‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 73 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Don Chérubin, étant arrivé à Madrid , va voir le duc d'Oiivarès , et lui fait un de'tail du soulèvement de Mexique. Gomment ce premier ministre fut affecté de ce rapport, et des résolutions qui furent prises en conséquence dans le conseil de sa majesté catholique. Le vice-roi rentre triomphant dans son palais. Sa disgrâce ; il retourne à Madrid ; don Chérubin et sa famille le

suivent. *

Je n'eus pas plus tôt mis pied à terre à Cadix, que, me hâtant de traverser l'Andalousie et la Castille - NouTelle , je fus bientôt à Madrid. Je Yolai d'abord chez le premier ministre , qui me donna audience dés que je lui eus fait annoncer mon arrivée. Je lui remis les dépêches dont j'étais charge. Il les lut ayec toute l'attention qu'elles méritaient; et, Toyant que le comte

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de Gelves lui demandait que je pourrais riustruire de toutes les circoastaiices de la sédition , il ne manqua pas de m'en demander un^mple détail. Je lui obéis en homme qui y était bien préparé. J'ayouerat de bonne foi que, dans ma relation, je defservis autant que je le pus FarcheTéque don Alonzo. Je le peignis ayec les coulean les plus noires, et je finis mon récit en rejetant sur Porgueil de ce prcflat toute la faute de ce funeste événement.

Le duc d^Olivarcslut en plein conseil la dépêche du comte de Gelves, et tout le monde trouva cette affaire très-importante, On jugea qu'ail était absolument nécessaire de punir les plus coupables des aéditîeox pour retenir dans le devoir les autres provinces de r Amérique, lesqneUes, ne se voyant qu'à regret sous le joug espagnol, pourraient être tentées de suivre le mauvais exemple des Mexicains. Il fut arrêté dans le conseil qu'on enverrait à Mexiqne don Martin do CariUo, prêtre et ioquititeurde

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Valladolid , en qualité de commissaire , pour y faire les informatittas convenables, avec pouvoir de châtier rigoureusement quelques-uns des principaux habitans, pour n^avoir pas couru au sou de la trompette se ranger sous Tétendard royal. On y re'solut aussi de changer les officiers de la chancellerie pour avoir laissé le yice-roi dans le péri) , sans se donner le moindre mouvement pour Fen tirer.

A regard de Tarchevéque don Alonzo , il eut beau solliciter à la cour, personne dans \e conseil ne voulut entreprendre sa défense, tant on trouva sa conduite digne de blâme. On le dépouilla même de son riche bénéfice pour le faire évéque de Zamora, petit diocèse de quatre mille écus de rente. C^était en quelque façon devenir dVvéque meunier j mais on trouvait encore que la cour marquait assez de considération pour la maison de Zerna.

Le premier ministre , que la sédition des Mexicains inquiétait, ne me retint pas

long-temps à Madrid . Il me ren voja promptement avec un^ dépêche pour le Tice-roi. Je retournai à Mexique avec don Martin de Carillo , dont FarriTce répandit la ter* reur dans cette ville. Les citoyens, pour la plupart, se sentant coupables, craignaient d^étre punis. Tout le monde jugeait que h cour voulait faire un exemple, et chacno tremblait pour lui ou pour ses amis; mais ils en furent quittes pour la peur. DonMar* tin les rassura en leur déclarant de la part du roi que sa majesté , aimant mieux éooa> ter sa clémence que sa justice, leur accordait une amnistie générale.

Cette déclaration produisit un effet admirable. Le peuple , qui partout change comme le vent , fut touché de la bonté de son souverain , et s'écria : f^we notre bon roi Philippe ! vtVe le comte de Gelvea son ministre ! Alors vous eussiez vu ces mêmes séditieux qui avaient voulu massacrer ce seigneur aller en foule aux Cordeliers le demanderpour le conduire à ton palais.

av^ec des acclamations et des dëmonstratioDS de joie excessÎTes.

Leyice-roi, qui jusque-là n'était point sorti du couvent depuis qu'il s'y était réfugié, Yoyant qu'il pouvait impunément se montrer en public , s'en retourna chez lui, où, ce qui le surprit bien agréablement, il retrouva ses effets tels qu^il les avait laissés en se sauvant chez les moines : car , par le plus grand bonheur du monde, les gentilshommes qui avaient eu assez de pouvoir sur la populace pour calmer sa fureur et lui faire éteindre le feu , avaient eu en même temps la précaution de faire garder les portes du palais par les mutins mêmes, en leur défendant de voler, de peur qu'il ne vtnt des ordres de la cour qui les en fissent repentir j si bien que dans le palais tout reprit sa première face.

J'ai oublié dédire qu'à mon retour d'Espagne, lorsque je rendis compte de mon voyage à monseigneur, il me ftt une questioa : Comment le duc d'Olivarès vous a-

t-il reçu? me dit-il. Dans quels sentimenft le croyez-vous pour moi ? 11 m'a £ftit un accueil gracieux, répandis-je à sod excellence, et, autant qu'on peut deriaer ce que pense ce premier ministre , il m'a para plein d'estime et d'ami ti($ pour tous. Je vous dirai même que je Tai entendu faire votre ëloge dans des termes... Tant pis, interrompit le vice-roi avec précipitation. Cela m'est suspect, aussi bien qiie la lettre que vous m'avez remise de sa pai*t. Cette lettre est trop flatteuse pour que je n'en -doive pas être alarmé. Je ne sais, mais je pressens qu'il veut mettre à ma ]4ace le marquis de Serralvo , et je ne crois pas être prévenu d'un faux presseptiment Vous vous trompez peut-être, lui dts-je; le duc songe plutôt à prolonger votre goavernement. Je n'oserais, répondit-il avec un soupir qui lui échappa, je n'oserais ne flatter de cette espérance. Je ne m'attend* plus qirà recevoir des ordres qui me rap pellcnt à la cour.

En effet, trois mois après, il arriva un courrier de Macïrid qui remit au comte de Gelves un paquet de la part du duc d'Olivarès. Ce premier ministre lui mandait que sa majesté , souhaitant de Tavoir prés de sa personne , lui destinait une des premières charges de sa maison , et qu'elle venait de nommer le marquis de Serralvo à la viceroyauté de la Nouvelle-Espagne. Le comte de Gelves, perdant alors toute espérance d'être continué dans son poste, prit son parti de bonne grâce. Il ne songea plus qu'à s'en retourner à Madrid avec toutes ses richesses , et qu'à faire les préparatifs de son départ. De notre côté , nous nous disposâmes, Salzédo et moi, à le suivre avec nos petits effets, qui valaient bien deux cent mille écus. Jugez pur là de ce que son excellence pouvait emporter. Enfin nous partîmes de Mexique , et l'on peut dire que ce jour-là nous donnâmes aux Américains un spectacle qui exerça bien leur médisance. Les railleurs, en voyant

défiler prés de cent mulets chargés de ballots , sVgayérent un peu à nos de'pens , et nous , à bon compte , nous nous rendîmes avec leurs espèces à la Vera-Cruz.

Nous attendîmes dans cette Tille TarriTëe du nouveau vice-roi pour nous embarquer sur le même vaisseau qui devait rapporter. Ce seigneur ne fut pas long-temps sans paraître. D'abord quHl fut dëbarquë, le comte et lui s'abouchèrent ensemble. Ib eurent pendant deux jours des conférences sur la situation des affaires de la Nouvelle- Espagne j après quoi ils se séparèrent avec plus de politesse que d'amitié, Fun s'en allant fort maigre à Mexique, et l'autre s'en retournant fort gi-as â Madrid.

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