CHAPITRE VI
Le père Cyrille se fait aimer et estimer des ladiens et dea Indieanes. Histoire intéressante de deux frères et dVne sœur. II prêche en proconchi, etf par la beauté de ses sermons, il o]>Cient une place à Tacadémie de PeUpa.
Je faisais donc bien mes orges, tant à Mixco qu'àPetapa. Quoique je fusse oblige de rendre U'ois cents ëcus par an à notre maison de Guatimala , il me restait encore asse2 d'argent pour n^avoir pas sujet d'en- -^ier le bonheur des religieux du Pe'rou qui possèdent des bénéfices dans les villages 4es Indiens, et gardent poar eux tout ce qu'ils peuvent amasser. Je n'étais ni moins riche ni moins heureux. Outre-que j'aurais pu donner a mon couvent cinq cents écui au lieu de trois cents, je commençai à me
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mêler sons maîo de trafiquer ayec des marchands, ce qui, j'en conviens, était un peu contre le vœu de pauvreté; mais que voulez-vous ? jMmitais les autres religieux, qui avaient comme moi de bonnes cures.
Voilà ce que £iit le mauvais exemple.
Les Indiens des environs de Guatimala sont des gens doux et débonnaires^ ils ne demandent qu'à vivre en paix; ik aimeraient jusqu'aux Espagnols même, si ceuxci les traitaient avec un peu plus d'humanité. Il faut pourtant en excepter une esp^e de nègres esclaves qui demeurent dans les fermes d'indigo : ces derniers sont des hommes farouches et redoutables. Quoiqu'ils n'aient point d'autres armes qu'une petite lance, ils ont la hardiesse d'affronter un taureau sauvage en furie , ou de joindre dans les rivières des crocodiles qu'ils ne quittent point qu'ils ne les aient tués. De pareils esclaves font quelquefois trembler leurs maUres. Pour les Indiens de Petapa, je vous les donne pour les meilleurs de
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rAmërîqne; aussi polis que les antres sont grossiers, ils forment entre enx une douce société' , où régnent un espri t de concorde et une amitié fratemeUe. Mais ce qu^il y a de plus admirable, c^estlear bonne foi et leur intégrité : je vais tous en rapporter nn trait.
Un noble et riche Indien de Petapa mourut, et laissa une assez grosse succession i deux iils et a une fille qu'il ayait. L'afné des deux frères se chargea du soin de faire trois lots égaux ; lorsquMl les eut faits , il dit à son cadet et à sa sœur : Choisissez. Vous êtes notre aîné, lui répondirent-ils, c'est à TOUS de choisir. Non , répliqua -t-il, puisque j'ai fait les lots, il est juste que TOUS pri niez ceux qu'il vous plaira. Le cadet et la sœur choisirent donc chacun son lot, et le troisième fut le partage de l'ainé. Il y avait dans le lot de celui-ci un coffre épais, an fond duquel on avait pratiqué une cache, où il se trouva par hasard mille pièces d'or. Le frère atné, en ayant
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fait la dëcoayerte^ invita son frère et sa lœardans on repas, sar la fin duquel il ear fit servir dans un plat toutes les pièces n lear disant : Voilà ce qui était cache, ins que je le susse, dans un cofTre de ton lot { il faut que nous le partagions ,
justice le veut. ^
Je vivais dans une union parfaite avec s Indiens qui m^aimaient, toutEspagool le jVtais. Je me divertissais avec eux tous : jours, je m^entretenais librement et lais aux cartes avec leurs femmes, dont ne sont point jaloux, et qui, pour la part, sont si spirituelles , que c^est un isir de les entendre parler proconchi : si les académiciens de Petapa les conent-iis assez souvent; et quand, dans :onférences de ces messieurs, leurs opiis se trouvent partagées sur un mot, ils tit : Il faut consulter ià-dessus les fem*
Ce qui prouve que Facadémie est galante, s dames indiennes décident donc , et
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leurs décisions sont respectées , même quelquefois au mëpris de la grammaire du père Etienne. J'ai connu, entre autres, une dame chez qui les beaux esprits de la bourgade s'assemblaient , et qu'on écoutait comme un, oracle. Elle s'exprimait avec une élégance admirable , et jugeait si sainement des ouvrages d'esprit, que les jogemens qu'elle en portait ne trouraient point de contradicteurs. Cette dame était Tcuye d'un noble indien, qui lui avait laissé assez de richesses pour vivre d'une manière convenable à sa qualité. J'allais Douvent chez elle, et j'^ rencontrais presque toujours des académiciens dont je mettais à profit la conversation. Je retenais ce que je leur entendais dire de singulier. Je prenais garde à leurs tours, à leurs expressions, et je remarquais que ces hommes-lâ avaient une façon de penser supérieure à celle des personnes ordinaires. £nfin, j'achevai d'apprendre, en les écoutant, toutes les délicatesses du langage pix>conchi.
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Lorsque je crus en posséder l'esprit et les roiliDeraens, je fus assez téméraire pour vouloir prêcher devant racadémie en corps; mais, pour être plus sûr de plaire à ces mattrès de langue indienne, je m'avisai d'un fîxpédient qui rendit ma témérité heureuse. Parmi les livres que le père Etienne , ;n partant pour s'en retourner a Guatima- .1 , m'avait laissés pour me perfectionner ans le proconchi, je trouvai, outre son ictionnaire et sa grammaire, un recueil e discours nouvellement prononcés à l'a- (demie de Petapa. Je le feuilletai, et priant pour ainsi dire en eau trouble, j'en *ai les phrases les plus brillantes, les fans de parler les plus nouvelles, et j'en niposai un sermon qui frappa tous les idemiciens. Il y a du beau là-dedans, se iaient-ils les uns aux autres; ce jacobin de fort bonnes choses, et a un style rcfue â notre coin.
^ue vous dirai-je?ces messieurs furent 3ntens de ma diction, ou, si tous vou-
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lez, de la leur, que, dans leur première assemblée, ils résolurent de m^associerà lears glorieux travaux. Ils m^envoyèrent annoncer cet honneur par deux députes. J^euç encore recours à mon recueil pour composer un discours } et, le jour de ma réception étant venu , je fis mon remerctment à mes nouveaux confrères , en débitant efirontément à leur barbe leurs propres phrases.