CHAPITRE PREMIER
Don Chérubin, de retour à Mcxic^ue, rend compff à don Juan de Saizedo de soi\ ▼oyagc. De la i"it qu^eut ce secrétaire de le voir en état d'être tem gendre. Du nouvel emploi qn^il lui fit obtenir. et du bon avis qu*U lui donna.
J'allai arec empressement troorer Salz^do pour l'informer de la rencontre imprévue que j'ayais faite, et dont j'avais oublié de lui faire le récit la Teille. Je l'abordai avec une agitation qui lui apprit d'avance que j'avais quelque nouvelle iotéi-essante à lui annoncer. Qu'avez -vou9, don Chérubin y me dit>ily pour éUe m
ëmu ? Vous serait-il arrivé quelque chose d'extraordinaire? Oui, seigneur, lui ré- ^ pondis-je, et vous ne vous attendez pas au re'cit étonnant que j'ai a vous faire. En même temps j« lui détaillai ce qui venait de se passer au désert entre MoUchique et moi.
Don Juan m'écouta sans m'interrompr«$
après quoi m'embrassant avec transport :
Que cette nouvelle m'est agréable ! s'écria-
t-il. L'obstacle qui s'opposait au repos de
ma vie est donc levéJ rien ne peut plus
nous empêcher de joindre les liens du sang
a ceux de l'amitié, je suis au comble de
mes vœux ! En vous parlant de cette sorte ,
poursuivi t'il , je suppose que pour ma fille
tuum semper sauciat pectus amor ; car , si
depuis que vous ne la voyez plus , votre
' cœur s'était engagé ailleurs , il serait triste
pour elle d'avoir un mari qui ne l'aimât
jioint.
Je protestai à Salzédo que je n'avais point changé de sentiment j et la-dessus
23a LE BACHELIER.
il me promit de nouveau la maîn de dona Blanca. Je fis ,• comme tous pouvez peo' ser^ les rcmerctmens que je devab à an homme qui, pouvant marier sa fille â quelque seigneur de la cour , ou bien à quelque contador mayor, ne dédaignait pas mon alliance, ou plutôt qui la désirait avec autant d'ardeur 'que si eUe eût été trés-aTantageuse pour lui.
Je lui témoignai ma reconnaissance dam des termes qui lui firent connaître que jV tais encore plus touché de FaiTection qa*il me marquait que de la dot de Blanche, quelque considérable qu'elle pût être. Je suis persuadé, me dit-il, de la sincérité de vos sentimensj et si je ne consultais que mes désirs, vous seriez avant huit joun répoux de ma fille; mais une raison que je vais vous dire m'oblige à différer ce mariage de quelques mois. Don Alexis prendra bientôt la robe virile, je Teux dire qu'il n'aura plus de gouverneur. J'attends ce temps-hk pour ypus procurer un poste
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' plus important que le TÔtre, et, permettez-moi de vous le dire , plus digne d'un cavalier qui doit être mon gendre.
En attendant, ajouta-t-il, je vous permets de revoir ma fille comme auparavant, et d'avoir avec elle des entretiens convenables à deux personnes qui sont à la veille de se lier Fun à Fautre par des nœuds éternels. Je ne négligeai point cette permission. Je revis Blanche, qui me recevant en amant qui avait Faveu de son père , ^rit un peu d'amour pour moi en m'en inspirant beaucoup pour elle.
J'étais en peine de savoir quelle nouvelle place mon beau-pére futur désirait que j'eusse pour mériter l'honneur qu'il jne voulait faire, lorsqu'il entra dans ma chambre un matin en me disant d'un air gai : Mon fils ( car il ne m'appelait plus autrement ) , albo dies notanda lapillo ! vous n'êtes plus gouverneur de don Alexis. Ce jeune seigneur est à présent maître de ses actions, et vous mon collègue. X.e vice-
roi , pour récompenser les soins que Tons avez pris de Féducation de son ûls , cx>nsent que je tous associe à mon travail , et que TOUS partagiez avec moi le titre de premier secrétaire de la vice-royauté. C'est une grâce que je lui ai demandée, et que je viens d^obtenir. Ne me dites point que, vous sentant incapable de vous bien acquitter de mon etnploi , vous avez de la répugnance à vous en mêler. Que mes fonctions ne vous épouvantent pas ; co n'est point la magie noire. U ne faut pour remplir ma place que de Tordre et du bon sens. Soyez sur cela sans inquiétude; je vous aurai bientôt mis au fait des afTaires les plus difficiles.
Sur cette assurance, je perdis tout â coup l'aversion que j'avais eue jusqu'alors pour les bureaux , et je répondis à Salzédo que véritablement mon incapacité me /ai* sait peur; mais, puiqu'il n'en était point effrayé, que je ferais ce qu'il voudrait, comptant bien qu'il m'aiderait de ses con*
seils , on , pour parler plus juste , qu^il me mènerait par la lisière. Sitôt quHl me vit détermine à faire ce quUl désirait, il me conduisit au yice-roi , auquel il me présenta comme son coUègue et son gendre. Son excellence approuva le dessein quHl avait de m'associer à son ministère et de me faire épouser Blanche , ne croyant pas, lui dit obligeamment ce seigneur^ qu'il pût trouver un sujet plus propre que moi à devenir son gendre et son substitut. Après un discours si flatteur, le comte me dit quMl m'exhortait à prendre mon beaupère pour modèle^ ce qu'il aurait fort bien pu se dispenser de me recommander, puisqu'il savait que je connaissais tout le mérite de Salzédo.
Aussi dis- je à ce secrétaire quand nous eûmes quitté le vice-roi : Monseigneur n'a- Tait pas besoin de me conseiller de suivire vos traces. Eh ! quel autre que vous pourrais-je me proposer d'imiter ? Quel guide peut mieux que vous me conduire dans
la carrière que tous m^ouTrez , et dans laquelle je n'entre qu'en tremblant ? Hëlas! je crains d'ayoir l'esprit trop borné pour être capable de remplir TOtre attente. Je vous le répète encore, me repartit don Juan, ce métier est plus facile que tous ne pensez. J'ai seulement un ayis de la dernière conséquence à vous donner. Sojez accessible, honnête, et recevez bien tout le monde. Un air grave, à la vérité, sied bien à un chef de bureau , mais il ne doit rien avoir d'orgueilleux. La gravité et b j^tte ûerté , dit un auteur castillan , soot deux sœurs qui se ressemblent beaucoup, et qu'on peut pourtant distinguer : Tune répond aux politesses qu'on lui fait, et l'-autre en devient plus insolente.