CHAPITRE m
par quel hasard Toston fit tont à coup fortune , et de la louable résolution qu'il prit bientôt après. Don Alexis voit partir sans regret sa créole y épouse de Toston.
Le lendemain de ce tragique érënement il en arrira un plus réjouissant au palais. Blandine , s'étant aperçue que don Alexis avait abuse de la faiblesse qu'elle avait eue pour lui , fit confidence à Toston de IVtat où elle se trouvait, et ce domestique aussitôt en avertit la vice-reine.
Cette dame en parut aussi étonnëe que
si elle D'eût pas dû prëvoir cet accidmt. Ah! mon ami y lui dit-elle, qae -viens-ta m^apprendre ! cette nouvelle me perce le cœur^ je n^aurais jamais cru Blandioe capable de s^oublier jusque-U. Madame , lui répondit Toston, tous savez qu^un tendrt engagement va plus loin qu^on ue pense; quand la maîtresse est attendrie, et Tarn an t bien passionne ^ la raison et la vertu perdent aisément sur eux leur empire.
Ah! faible Blandine, reprit la comtesse, qu'as-tu fait ! devais-tu laisser prendre s mon ûls des libertés qu'on ne permet qu'à un époux? Mais pourquoi te faire ce reproche? c'est à ma seule imprudence qn'on doit imputer ton malheur. Hélas! c'est moi qui t'ai perdue en t'exposant au péril où ta sagesse a succombé ! Après cette tirade de démonstrations de douleurs : Je serais inconsolable, poursuivit -elle ea changeant de ton , si le mal était sans re^ méde; heureusement il y en aj oui, aa« doute , il est un moyen sûr de aaaver
l'honneur de Blanche : il n'y a qu'à la marier promptement a quelque honnête hom* me } à toi , par exemple ^ tu me parais lui conrenir. Madame, lui repartit Toston , je vous remercie de la pre'fe'rence.
Tu as raison de m'en remercier , s'e'cna la Ticc-reine^ apprends, mon ami, que tu ne feras pas une mauvaise affaire en t'unissant avec Blandine. Premièrement, cette créole est fort jolie, et je lui donnerai une grosse dot : avec cela je te promets un emploi conside'rable j et, ce qui ne doit pas être compté pour rien, ma protection.
Franchement, madame, dit Toston avec beaucoup de vivacité, vous m'éblouissez : il faudrait que je fusse ennemi de ma fortune si je refusais un pareil établissement^ c'en est fait, je suis tout prêt i conserver rjionneur de Blandine aux dépens du mien.
La vice-reine, charmée de voir ce garçon dans ces sentimens, se hâta de lui faire épouser sa créole, dont la réputation , par ce mariage , ne reçnt aucune atteinte : car
256 LE BACHELIEB.
personne ne fut étonné de voir on yalet de chambre de don Aiexb se marier à on« suivante de la comtesse. Ce qu^il y eut dé bon pour Tëponseur dans cet hymen pré' cipité, c'est quHl toucha mille pistolcs d'Espagne que la vice-reine lai fit compter. Ajoutez à cela trois mille écos qu^il reçut de moi pour récompense des derrice» qu'il m'arait rendus.
Lorsque iie domestique se vit si bien en argent , il lui prit envie de retoamer daw son pays et d'y mener sa femme , dont il était depuis long-temps amoureux , et plos aimé que don Alexis; de sorte qu'il poo- Tait se flatter aussi bien que ce jeane seigneur d'être le yéritable père de Tenfant qui devait nattre de Blandine. Il me communiqua son dessein. Monsieur, me dit-i]. quoique le séjour de Mexique soit peutêtre le plus beau qu'il y ait sur la terre habitable, j'ai résolu de le quitter pour aller reroir ma patrie et mes parens. Mon père, qui, comme vous savez, est maiUe
d'accolé dans la ville d'Alcaraz, vit encore, de même que ma mère, a moins que depuis notre séparation la mort ne me les ait enlevés tous deux j ils ne sont pas riches , et vous jugez bien que le retour d'un gêne'reùx dis qui a fait fortune leur sera fort agréable.
Outre le plaisir que je me fais ^ poursuivit-il, de rendre leur sort un peu plus doux, je sens que je n'en aurai pas moins à porter de vos nouvelles au seigneur don Manuel dePedrilla, votre beau-frère et votre ami, qui doit être dans une impatience mortelle d^en recevoir. Il n'en faut pas douter, lui dis-je, don Manuel m'aime trop pour n'être pas en peine de moi j et de mon côté, je serais indigne de son amitié si je tardais plus long-temps à l'informer de l'heureuse situation où je me trouve. Aussi suis-je dans le dessein de la lui faire savoir le plus tôt qu'il me sera possible par une lettre qui en contiendra un ample détail.
Non, non, monsieur, interrompit Teston : c'est un soin dont je me charge; je Finstruirai mieux de vire Toiz que tous ne pourriez faire pcir une lettre de tout ce qui vous est arrivé depuis votre dëpart d'Alcaraz. De plus , je serai en état de répondre à toutes les questions quHl voudra me faire , et tous ne doutez pas qu'il ne mVn fasse une infinité. 11 est constant, rtpris-je, qu'un rapport de ta part serait préférable à la plus longue dépêche ; mais je crains une chose : ,don Alexis ne toodra pas consentir à Féloignement de Blandine. Ofx que si! repartit Toston; Pamou de ce seigneur s'est bien ralenti ^ il oommence à se détacher de sa créole , et, mar* chant sur les traces de son père , maigre tout ce que nous avons pu faire , la vicereine et moi, pour l'empêcher, il s'entête i vue d'oeil d'une Indienne coquette dont ua de sea pages lui a procuré la connaissance. Je suis ravi qu'il soit devenu volage j car Blandinc a plus de goût pour moi , sans
vanihf, que pour lui. Elle abandonnera yoloBtier» Mexi^e pottr me 8uiyra dant»
mon pays , où dous vivrons à notre aise en élevant honnêtement la petite famille que nous promet sa fécondité.
Véritablement don Alexis, bien loin de vouloir retenir sa créole, reçut ses adieux d'un œil sec; mais, au défaut de la douleur que le petit ingrat aurait dû avoir de perdre une personne qui avait eu de si fortes bontés pour lui , il lui fit présent de quelques pierreries. Après quoi, Toston s'^étant chargé des dépêches que je lui donnai pour don Manuel et pour ma sœur', il |iartit avec Blandine pour se rendre à- la Ver»-Criiz par kf voie des ntuktiers.