‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 74 sur 86 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De quelle manière le /comte de Gelve» fui reçu à la cour. Sa visite cbes le premier ministre. Le duc d'Olivarès le fait grand-écuyer ; du parti' «jue prirent don Salzëdo et don Chérubin. Le premier devient intendant, et le second secrétaire du duc de Gelves.

Nous mimes donc à la Toile pour Cadix. Si nous- eussions rencontre sur la route quelque gros vaisseau d'Alger ou de Sale, comme il s'y en trouve quelquefois, la rencontre eût e'te' bonne pour lui; mais nous eûmes le bonheur de commencer et d'acherer notre navigation sans voir aucun navire de mauvais augure. Etant arrivés à Cadix, nous ne nous y arrêtâmes qu'autant de temps qu'il nous en fallut pour

nous mettre en elat de prendre le chemio de Madrid, où nous nous rendîmes à pe* tites journées. IVous allâmes descendre à Fhôtel de Gelyes, dans la place de la Servada , près de l'église de Notre-Dame de la Paix. Ce nVst pas le plus bel hôtel de la Tille j mais il est commode , et noos nous y fronvâmes mieux logés que nous ne layions été chez les cordcliers de Mexique.

,Dès le lendemain du jour de notre arrivée, le comte alla yoir le premier ministre, qui le reçut avec distinction. Il le fît entrer dans son cabinet, où Fembras* sant d'un air qui marquait beaucoup d'estime et d'affection : Vous croyez sans doute , lui dit-il , que c'est moi qui ai voulu mettre k votre place le marquis de Serralvo, mais apprenez que vous ètn dans Perrcur ; si vous n'avez pas été continué dans votre poste vous ne devez voos en prendre qu'à vous, c'est votre faule. Tout le conseil unanimement n^a pas moins blAmc votre conduite que celle de

r^ircheyéque , et comme ce prëiat a été puni, on a juge a propos de vous punir aussi pour contenter les Mexicains, qui ont sur leur cœur Tafiaire du sel.

Je n^ai point ose, poursuivit le duc, en-« treprendre de vous justifier : loin d'y réussir, j'aurais rëvoltë le conseil contre ▼ous en cherchant a tous excuser. Mais si » je n'ai pu faire prolonger votre gouvernement, j'ai du moins obtenu pour vous l'agrément du roi pour la charge de grand ^cuyer , ce qui doit vous consoler d'ayoir perdu une place que vous n'ayez pas infructueusement remplie pendant cinq bonnes années. Le comte de Gelyes, tout défiant qu'il était naturellement, crut le ministre sur sa parole j et s'imaginaot n'avoir que des grâces a lui rendre , il lui Toua un éternel attachement , et devint un de ses meilleurs amis.

Le duc le mena chez le roi, auquel il dit en le lui présentant : Sire , yoici un de vos plus zélés serviteurs , et de tous vos vice-' 2. 19

ago ^^ BACHELIER,

rois celai qui peut-être a le mieux sa faire respecter Totre autorité royale dans les Indes j il Tient remercier Totre mdjestë de TaToir honore de la charge de grand écuyer, de laquelle il est d^autant plos satisfait, qu^elle lui procurera le bonheur de Toir tous les jours son maître. Le jeune monarque fît au comte de Gelves une réception des plus gracieuses j et comme il était fort curieuK , il ne manqua pas de loi faire plusieurs questions sur les Mexicains , et entre autres celle que je yais rapporter. Comte , lui dit-il , est-il possible que parmi les Indiennes il s'en trouTC d'assez piquantes pour mériter les regards drs hommes d'Europe ? Notre Tice-roi rougit à cette question, croyant que la prince la lui faisait par malice et pour lai reprocher son goût pour les négresses.

Sire, lui répondit-il un peu trouhlé, on en voit quelques-unes qu'on peut envisager sans horreur, mais après tout la plus johe ne laisse pas d'être un objet désagréable

pour des yeux accoutumés a la beauté des dames de Miidrid. Si la comtesse de Gel~ Tes eût entendu son e'poux parlée ainsi , je crois qu^elle n'aurait pas répondu de sa «ince'rité.

Le comte de Gelves, ayant prit possession de la charge de grand écuyer , augmenta son domestique de plusieurs oiEciersy quoiqaUl en eût un assez grand nombre , et n'épargna rien pour faire à la Gour une figure convenable à son rang.

Pour don Juan de Salzédo et moi , nous le priâmes de nous permettre de le "quitter pour nous établir en particulier à Madrid, ayant, grâce à ses bienfaits, assez de bien pour y vivre honorablement. Mais ce seigneur rejetant notre prière : Mes amis , nous dit-il , ne nous séparons point j je me suis fait une trop douce habitude d'être avec vous pour pouvoir consentir a notre sépara tionj ne m'abandonnez pas ; daignez tous deux vous mêler de mes affaires, je TOUS en conjure : que l'un se charge d'ad-

ag2, LE BACHELIER.

ministner mes revenus , et que Taotre toit mon secrëtaire.

Il n'y eut pas moyen de nous en défendre. IHous nous rendîmes à ses instances; mon beau-père devint son intendant, et' moi le secnf taire de ses commande mens. Riche comme je Fêtais , je me serais fort bien passé de ce secrétariat ; mais je Tac* ceptai par complaisance pour Salzédo , lequel, étant trop attaché à ce seigneur pour lui refuser ce qu'il demandait , était bien aise en même temps d'avoir auprès de loi sa fille et son gendre.

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