‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 64 sur 86 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des dames indiennes de PeUpa. Secret merveilleux pour rendre quelqu^un amoureux, et dont elles se servent quelquefois. De la grande et sainte entreprise que forma le père Cyrille, «t quel en fut Tëvénement.

Le père Cyrille allait continuer son r^ cit ; mais je lui fis auparavant une question. Vous venez, lui dis-je, de me vanter Tes

rit des Indiennes de Petapa sans faire aujne mention âe leur beauté ; cela ne me •^TÎent pas en faveur de leurs charmes. les ne sont pas moins jolies que celles de exique, répondit le moine, ni yétues lins proprement ] mais elles sont habil- 5 d^une manière différente, i^lles portent au lieu de chemise une ese de surplis qu'elles appellent guiapil, leur descend du haut des épaules jus- [u-dessous de la ceinture, avec des manfort larges et si courtes qu'elles ne couvrent que la moitié du bras. Ce )il est orné sur Festomac de quelque ige de plumes ou de coton qui sert à parer le sein qu'à le cacher. Elles vec cela des bracelets et des pendans lies ^ point de coiffe sur la tête ; leurs IX sont retroussés seulement avec des ettes de soie. Elles vont les jambes ;t portent des souliers noués avec un uban.

3 vous parle que des femmes riches

l3^ IK BACHELIER.

OU de qualité^ car les autres marchent pieds nus, et n^ont qn^uoe simple nante de laine quelles lient autour d^elles, ceqai d''abord nVblouit pas les yeux. N^^nnoios, quoique ces dernières niaient pas le coupd^œil séduisant, elles ne laissent pas de l'aire aussi des conquêtes. Il y a des noblfs indiens et des Espagnols d'un goût capricieux qui les courent; ils les ront voir secrètement dans leurs cabanes courerles de cbaume, où il n'y a pour tout logement qu'une salie basse, an milieu de laquelle ces Indiennes font du feu pour la cuisson de leurs viandes; et, comme il n'y a point de tuyau à la couverture de la cabane , la furaëe remplit nécessairement toute la salle , de sorte que l'on peut dû>e que c;es ^ lans, se trouvant là comme dans un foor, etouflent d'amour et de fumëe.

Revenons aux femmes des principaux Indiens. Celles*ci habitent des maisons mieux bâties et bien meublées. Lionqu'ellcs vont à l'église ou en visite, ellet portent

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jn ToO« de toile de Hollande , d'Espagne >u de la Chise, qui leur couvre la tête et escend jasqo^à terre ^ mais soDt-elles de ;tour au logis, elles otent sans façon leur liapil par en haut, si bien qu^elles deeurent la gorge et les épaules nues. Il est ai que, par décence ou par grimace, elles nettroot promptement le guiapil, si elque homme yient leur faire visite dans emps-là. Je dis par grimace, puisqu'elles sont pas cruelles naturellement, ni hyntes. Bien loin de s^armer contre les les gens qui leur font la cour , elles leur lent beau jeu. Elles sont galantes en- :onime les autres Ipdiennes, mais en e temps fort superstitieuses. Quelque qu'elles se sentent pour un homme ?s cajole , elles ne se rendront point à sirs amoureux qu'elles n'aient aupat consulté le vol et le chant des oi- , ou bien observé la rencontre des I ui traTersent les chemins. Si elles ;nt un augure favorable,' le galant

peut tout espérer ; au lieu que, si elles n*en conçoivent qu^ un malheureux présage, il n''a qu^à chercher fortune ailleurs.

Quelques-unes de ces Indiennes portent plus loin la superstition, et se mêlent de magie pour réussir dans leurs entreprises. Je me souviens qu^une de celles-ci , voulant inspirer de Tamour à un jeune Indien, dont elle savait que le coeur était engagé ailleurs, fit un philtre amoureux qui rendit rindien infidèle.

Que dites- vous, père Cyrille? interrompis-je en riant) vous parlez en voyageur, vous contez des fables. On ne dispute point des faits, me dit-il; et ce que je vous raconte en est un dont j'ai moi-même été témoin. Je vous dirai de plus que le philtre était composé de poudre de colibri. Le colibri, ajoata-t-il, est un oiseau d'un plumage brillant,' et de la grosseur à peu prés d'un étoumeau. On le met sécher au soleil; puis on le pulvérise, et cette poudre funeste, mêlée dans du vin ou dans quelque

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itre liqueur, porte le poison de Pamour DS Je cœur qu'où yeut enflammer , sui- Dt l'intention de la personne qui fait le iraie. N'ajoutez pas foi, si vous voulez, e que je vous dis ; mais il est constant plusieurs Indiens m'ont assuré avoir employer ce philtre avec succès ; l'Inoe même qui s'en est servie si efEcacetf me l'a avoue'.

! moine avait beau me parattre per- 3 de ce qu^il disait , il avait beau pro- ' que rien nVtait plus véritable, je ne lis le croire. Cependant on verra dans e, par une aventure qui m'arriva, histoire de Pâmant indien , détaché nattrcsse par un sortilège , pouvait ?n n'être pas un conte, achever de vous peindre les Inde Petapa, poursuivit le religieux, o us dire qu^elles ne professent qu'en ce la religion catholique j ce qui ir entendement ne trouve en elles incrédulité. Je n'ai fait, pour les

convertir, que des efforts inutiles , quoique, pour en venir â bout, j^aie épuisé les expressions les plus énergiques du langage proconcbi. Ces esprits indociles et superstitieux adorent en secret des idoles de bois ou de pierre ; ils conservent avec un soin religieux dans leurs maisons un crapaud, ou quelque autre béte semblable , a la vie de laquelle ils croient fermement que la leur est attachée.

Quand je dis qu'ils adorent secrètement leurs idoles, c'pst qu'ils n'oseraient leur rendre un culte public. Lies Espagnols les en empêchent , et font un mauvaiis parti à leurs fausses divinités, lorsqu'elles ont le malheur de tomber entre leurs mains; mais c'est à quoi ces idolâtres prennent bien garde. Ils cachent ordinairement leurs idoles dans quelque caverne , dont ils bouchent l'entrée, et dans laquelle ils s'as» semblent la nuit comme dans une pagode pour les adorer. Si, malheureusement pour

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iz, leur curé est averti de ces assemblées •ctorneS) c'est i lui à j mettre ordre; ce ''il peut faire en demandant main-forte c alcades et aux rëgidors, qui, pour faire catholiques lAés , ne manquent pas de donner des soldats espagnols pour TeS" ter, et pour aller briser les idoles; mais sortes , d'expéditions ne sont pas sans 1 pour un curé , qui par là s^expose à er une couronne de martyr en se faimettre en pièces par les Indiens, le fin si glorieuse n^est pas du goût de les curés. Le père Etienne avait toupris soin de Fériter. Il s'était coude prêcher la parole de Dieu à ses siens , sans aller abattre leurs idoles j rais, je crois , fort bien fait de suivre emple au lieu de céder à la tentali me prit un jour de mériter une lans le martyrologe. Ayant appris »ied d'une montagne, entre Mixco pa , il y avait un antre qui recelait le, et dans lequel il se tenait soa«

vent des assemblées furtives, j^en donnai avis aux alcades, en m'o0rant bravement à détruire Tidole. Ces officiers louèrent mon zèle et mon courage , et me fournirent une escorte de viogt Espagnols bien armés , à la tête desquels je marchai fièrement Yen la cayei'ne au milieu de la nuit.

Kous trouvâmes Fantre éclairé d'une prodigieuse quantité de cierges , et nous vîmes environ une cinquantaine d'Indiennes et d'Indiens dont quelques-uns ence«isaieiit l'idole , tandis que les autre dansaient en cliantant ses louanges. Cette idole n'était rien autre choàe qu'un gros dragon de bois peint , et élevé sur un autel de pierre. !Notre arrivée troubla la fête, et la vue de mes soldats , qui avaient tous l'épée à la inain , épouvanta si fort les idolâtres , que, loin de se mettre en devoir de défendre leur divinité, ils ne songèrent qu'i nous échapper.

J'ordonnai qu'on ne s'opposât point â leur fuite, et qu'on ne leur fît aucun mai

'abantfoDoai ensuite le dragon à mon es- •rte, qui le brisa en mille pièces; après loi je retournai triomphant à Petapa , gardant ce bel exploit comme an sérvico s-important rendu à FÉglise.

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