‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 66 sur 86 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

que firent don Chérubin et le père Cyrille prés 8*étre réciproquement conttf leurs avenures. Portrait que fait le dernier de son prieur. )oD Gherahin est reçu de lui avec plaisir. Ce ui se passe à cette visite.

oKSQUE le pére Cyrille eut achève la tioB de son Toyage, je lui témoignai la que j'avais , après une longue absence, revoir si honore et si estimé dans la aie du Mexique. Je le félicitai sur reaz [succès de ses sermons sans lui e que j'en pensais, ou plutôt en lui f ce que j'en pensais , ou plutôt en lui ce que je n'en pensais pas; car je le [usqu'a l'appeler l'orateur de Cicé- ;e que quelque lecteur pourra me her. Monsieur le bachelier, me di-

ra-t-il , on ne doit flatter personne , et sartout ses amis. D^accord : mais je répondrai à cela qu^ilne fautpasétre sincère à contretemps, et qu'il Taut mieux applaudir xaux louanges que reçoit notre ami que de lui dire brutalement quUl ne les mërite point. D'ailleurs, le père Cyrille ayait pris son pli , et ma franchise n'aurait pas été moins inutile qu'indiscrète, si j'eusse youla me mêler de lui donner des avis.

Quand je lui eus fait compliment sur la réputation qu'il a^ait d'être un grand prédicateur , je lui demandai s'il était contenl des manières de son prieur à son égard. Est-il bien sensible, lui dis-je , au bonheur qu'il a de tous posséder ? Comment en uset-il avec tous ? Le mieux, du monde , répondit le Biscayen. J'ai tout lieu de me louer du père Athanase : il m''honore de sa confiance j il me consulte, et me fait entrer dans mille petits détails qui prou- Tent qu'il a de l'amitié pour moi. Je dirai plus : il ne fait aucune partie que je n'eo

PART. V. CHAP. IX. 2o3

is. B^gale't>il des séculiers dans son aprtemeot, il m^appeile pour Faider à re les honneurs de sa table par ma con- 'sation, qui, sans vanitë, n'est pas des s pesantes. Va-t-il en TÎsite chez des ^euses, je sais son compagnon. En un , je partage tous ses plaisirs, ce que je vois, lui rëpliquai-je, ce Atfaanase est apparemment un viri? Sans doute, repartit Carambola, vous en faire le portrait, je vous dirai fèrement qu'il n'a pas encore qua> -deux ans accomplis. Pour sa per- , c^esï an de ces grands moines qu'on irait voir passer dans la rue sans 3r Jeur bonne mine. Les dames de [le sont rayies quand il va chez elles, ^u'il a Tesprit des plus amusans, on re que c'est un religieux qui chante t qui sait la musique à fond. Il a de talent de la poésie; ce qui ne doit compte pour rien. Il faut, pour- , <£ue je TOUS fasse connaître sa

révérence. Vous me ferez plaisir, lui disje : utt pareil religieux me parait une trés> bonne connaissance. Eh bien ! reprit-il, je yais TOUS la donner tout à Theure. £n même temps il me prit par la main et me conduisit à Fappartement du père Atba^ nase. En y allant, je disais en moi-même : Voyons si le prieur des jacobins de Mexique est aussi bien dans ses meubles que le gardien des cordeliers de Xalapa. J'aurais tort d'en douter ; saint Dominique est plas riche que saint François.

En effet , le père Athanase ayait hait i neuf pièces de plaiu-pied , toutes ornées de tableaux, et magnifiquement meublées.

Les plus beaux ouvrages de plumes de méchoacan y brillaient de toutes parts. On y voyait d^ tables couvertes de tapis de soie, e^ des buffets garnis de vases de la plus belle porcelaine de la Chine et du Japon. Enfin, mes yeux furent éblouis de la beauté des choses qui les frappèrent, et qui cer* tainement auraient fait honneur au palais

PART. y. CHAP. IX. 2o5

'an caj^inal. Noas trouyâmes le prieur li s'am osait à chanter en pinçant les rdes d'im luth : Mon révérend père , lui mon condacteur, Totre révérence veut !ii que je lui présente un de mes meilrs amis, le seigneur don Cfae'rubin de )ooda,riUustre gouverneur du jeune Alexis de Gelves, fils du vice-roi. Le } Athanase, par rapport à mon ami imbola, me fit toutes les politesses [inables. Il me régala même d'une tion , pendant laquelle U ne parla que usique et de concerts, moine me fit connaître par là où le blessait. J'applaudis à ce quHl dit , prenant par son faible : Mon rêvé- )ère, lui dis-je , mon ami m'a vanté \roi^ dans des termes qui m'ont insle violente envie de vous entendre r^ j'ai de la peine à croire qu'il ne >as un peu surfait. Vous en allez ar vous-même, répondit modesteprieur. Vous avez raison de vous

2o6 LE BACHELIER.

déûer du père Cyrille j outre qu*il a bcao- «ïoup d'^amitié pour moi , il n'est pas fort sensible à riiarmonie. A ces mots, il se Icya pour aller prendre son luth , et sans laçon se mit à jouer de cet instrument en chantant une chanson dont il avait lui-même , nous dit-il, composé Tair et les paroles. Un amant , dans cette chanson , se plaignait d'une dame cruelle , et tâchait de Tattendrir par de» paroles touchante». Il fallait Toir comme le moine entrait dans la passion, et filait des sons tendre» en roulant les yeux en amant qui succombe i sa langueur, ce qui faisait ayec son froc un contraste fort réjouissant.

Seigneur don Chérubin, me dit le père Cyrille , après que le prieur eut chante', vous voyez les innocentes récréations de sa révérence. Que vous semble de sa voix ? Ne la trouvez-vons pas bien moelleuse , et ne serait-ce pas un meurtre qu'elle ne fût point exercée? Je me gardai bien de lui répondre que la voix d'un prêtre cl d'un

'cligieux devait être consacrée aux louants du Seigneur j car 1rs personnes qui prêhent aux autres n^aiment pas qu^on leur sse des sermons. Au contraire, j^approui fort les amusemens du père prieur. Je i fis même répéter sa chanson, en lui ;ant que jVtais charme de sa Toix, de sa isique et de sa poésie. Je ne laissai pas tninoÎDS de dire en particulier au père 'ille ma pensée sur cela. Il prit le parti ton prieur, et, pour faire en. même ps Tapologie des moines amëricains en : mots , il me dit : Si les religieux de a^S'ci n'ont pas des visages qui prét la mortification, que cela ne tous en ne point contre eux : pour n'avoir lir hj^pocrite , ils n'en sont pas moins

es avoir passe le reste de la journée es deux moines, je les quittai en 'omettant de les revenir voir quel- , et en les priant de m'honorer de

aoS LE BACHELIER*

leurs visites quand leurs affaires les appel* leraient à Mexique.

Page 1