CHAPITRE IX
Pat quel liasard Toston rencontra ta femme, à laquelle il ne pensait plus; bistoire de son en* lèvement racontée par elle-même; sa justifie*' tton. Nouveau changement que ce rëcît prodai' •tt dans son oceur. Ses affaires en vont mieux.
Doit Alexis, le jour suivant, à son lever, dit à Toston : Apprends, mon ami, que j'ai fait une jolie connaissance, je te Tais
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lire comment. Un matin je me promenais out seul au Prado. Je tIs sortir d^an jarin une dame yoilëe , et dont Vair noble et ajestueux prévenait en faveur de sa nais- Dce. Elle fit quelques tours dans la praîif et s^apercerant que je m'approchais JIc pour mieux la voir, elle se retira vers ardin pour y rentrer et tromper ma cuiiiéj mais, soit que mes pas prëcipitcs e Jui permissent point , soit qu'elle voume laisser le temps de la joindre; je me VAÎ avant elle à la porte du jardin, adame, lui dis-je en la saluant ayec >o]itesse respectueuse, il faudrait que sse bien peu galant si, rencontrant crsonne toute charmante , je ne lui ^nais pas le plaisir que me cause sa icigneur cavalier, rc^pondit la dame, 'tes prodigue de douceurs; loin de ' de rencens aux dames qui en sont , TOUS avez bien la mine de Voffrir î celles qui ne le mentent pas. Làje répliquai j la dame repartit, et
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nous nous séparâmes après une assez longa« con?ersation.
Depuis ce temps là , dit Toston , TaTei- Tous revue? Non, répondit le jeune comte, quoique j^aille presque tous les matins aa Prado. Si elle n^est pas sortie de son jardin depuis ce jour la, c^est apparemment qu^elle veut mVprouverj car, sans vanité', je crois qh^eUe est contente de moi. D nVi faut pas douter, reprit le valet j uncavalier fait comme vous est sûr de plaire. CoBh nient la nommez-vous? Je ne sais poiot encore son nom , repartit don Alexis; eUe m^a deTendu de mHnforroer qui elle était; et de peur de lui déplaire, je n^ai osé faire aucune démarche pour la connaître. Peste! s^écria Toston , vous êtes un rigide observateur des comroandemens des dames! mais apprenez qu^elles trouvent bon quel* quefois qu^on leur désobéisse.
Ma foi, monsieur, continaa>t-il , voos êtes encore fort éloigné de votre compte. Je vois bien qu'il faut que je me mêle de
îtte affaire, autrement, elle tournera mal
)ur vous. Allons tout à l'heure au Prado,
montrez-moi le jardin d'oi vous avez
sortir votre princesse j je ne vous en deinde pas davantage. Don Alexis le prit mot, et le mena jusqu'à la porte du Un.
/orsqu'ils y furent arrivas , Toston dit jeune comte : Laissez-moi seul ici, et urnez au logis ; je vous rejoindrai bienet soyez assure que je vous dirai quelles )Dnes habitent cette maison; nous cirons là-dessus nos mesures. Sur cette ance, don Alexis reprit le chemin de d de Gelves, et son confident s^assit s de la porte du jardin, espérant n pourrait sortir quelque domestique sraît parler.
avait déjà plus d'une heure qu'il , quand tout à coup la porte s'out offrit à ses yeux surpris une jeune le qu'il reconnut pour être Blan- )inine en effet c'était elle-même qui
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Be pressentait à sa vue. £lle le remit dans le jnoment , et courut à lui si transportée de joie, qu'elle s'ëvanouit entre ses bras. La mauTaise opinion qu'il arait alors de la Tcrtu de son épouse Pempécha de partager le rarissement où elle était de le rencontrer. 11 crut que c'était une feinte , et qti« la mignonne était peut-être plus fâchée que réjouie de le retrou ver j il ne laissa pourtant pas de la secourir j et quand elle eut repris l'usage de ses sens : EstrceyoDS, eher époux, lui dit-elle, est-ce tous qae je Tois? tous que je croyais au fond delà mer! tous que j'ai compté parmi les morts! En disant ces paroles elle embrassait son mari arec des démonstrations de tendresse dont il aurait été fort touché s'il les eût crues sincères ^ mais , au lieu de s'j prêter de bonne grâce, il repoussa doucement sa femme, et lui dit d'un air sérieux : Point de grimaces, Blandine ; pourquoi tous ces transports de joie , ou plutôt tous ces faox témoignages d'affection? No m^allei-TOiis
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re un beau roman pour me persuale Cope a sottement lâche sa proie ?
non , ne tous flattez point que je sois re'dule pour vous en croire sur votre ^ vous vous êtes rendue aux sollici- ! de ce capitaiue , ou vous avez cédé olence.
on, répondit la crëole, ëcoutez-moi 'interrompre , je puis , sans rougir, c devant vous. Si mon honneur s'^est dans un grand péril , sachez quUl as succombé : je vais vous faire ua t fidèle de ce qui s^est passé entre i moi , et vous verrez qu'au lieu de ahir^ j'ai poussé la vertu plus loin crcce.
elfîz-vous, continua-t-elle, ce sourde que cet Anglais nous donna sur d. Tandis que vous faisiez la àéavec lui , je me retirai dans une hambre qu'il avait , disait-il , fait r pour vous etpourmoi, et j'ydornquillexnent jusqu'au lendemain.
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A mon r^yeil , ne tous trouvant pas à mon côte, je me levai pour vous aller chercher. Mais, dans ce moment Cope entra dans ma chambre, affectant Tair d^un homme dësolé. Madame, me dit-il, vous me Tojrex au désespoir : il est arrive cette nuit on malheur dont je ne puis me consoler, ht seigneur Toston votre époux, dans soa ivresse , ayant été sur le tillac pour quel' que besoin, est tombe dans la mer et s'rst noyé. Je ne saurais revenir de ce funeste événement.
A cette triste nouvelle , je fis retcnotir le vaisseau de cris percans : je m^arrachai les cheveux j je fus comme une possëdée. Pendant ce temps4à , mon capitaine , jouant le TÔle d'un homme afflige, soupirait , gémi»sait, et semblait vouloir enchérir sorma douleur. Il eut pendant deux jours entiers >^ la patience de m'entendre pousser des plaintes et de voir couler mes pleurs sans m'oser tenir des discours consolai». Aa contraire, le traître irritait mon afflictifB
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par le regret et le déplaisir qu^il me téruoigDait de tous avoir engagé a vous em- !>arquer sur son bâtiment. Il s^accusait i?cc amertume d^étre la cause de votre Dort, qu^'l ne cessait de se reprocher.
MaiSf dés le troisième jour, il ne jugea lus à propos de se contraindre, et, faint un autre personnage : Belle Blandine, e dit-il d'un air doux , il est bien dou* ureux sans doute de perdre ce qu'on ne ; cependant , quelque raison qu^on
de pleurer sa perte, il vaut mieux re des efforts pour s'en consoler que de
vouloir écouter aucune consolation.
rès tout , est-ce à votre âge que la mort 1 mari doit faire tant de peine ? Jeune :>iie comme vous êtes, vous ne sauriez quer d'époux j je sens même que j'en 1 à youa proposer; c'est moi, si vous ?z pas d'aversion pour ma personne , *us demande la préférence. Je remerlope de l'honneur qu'il s'offrait à me , et je rejetai sans hésiter sa proposi-
tion. Ontre qu^il avait une figure qui nVtait nullement de mon goût, jVtaii dans une disposition peu favorable pour un amant.
L'Anglais employa cinq ou six jours i me faire Tamour fort poliment ; mais, jngeant que, pour anÛTer ason but, c^etait prendre le cbemin le plus long, 'il fît tout â coup succëder les airs marins à sa politesse . et je conviens que j'eus besoin alors de toi|te la force que le ciel me prêta pour n'sister à sa violence. Heureusement pour moi , ma résistance , au lieu d'irriter sa fureur la ralentit. 11 passa subitement de l'amour au mépris. Il cessa de me tourmenter ; et me regardant d'un air dédaigneux : Pour une soubrette, me dit-il, vous faites bien la cruelle. Rassurez-vous, jna mie, je ne veux pas devoir â mes efforts une victoire que je méprise. En même-temps il me fît porter à terre avec mes elTets par deux matelots , auxquek il ordonna de me conduire jusqu'au premier
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;e, et de m'y laisser. Les matelots entèrent pas en gens cThonneur Tore leur capitaine. A la yérit^, ils me rent au village, et m'y abandonné* mais, considérant que j'e'tais une e quHls ne reyerraient probablement s . ils emportèrent avec eux le coflre lit notre argent.
'ais par bonheur dans ma bourse iine ine de pistoles d'Espagne et un gros qt au doigt. Avec de pareils effets on 3 de l'assistance partout où il y a de» tes. Le mattre et la maîtresse deFhôe du village où j'étais entrèrent dans nnes. Je ne leur eus pas sitôt conté histoire, qu'ils me plaignirent, et Irent leur^ services en maudissant taine Cope et ses matelots. Je leur idai dans quel endroit d'Espagne j'é- 'ous êtes ici dans le village de Mone répondit l'hôte , sur la côte de de y entre Marbellin et Malaga, à lieues de la ville d'Antequerre, où
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je Toas conduirai moi-même, si tous le désirez. Vous me ferez plaisir, lui dts-je; mon dessein ëtant de me remettre aa service de quelque personne titrée, je pourrai trouver là quelque condition.
Vous n^en devez pas douter, reprit-il; Antequerre est une ville peuplée, et où il y a surtout bien de la noblesse. Pjr ai des connaissances, a jouta- t-il ; je connais entre autres une bonne dame, qui était autrefois duègne dans une maison où je servais ^ je TOUS mènerai chez elle , et je sais sûr qu^elle vous aura bientôt placée.
Je partis donc avec mon hôte pour An<« tequerre, et nous y fûmes à peine arriva, qu^il alla voir cette vieille gouvernante. H lui raconta mon malheur, et elle en lut tellement attendrie, qu^elle lui dit : Ame* nez>moi cette femme infortunée j je lui offre un lit et ma table , jVpouse ses intérêts, je la prçnds sous ma protection.
Pour supprimer les circonstances superflues , cette dame me mit auprès de dont
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Lf^onor de Pedrera , fille d^un gentil* homme d^Antequerre, avec laquelle , après ia mort de son père, je suis venue demeurer à Madrid , chez dona Hëléna de Toraka, sa tante, dont elle est unique héritière.
Je n^aiplus rien à tous dire , poursuivit Slandine. Je viens de vous rendre compte le ma conduite, et je crois que vous devez tre content de votre épouse. Je le suis arfaitement, sVcria Tostonj et les choses ant telles que vous venez de me les rap- )rter, j^aurais tort de ne pas l'être. Je lus avouerai même , excusez ma sincère , que je n^aurais pas attendu de vous )t de rc'sistance; mais, entre nous, la licatesse de Cope ro'e'tonne fort , et vou- -vous bien que je vous dise que, si re rapport est vrai , il n'est guère yraiiblable. J'en demeure d'accord avec s, reprit l'ëpouse, je l'ai échappe s. Je vous en réponds , repartit le i. Il m'a pris, pendant votre récit.
3l6 LE BAGHELIEa.
une saear frorde qui dare encore en ce moment. Outre le danger qae tous a fait courir le capitaine an^ais, toos n^a- Tez pas été dans un moindre péril avec ces deux fripons de matelots qui tous ont conduite à Molina. Vous êtes bien heu»
reuse qu'ils ne vous aient pris que votre argent.
Oh ça , ma chère femme , continaa-t-il, n'en parlons plus. Nous nous retrouToos donc enfin , à nos biens prés , dans le même état où nous e'tions à notre départ de Cadix. Le ciel en soit loué : ce qui nous doit consoler, mon enfant, c'est que nous allons faire en peu de temps une nouvelle fortune. Le comte de Gelves est revenu des Indes avec d'immenses ricbcsses, et on Ta fait grand écuyer. Don Chérubin de la Konda, mon ancien mattre, est secrétaire de ses commandemcns , et moi je sois redevenu valet de chambre de don Alexis.
A mesure que ce jeune seigneur avance en âge, on lui fournit plus d'argent pour
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I menns-plaisirs ; et, comme je suis Tad* ioistratear de ses espèces , mon poste viendra meilleur de jour en jour.
Don Alexis, dit Blandine, est-il touirs galant ? Plus que jamais , répondit ston j il est actuellement amoureux d'une "sonne qu'il a vue sortir de ce jardin ces rs passes, et cette personne pourrait a être Lëonor Totre maîtresse. C'est •même , reprit la créole } car elle m'a qu'un de ces matins un cavalier L'avait rdëe dans cette prairie , et qu'elle s'était ■e tenue assez long- temps avec lui. Eh ! ment, dit Toston, vous a-t-elle paru tée de cet entretien ? Pas mal , repartit livante. Je vous assure que, s'il en !; encore d'autres avec elle, il pourrait faire aimer. Je vous dirai plus, je ne i ma maîtresse ne craint pas de revoir valier j elle n'est pas sortie du jardin is le jour qu'elle lui parla j elle a être peur de le rencontrer, bonne nouvelle pour mon maître!
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sVcria Toston , je Tais la lai porter font à rheure. Avec quelle joie ne rapprendrat-il pas ! Sans adieu, ma chère Blandine, mes fidèles amours, nous nous reverroos; demeurez auprès de Lëonor, Fintërét de don Alexis le demande. Secondez par toi bons offices les mouvemens que nous al* Ions nous donner pour lui plaire. Après cette conversation , ces deux ëpoux se séparèrent en protestant de part et d^autre quHls pardonnaient à la fortune le tour qu^elleleur avait joue, en faveur du plaî* sir qu'elle leur faisait de les rejoindre.