obscur, enflé, un verbiage lant, un pompeux galimatias; mais ce qui en fait l'excellence : c'est le ton académie de Petapa.
3US peu de peine a m'y conformer, le ; biscayen ëtant ami de l'obscurité. Je rs progrés si rapides dans la langue adiens , que le vieux curé , me voyant at de le remplacer dignement, me n possession de $a cure , et partit pour
Guatimjja , pour j aller passer le reste de tes jours.
Après son départ, je demeurai mattre du preshytére, où je commençai à yivre en gros bénéficier qui jouissait des fruits de son bénéfice : car jusqu'alors, soit dit sans offenser personne , le père Etienne , de peur sans doute de me détourner de Fétude du proconcbi, avait pris la peine de toucher lui seul les revenus de la cure, qui ne laissait pas de rapporter par an deux mille bons écus, monnaie d'Espagne. Ce moine , avec de bonnes qualités , en ayait une fort mauvaise ; il était avare. Il me Favait bien fait connaître par la frugalité que j'arais TU régner dans nos repas , composés preS' que tous de beurre de cacao, et de détestables boissons. Aussi, le premier soin dont je crus devoir m'embarrasser , fut d'avoir une meilleure table et de grossir mon domestique. Je pris à mon service un nègre , qu'un de nos alcades me donna pour on
Jtabile cnisinier^et dont je fus en effet tré»-
content.
Ce nègre, nomme Zamor , ayait été marmiton chez le premier président de Taudience de Guatimala , et j avait appris la cuisine. Il meservaittous les jours quelque loureau plat qui rendait bon témoignage le son savoir-faire, et piquait ma sensuate. Tantôt il me faisait manger des bouiDs faits avec du maïs et de la cbair ou ; FoiaiJJe, ou de pourceau frais, assaisons de chile' ou de poivre long; et tantôt il ! re^'alait d^un hérisson à T^tuvëe, ou n d'un ragoût d^une sorte de lézard on appelle iguana , qui a sur le dos écailles vertes et noires, et qui res- 3le à un scorpion.
^ père Carambola, dans cet endroit, rquant que je faisais la grimace, ne 'empêcher de rire. Monsieur le bâcheme dit-il ensuite , il me semble que ;ts dont je tous parle ne tous font air Teau à la bouche. IVon, je vous
jure, lai r^pondis-je ^ ils sont plus propres à faire crever un honnête homme qa^à flatter son goût ; jamais Zamorne sera mon cuisinier. Cependant, répliqua le père Cjrille , je tous assure que ces ragoûts ne sont pas si mauvais que tous tous Fimaginez, et je suis persuadé que si tous en aviez une fois tâté, tous leur rendriez plus de j ustice j un hérisson et un iguana bien cuits et bien épicés sont d^un goût exquis : on croit manger du lapin. Les Espagnols , de même que les Indiens, s^en accommodent fort dans le bays de Guatimala; les premiers officiers de la chancellerie les prëférent aux cailles , aux perdrix et aux faisans. A la bonne heure, luirepartis-je; on a bien raison de dire qu^il ne faut pas disputer des goûts.
YiTe Dieu ! sVcria le moine , comme s^il n^eût pas assez Tante ses hérissons et ses lé- 2ard8 , je ;vous aToue que je trouTais ce» viandes délicieuses ; je mangeais aussi avec plaisir des tortues, tant d'eau que de terre.
etcVtait un festin des dieux pour moi, lorsque, avec cette ambroisie , je bayais du nectar, c'est-à-dire d'une boisson appelée par les Indiens le cAicAa , liqueur compoee d'eau et de jus de cannes de sucre avec m peu de miel. IVéanmoins , quelque exeUentqoe soit ce breuvage, je m'en dé< 7Ûtai quand j'appris que, pour lui donner ; la force, on jetait dans le vaisseau où il faisait, des feuilles de tabac, quelquefois !me un crapaud tout en Tie, et que sourit ii causait la mort aux personnes qui avaient un peu trop- bu. Je renonçai ic au chicba sitôt que je sus de quelle lière il se faisait, et je m'en tins à d'auboissons, quivéritablementne valaient les vins qu'on boit en Espagne; mais e au ciel , on s'accoutume a tout.
rec mon cuisinier Zamor j'avais enquatre autres domestiques : un qui me it à table 9 et faisait mes commissions la bourgade ; un autre dont l'occupatait d''alier recueillir mes dîmes , qui 2» 12
consistaient en œufs, en Tolailles , et dans une certaine somme d'argent qui m'était exactement payée tous les mois par les régidors j un jardinier ayec un yalet d'écurie, car j'avais une mule pour aller prêcher dans un petit Yillage qui était de ma paroisse, et à trois lieues de Petapa. Ce petit village, appelé Mixco, m'était d'un grand reyenu j j'y allais souvent, et je n'y allais jamais que je n'en rapportasse six pièces de yolaille pour le moins, ayec du cacao pour me faire du chocolat, sans compter l'argent qu'on me donnait pour ma messe et pour moti sermon; car, bien que j'eusse ailàire à des auditeun peu capables de tirer quelque fruit de mes exhortations , je ne laissais pas de monter toujours en chaire et de prêcher à bon compte ; de sorte que mon presbytère était bien muni de proyiaions.
Comme chaque village est dédié à quel' que saint, dont les hahiUns célèbrent la fêle pendant huit jours, le patron de Mix-
co est fort honore durant son octare , .et le ciiréâ tout lieu d^étré content des offrandes qu'il reçoit. La confrérie de Saint-Hyacinthe fait dans ce temps-là des, rëjouissauces qui me paraissent mëriter que je TOUS en fasse succinctement le dëtail. Le premier jour, les confrères, ayec les plus olies filles du village, s'habillent dVtoffes [e soie ou de toile fine , se parent de plumes t de rubans, et forment ensemble des anses bien concerte'es, qu'ils exécutent à ivir j mais ce que je n'approuve nuUe^ ent, et ce qu'on ne peut pardonner qu'à s Indiens qui sont encore dans l'idolâtrie, st qu'ils commencent la danse dans Yése , et yont la continuer dans le cime- "e. Après quoi, le reste de l'octave , ce t des banquets dans lesquels on prodigue liicha e t d'à u très excellens breuvages y t tous les assislans boivent jusqu'à cro*
:8o LE BACHELIER,