‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 67 sur 86 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Bon Gliërulim va voir les pënitens du désert, et reconnaît parmi eux don Gabriel de Monthi' que, le ravisseur de dona Paula sa femnae. De la conservation qu^enrent ensemble ces deux c*valiers ennemis, et comment ils se séparèmiL Impression que le récit de renlèvement de le* pouse de dou Chérubin fit dans «on oœur.

Un soir, ne trouraot dans une oonpagnie où Ton s^entretenait de la beaatc des environs de Mexique, j'entendis dire, et chacun en convenait, que le lien le plus agréable de tous était celui qu^on ap* peUe la Solitude ou le Désert.

Gomme je n'y avais point encore été, quoique j'en eusse souvent entendu vanter

les agremens, je résolus d^ ûUer dès le leademain arec Toston, qni nVtait pas noins curieux qae moi de yoir cet endroit. ^otts enprtmesIechemiD, tousdeax mon- '!s surdescfaevaux des écuries du vice-roi. ous eâmes fait en peu de temps les trois rues qu^il y a de la yille à ce séjour solire, qui mérite bien une description.

•st une montagne environnée de rochers, iur laquelle il y a un couvent que les 2S carme9 déchausses ont fait bâtir pour retirer comme dans un ermitage.

n voit au bas et tout autour de cette ^agne plusieurs chapelles, qui toutes les jardins remplis de fleurs et de . Il sort môme des rochers , en plus endroit, des fontaines qui rendent, ombrage des palmiers, cette solitude :harixiaDte. Le dedans de ces cha- 7St omé de peintures à fresque, qui atcnt les différentes sortes de tourue les martyrs ont soufferts j et 3I ce nVtait pas assez d'exposer à la

vae du monde des disciplines, des haîres, et d'autres instrumens de mortification , pour marquer la Tie austère et pénitente qu'on mène en ce désert , on Toit encore dans chaque chapelle une espèce d'ermite qui se déchire la peau à coups de verges de fer ; ce qui attire là le peuple mexicain à qui les spectacles d'horreur font autant de plaisir qu'aux Anglais.

Ces flagellans passent pour des saints. Je les considérais avec admiration. Ayant observé que quelque9-uns des spectateurs leur donnaient de l'argent pour^avoir pari à leurs prières , je voulus les imiter, et, dans cette intention , je m'approchai d'ane chapelle pour présenter une pistole aa saint personnage qui s'y fouettait d'une étrange façon ; mais imaginez-vous quel fut mon étonnement de reconnaître daas ce misérahle ermite, tout défiguré qu'il était, don Gahriel de Monchique, le ravisseur de dona Paula. Je doutai d'abonl du rapport de mes yeux, et je dis à Tos-

n : Regarde avec attention ce pëniient ; d^méles-tu pas en lui les traits da pere don Gabriel ? Est-ce une illusion ?

)n, monsieur, me répondit -il , tous ne 35 trompez pas : c'est Totre ennemi luimej je ne puis le mëconnaître, quoîil soit couTert de sang et presque mënaissable.

andis que je parcourais des yeux ce heureux, dont la Tue, en réveillant 1 k'essentiment, semblait me de'fendre 3 satisfaire , il me remit de son côté, qu'il m'eut reconnu, il jeta par terre scipline dont sa main cruelle était arçon tre lui. Il s'avança vers moi, et me int son estomac tout ensanglanté : Doa jbin, me dit-il, frappe, venge Touque je t'ai fait^ bien loin de vouloir îrober à tes coups, j'en implore la facn me perçant le sein, tu me délides remords qui me déchirent sans 0, oa plutôt des furies qui me suims cesse depuis deux ans. £h ! qu'as-

ta fait de mon épouse , interrompis-je arrc précipitation; qu^est-elle deYcnue ? Parle, scélérat, instruis-moi de son sort. Dona Paula n'est plus, répondit-il. Un mois après son enlèvement , la mort me Ta ravie. A peine ai-je joui de mon crime , que le ciel m'en a puni. Si tu veux en savoir davantage, ajouta-t-il , entre dans ma chapelle , je tHnformerai . de tout ce que la souhaites d'apprendre; aussi bien dois-jc te faire ce récit pour justifier dona Paula, qui n'est point coupable. En achevant ce* paroles, il nous attira dans un coin de la chapelle , Toston et moi, et là, il nous tinl le discours suivant.

Ecoute-moi, don Chérubin, je vais te luire un récit fidèle de la séduction et do ravissement de ton épouse. Quand j'eof formé le dessein de lui plaire, je gagnai par des présens la vieille Antonia, sa suivante J qui m'apprit que dona Paula t'aimait trop pour être capable de te devenir infidèle. Là-dessus , au lieu de renoncer^ i

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f mon fol aoiour, ainsi que je Vaurais dû faire, je m^ abandonnai de telle sorte, que je n^hësitai point a me servir d'un philtre amoureux qui me fut enseigne par un vieil apothicaire d'Alcaraz, et qui e'tait, à ce qu^il me dit, compose de la poudre d'un certain oiseau dont l'espèce se trouve dans quelques endroits de l'Amérique.

Comme je ne donnais pas dans de pareils secrets, que je traitais de chimères, je doutais fort que celui-là rëusstt j et toutefois Antonia n'eut pas plus tôt fait prendre de cette poudre à sa maîtresse dans une tasse de chocolat, que le charme opëra.

Dés que j'en fks averti, je pris si bien mon temps et mes mesures, qu'à l'entrée de la nuit des plus obscures je m'éloignai d'Alcara avec dona Paula et sa suivante, sans que personne nous aperçût. Nous gagnâmes avant le jou^ le village de Villaverde , qui n'en est éloigné que de deux lieues , et nous nous tînmes cachés dans le château d'un gentilhomme avec lequel

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j'avais lié amitié, qui était parent de doo Ambroise de Lorca, et par ooaséqaent ennemi de don Manuel et le lien. Ce gentilhomme se fit un plaisir de nous prêter un asile , et de favoriser une action qui TOUS déshonorait tous deux. Nous demeurâmes prés de quinze jours dans notre retraite sans appréhender vos perquisitioas, parce que nous étions chez un cavalier qui n'avait que des domestiques discrets et fidèles. Après cela , nous étant remis en chemin la nuit pour nous rapprocher de la côte de Carthagène , nous nous rendtmes à un petit port, où nous attendait une petite barque pour nous conduire à Ivtça. Là f nous nous embarquâmes sur un bâti* ment que j'avais fait fréter pour Gènes ma patrie, où je me proposais d'aller cacher ma proie : mais le ciel , laa des d^rdres de ma vie, ne voulut pas me le permettre; dona Paula tomba malade, et périt dans le trajet, quoi qu'on pût faire poorU sauver.

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Ce funeste ëvënement, continaa Monchique, me fit rentrer en moi-même; je me reprochai mon crime, dont je yis alors toute IMnormitë, et je pris la résolution de Pexpier , s^il ëtait possible , en dëvouan t le reste de mes jours à la plus rude pénitence. Étant arrive à Gônes dans ce dessein, je vendis tous mes biens, et voici l'emploi que je fis de Targei^t qui m'en revint : j'en donnai une partie à la vieille Antonia pour aller pleurer dans une maison de filles pénitentes la part qu'elle avait eue à l'enlèvement de sa mattresse. Je payai et renvoyai mes domestiques, et, après avoir distribué aux pauvres le reste de mes biens, je sortis de Gènes sous un habit d'ermite , résolu de m'arréter au premier bois, ou dans quelque autre eudroit qui me paraîtrait propre à servir de demeure à un anachorète j ce que je trou* vai bientôt.

Mais, don Chérubin, poursuivit-il, je ne crois pas qu''il soit nécessaire que je

t^en dise davantage , ni que je te raconte de quelle façon je suis Tenu d''Italîe à Mexique ; cela ne te regarde point j il suffît de l'avoir appris les faits qui Tinlcressent, et je t'en ai, ce nie semble, assez dit pour t'exciter à la vengeance. Plonge donc, ajouta-t-il, en me présentant cncoix* sa poitrine , plonge ton ëpée dans le cœor d'un misérable qui doit paraître un monstre à tes yenx. Won, non, lui répondis-je, quelque offense que tu m'aies faite, je ne puis me résoudre à me venger par an a»sassinat; j'aime mieux te laisser dans ce désert mériter par une longue et rigoureuse pénitence que le ciel ait pitié de toi. Après- avoir prononcé ces paroles, je sortis de la chapelle , et repris le chemio de Mexique , en faisant diverses réflexions sur cette aventure. J'en faisais de tristes quand je me représentais que dona Paula , ne s'étant écartée de son devoir que par lin sortilège, était excusable; et il sVle- Tait dans mon âme une joie tecréte, lor»-

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que je pensais que sa mort me mettait en état d'aspirer à la possession de dona Blanca. Pour Toston , qui ne trouvait dans cet événement que de quoi se réjouir , il n'avait que des idées riantes.* Sitôt qu'il Toyait que je m'attendrissais sur le sort de dona Paula , il me parlait de la fille deSalzédo, si bien que, toutes réflexions faites, la joie l'emporta sur la douleur.

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