‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 77 sur 86 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

luatton du chapitre précédent. Blandine pré* e son mari à ses maîtresses ; leur entrelieu ; ue résolurent Toston et sa femme en faveur eune comte de Gelves.

STON, ayant d'aller retrouver doB s, vint m'apprendra qu'il avait rene Blandine, et après m'avoir rap-

la conversation qu'il venait d'avoir Dlle : £h bien! monsieur, me dit-il, tensez tous de tout cela? Croyez-vous out ce qu'elle m'a raconté du capi- Cope soit au pied de la lettre ? Pour

franchement je n'en croii rien du

est vrai, lui rëpondis-je, qu'on en douter sans passer pour incrédule; idant ce qu'un mari peut faire do

mieux en pareil cas, c^est de s'imaginer que sa femme lui a dit la yërite' ; c^est le parti que je prendrais à ta place pour me mettre Ijesprit en repos. Mais , poarsuivis-je , mon ami , tu n^as fait aucune mention dans ton rëcit de Tenfant qoe Blandine doit avoir mis au monde depuis 6o;n départ de Mexique. Ah! Traiment, TOUS m'en faites souvenir, repartit To»ton y ma femme a oublié de m'en dire des nouvelles, et moi de lai en demander; dès que je la reverrai, je ne manquerai pas de m'informer de cet enfant, quoiqa< la nature ne me parle qu'à demi en sa faveur.

A ces mots , Toston prit congé de moi en me disant: Voulez-vous bien, monsieur , que je vous quitte pour me rendre auprès de don Alexis , qui m'attend sans doute avec impatience ; je vais le ravir en lui rapportant ce que Blandine m^a dit de sa maUresse. Va, cours, lui dîs-je, mon garçon; quand on porte aux amafis d'à-

reables nouyelles, on ne saurait aller *op yite. Je ne doute pas que don Alexis 3 mette bientôt au rang de ses conquêtes éonor de Pedrera , puisqu'il a ton seurs et celui de ton épouse.

Aussitôt que don Alexis vit arriver son ijGdent, il s'avança vers lui d'un air emsse'. Eh bien ! lui dit-il, as- tu dëcouvert sont les personnes qui demeurent dans ardin d'où j'ai vu sortir ma divinit<^? pluf fait y repondit le valet de cham- , j'ai appris le nom et la qualité de Q déesse^ elle s'appelle dona Léonor cdrera ^ elle est ûlie d'un gentilhomme tequerre, ^prés la mort duquel elle enue à Madrid, et elle loge dans ce !• chez dona Héléna de Toralva, elle est nièce et unique héritière. Te devenu en peu de temps hien sa« lui dit le jeune comte. Et je ne vous dit encore tout ce que je sais , lui it Toston ; je sais de bonne part que r a pris du goût pour vous.

Eh ! comment diable , sVcria don Alexis, as-ta pu découvrir jusqu'aux sentimens de cette dame ? qui t'en a pu instruire ? Le hasard, répondit le valet; il m'a mieux servi que mon adresse, si toutefois c'est m'avoir rendu service que d'avoir inopinément présente ma femme à mes yeui.

Que dis-tu ? reprît le jeune sei^eur avec snrprisej tu as retrouvé Blandine? Oui; monsieur, le ciel a eu la honte de me h rendre sans que je la lui aie demandée, repartit le confident ; et ce qu'il y a d'heureux pour vous , c'est qu'elle est suivante de Léonor. Tu m'enchantes, reprit avec transport don Alexis , en m'apprenant qne ^Blandine est â portée de me faire plaisir; je suis persuadée qu'elle ne refusera pas de remettre a Léonor un hillet de ma part KoQ , je vous en réponds , dit le valet de chambre , et je vous assure que, tous pouvez attendre d'elle tous les services qui dépendront de son ministère.

Le jeune comte de Gelves , pour pro-

lier de Poccasion qui se présentait de delarer son amoar à Léonor, écririt un illet qu^il chargea Toston de faire tenir cette dame. Le confident retourna donc

lendemain matin au Prado. Il y tronva n épouse à la porte du jardin ^ il Faborda un air galant et afTectucux : Ma chère zndine, lui dit-il, avant que nous parns des affaires de mon maître , qu^il me i permis , s'il vous platt , de vous entreir un moment des miennes. Hier, sUl s en souvient , vous ne me dîtes pas le ndre petit mot de Fenfant dont vous s enceinte lorsque la fortune nous sé-

tous deux prés de Gibraltar. Hëlas !

odit-elle en soupirant, la pauvre fille "ut presqu'en naissant j peu de temps

que je fus entrée au service de dona or y et sa mort eût infailliblement été f de la mienne , si Ton n'eût pas eu >i un soin tout particulier ; mais ma 3sse f qui m'ayait prise en amitié , 'gna rien pour ma conservation. Je

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lui dois la Tie ^ aussi , par reconnaitsanoe j

lui ai-je voué ua attachement à toute

épreuve.

Vous avez fort bien fait , reprit Toston ; Une pareille maîtfesse me'rite que TousTainoiez. Sait -elle que tous avez retrooTé Totre ëpoux ? Je le lui ai appris , repartit fiiaodine , et elle m^a permis de tous prélienter à elle , ce que je veux faire tout i rheure : suivez-moi. En achevant ces pa- .rôles elle le fit entrer dans le jardin , et lui montrant deux dames qui s^y promenaient: VousYoyez, lui dit-elle, dona L^onor et sa tante f joignons-les, que je leur fasie Toir que je n'ai point épousa un homme mal fait et sans mérite.

En parlant de cette sorte elle le prit par la main , le conduisit à ces dames , et les abordant 4^un air hadin : Mesdames , leur dit-elle, voilà Fépoux que j'ai cm mort, et que j'ai tant pleuré j regardez-le bien; ne vous paraît-il pas digne des larmes qu'il m'a [coûté ? Assurément, répondit dooa

HéiênsLy on pleare souyent des maris moins agréables. A ces mots, Toston fit une profonde rërërence à la dame qui venait de les prononcer , et baissa modeste* tient les yeux en gardant un respectueux ilence. Ils sont bien assortis tous deux y lit alors Lëonor , et je suis bien aise que ; ciel les ait rassemble's.

Dona Hélëna voulant faire parler Tos- )n : Vous êtes donc, lui dit-elle, cbez le tmpte de Gelves ? Oui , madame , lui pondit-il j j^ai Tbonneur d'être premier let de chambre du seigneur don Alexis 1 lils unique. £t vous êtes, repliqua-t- ;, apparemment satisfait de votre con- :on ? Très-satisfait , madame , rcpartit-

mon mattre est un cavalier par&it; le lui connais aucun défaut ^ quoique le y il a une prudence consommée. D sage sans faire le Caton, et "ôf sans

ëtourdi : cVst un modèle de jeune leur, lire mille bonnes qualités dont il est

donëy coi»tintta-t-iIy quelque jour 3 possédera des biens considérables, le comte son père ayant amassé de grandes rickesses dans le gouTemement de la NouTeUe-£tpagne. Heureuse la fîlle de qualité A qui sa main est destinée !

En faisant ainsi Féloge de sou maître, Toston, Fadroit Toston examinait avec soin Léonor, et il lui semblait qu^elle prenait plaisir a Tentendre , quoiqu'elle alTectât de Véconter d'un air indifférent. Cette observation rengageant à. continuer de louer don Alexis, il en ût an portrait si ilatteur, que dona Heléna ne put s'empécber de lui dire : Mais , mon ami , tous outrez, vous exagères; il n'est pas possible que le jeune comte de Gelves ait tout le mérite que vous lui donnes. Pardonnez-moi , madame , repartit-il effrontément; c'est un sujet accompli, un abr^ de toutes les vertus.

Dans cet endroit de leur entretien ils furent interrompus par un page qni vint

remettre un billet à dona Hel^na. Elle le lut,* et, comme il demandait une prompte '^ponse, elle rentra pour Taller faire, jëonor la suivit , laissant sa soubrette avec >n mari dans le jardin. Ces deux ^poux» ; TOjant seuls , se mirant à rii'e sans poun'r s^en défendre. Il faut ayouer , dit landine à Toston , que vous savez faire f beaux portraits; mais entre nous, ilssont guère ressemblans. Je conviens^ )ondit*il, que j^ai un peu flatté don exis; mais ie ne crois pas que cela ai^ •duit un mauvais effet. Je suis sûr que re maîtresse est cbarmëe de mon maître ;e moment ; car, quoique tous ne m^ea : rien dit, je jurerais que tous amez ti Lëonor que don Alexis est le cava^ :}ui s''est entretenu ayec elle un matiq la prairie. Cela est vrai , reprit Blan-* . Je lui parlerai tantôt en particulier î jeune seigneur; je verrai ce qu^elle s l'âme , et je vous l'apprendrai de- Fort bien, dit Toston; et si par

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liasard tous trouvez la dame disposée a receToir fayorablement one lettre de mon maître ', en Toici une, ajouta-t-il en loi présentant le billet de don Alexis, dans laquelle il y a une déclaration d'amoor des mieux tournées : aussi j ai-je mis la main. Blandine se chargea de la lettïe en disant â son mari qn*il pourait assurer son maître de ses bons offices auprès de Léonor. Là^^essus les deux époux se sépa* rérent ayec promesse de se retrouver au même endroit le lendemain matin.

Us n*y manquèrent pas. Victoire ! s^écria la créole en reyoyantXoston, victoire! J^ai entretenu ma mattresse de don Alexis, je lui ai fait le portrait de ce cavalier à peu près comme vous le fîtes hier. Elle s d^abord usé de dissimulation ; mab je Fai tournée de tant de façons, quVUen^apase défendre de me découvrir ses sentimens.

Oui, ma chère Blandine, m*a-t-^e dit, j'aime don Alexis , j^en suis occupée de* puis le jour que je Tai vu â la porte de

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ce jardin , et tout le bien que j'en entends dire achève de m'enâammer pour lui.

Venons au billet de mon inattre , interrompit Toston : Léonor Fa-t-elle lu ? Atcc ayiditë, répondit la soubrette, et nous Ta vons toutes deux admire. Vous m'aviez bien dit que tous y aviez mis du vôtre , îe m'en suis aperçue ; cette lettre a fait me vive impression sur ma maltresse.

^^ii/at ! reprit le valet de cbambre , transort^dejoie, les choses ne peuvent aller lieux; continuons, ménageons un tête- -tête nocturne à nos amans; ils n'ont us besoin que de cela pour devenir eperiment amoureux, l'un de l'autre. Engaz L^onor à se promener cette nuit dans jardin , j'amènerai don Alexis ; ils auit ensemble un long entretien , après uel ils ne respireront que le mariage.

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