‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 78 sur 86 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

£ntrevu« du jeune comte et de dona L^onor; r suite. Le comte de Gelves propose an parti avantageux à son fils. Seconde entrevue de nos deux amans; ce qui s'y passe. Bon avis qna donne Blandine. Don Alexis le suit. Quelle était la personne qu^on voulait lui donner en ntariage.

Bi^ANDiNE approuva ce dessein , qui fot exécute'. Le jeune comte de Gelves , conduit par son confident, arriva entre odk heures et minuit â la porte du jardio, dans lequel ils furent introduits par Léonor et par sa suivante qui les attendaient impatiemment. Don Alexis aborda la damo d^un air respectueux. Elle le reçut de même, et, après quelques complimens de pure politesse de part et d^autre, ils com-

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mencérent â prendre le ton des amans. Toston et sa créole , voyant qu'ils allaient rengager dans une tendre conyersation , se •étirèrent pour s'entretenir aussi en particulier de leurs petites affaires, li'amour, qui rend les heures si longues ux amans quand ils sont éloignés de ce u'ils aiment, les fait passer en récompense ien rapidement lorsqu'ils sont ensemble, était déjà jour que don Alexis et sa matasse ne songeaient point encore à se sé« rer. Il fallut que les confîdens les en er tissent : soin que prit Tolon tiers Tos- I , à qui la nuit ne paraissait pas si courte à son mattre. Les deux amans se quit- >Dt enfin en se disant adieu jusqu'à la t suivante.

ette entreyue, ainsi que Payait prédit 3UX de la créole, irrita leur passion, que don Alexis fut hors du jardin , il it â vanter les agrémens de Léooor, et sipalement son esprit, et il ne fit que ttre la même chose toute la matinée.

33a LE BACHELIER.

Il ne fat occapë pendant le jour qae da plaisir que lui promettait une seconde entrevue ; mais , ayant qu^il pût jouir d^an si doux entretien, il fut oblige d^en essayer un qui lui fit peu de plaisir. Le comte son père, après le soupe, s^étant renferme arec lui dans son cabinet, lui tint ce discourt: Mon fils , j'ai une affaire de la dernière importance à TOUS communiquer. Le premier ministre , pour me prouver qu'il a pour moi une sincère et yëritable amitië, m'a dit qu'il voulait tous marier, et vous donner une femme de sa main.

Don Alexis, à ces paroles , se troubla et demeura tout interdit. Gomment donc!

continua le père, le mariage vous fait -il peur ? Ah ! quand vous saurez quelle per» sonne le ministre propose , je suis persuada que vous n'aurez point de ri^pugnance â Tepouser. Le jeune comte, s'ëtant un peu remis de son trouble, lui dit : Seigneur, je suivrai toujours aveu^dment vos volontés i mais daignez me |>crmettre de voos

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dire Cpe je sens pour le mariage une aversion...

Vous me trompez, interrompit son excellence, TOUS dissimulez; je yois bien ce rui vous reVolte contre Thymen dont il agit, votre cœur sVst engagé ailleurs.

oJiement épris de quelque aTenturière, )as voulez vous faire un point d^honneur

lui être fidèle.

IVon, seigneur, repartit don Alexis, je

brûle point d'une honteuse ardeur, ('me, il est vrai, et je ne m'en défends 'y mais Tobjet de mon amour n'est pas 16 naissance â me faire rougir des sen- ^ns qu'il m'a inspirés. Si vous voulez que

)n8 apprenne quelle est sa famille

7 us en dispense , interrompit le père la seconde fois; je ne suis pas curieux nnaître cette dame^ et je vous ori d^y renoDcèr. Je ne veux pour belleue celle qui m'est offerte par le mi-\ ; et sachez que c'est une personne qui

la jeunesse et à la beauté une noble

origine et de grands biens. Allez, ajoaUt-il, allez consulter lâ-dessus don Chémbin de la Ronda Totre goayemear) je sais persuada que ses conseils seront conformes à mes intentions.

Le jeune seigneur sortit à l'instant da cabinet sans répliquer. Mais au lieu de me Tenir chercher , il jugea plus à propos d'aller trouver Toston. U lui apprit la Tiolenee que son père prétendait faire à ses sentimens ; et , après s'être plaint de cette tjrannie : Mon ami, dit-il à ce confident, que faut-il que je fasse pour me conserrer à Léon or? Gomment me tirer de cet embarras? Monsieur , lui répondit Toston , la chose n'est pas facile. Monseigneur Totre père, comme tous savez, est diablement opiniâtre j il a résolu que tous épousiez la personne proposée par le ministre , il n'en démordra point : mais il n'est pas encore temps de nous dc^espérer. Employons auparavant la ruse. Feignez, paraissez oon- •enlir â ce mariage , pendant qae'j'imagi-

nerai quelque expédient ponr le rompre.

^h I Toston ^ s'ëcria don Alexis à ces paroles qui semblaient flatter son amour de quelque espérance , si tu peux en Tenir à bout, il n^ a rien que tu ne doives atten- Ire de ma reconnaissance. Courons , Tolons lu rendez-vous, poursuivit-il j je veux in- 9rmer Lëonor du malheur qui nous meace, l'assurer que je mettrai tout en usage our le de'toumer et lui renouveler enfin

serment que je lui ai fait de n'être jaafs qu'à elle.

Ils retournèrent tous deux au jardin, où fonor et sa suivante s'entretenaient , en

attendant , des bonnes qualités de don exis. Blandine, qui les connaissait mieux 3 personne, élevait jusqu'aux nues ce tie seigneur. Les amans gagnèrent un inet de verdure où ils avaient passé la t prëc^dente , et les époux se. retirèrent % un autre endroit , où Toston dit d'à- I â Blandine : Mon enfant, la vie est

succession continuelle de bien et de

mal, de joie et de chagrin. Hier au soîrt par exemple , nous vînmes ici gais comme des pinsons , nous y venons aujourd'hui plus tristes que des hiboux. Eh ! quel sujet de tristesse pouvez-yous avoir? lui dit sa femme. Vous aurait-on annoncé quelque mauvaise nouvelle? La plus cruelle qoe nous puissions apprendre, rëpliqua-t-il; on veut séparer pour jamais don Alexis et Léonor. Ea même temps il lui raconta ce qui venait de se passer entre le comte de Gelvcs et son fils.

filandine fut pénétrée de douleur i ce récit. Vous avez bien raison, dit- elle i son mari, vous avez bien raison de vous affliger j rien n'est plus mortifiant que ce que vous dites. Malheureuse Léonor! cou* tinua-t-elle en apostrophant sa mattresse, quel coup de foudre pour vous ! Mais estil donc impossible do le parer? Toston, qui a de Padresse et de Tcsprit , ne feiat-il aucune tentative pour préserver nos amans du sort aiTreux qu'on leur prépare?

ardonnez-rooi, repondit-îl ; je cherche iDS ma tête quelque moyen de le préver i mAiS je tous avouerai qu'il ne me ;nt point U dessus dUdée qui me conte. Il s'en offre une en ce moment à mon rit y reprit la créole, et je ne crois pas sîle soit à rejeter. Vous nUgnorez pas la comtesse aime tendrement son fils j ;ez«Yoa8 qu'il n^ ait rien à faire de ce -là ? Tout au contraire , vraiment , s'ë- Toston, j'épouse cette ide'e. J'irai deau lever de la comtesse ; je lui delerai une audience particulière. Je lui ?rai pathétiquement la situation de lezis, et peut-être l'attendrirai- je de qu'elle s'intéressera pour Léonor et

lant que les conûdens tenaient de discours , les deux amans se pro^ nt, se j uraient un amour à l'épreure [es obstacles que la fortune pourrait 'tre pour le trayerser. Ils se quitun l'autre dans ces sentimens. -Le

jeune seigneur reprit le chemin de son hôtel avec Toston, qui lui dit le dessein où il était d'essayer si, par son éloquence, il ne pourrait point engager la comtesse sa mère à protéger son amour. J'approaTC ton projet, lui dit don Alexis , et, pour le rendre plus efficace , Je prétends t*acooii' pagner. Je me jetterai aux pieds de na mère , et j'embrasserai ses genoux tandis que tu plaideras pour moi. Je suis assuré que nous la gagnerons.

Dans cette opinion , ils se déterrainèreot à faire cette démarche , et ils la firent effectivement le lendemain matin. En voici le détail et le succès. La comtesse de Gelves était à sa toilette. Sitôt qu'elle aperçut don Alexis et son confident , elle fit sortir toutes ses femmes, et d'abord, adressante parole à Toston : mon ami, lui dit-elle » dans quelle disposition vient ici mon lUs? A-t-il encore de la répugnance à lier sa destinée à celle d'une aimable personne qui lui- est oJSorte par le premier miniitre.'

Madame , lui répondit Toston , mon mattre roas a voué une ayeugle obéissance; il est )rêt à faire tout ce que tous lui ordonnesz 'j mais , si tous lui faites épouser la dame u*on lui propose, tous pouyez compter je TOUS perdez votre fils unique. Oui , a mère, dit alors don Alexis en se prosroant devant elle et baisant une de ses lios , Toston tous dit la vérité. Si vous ! donnez une femme malgré moi, je suis rt. Chose étrange ! s'écria la comtesse : it-on se laisser prévenir jusque-là contre ! personne que Ton n'a jamais vue? Atiez qu'on vous ait fait voir la dame dont t question ; et si vous la trouvez désa* hlCf je sois assez bonne mère pour >po8er à une union contraire à votre s, quoicpiechez nos pareils la figure ne guère rompre de mariages. Mais , a-t-elle, si je m'en rapporte au porqu'on m'a fait de cette dame, c'est »eaute. Fût-elle plus charmante que 5, dit Toston, madame, s'il vous plaît.

34o LE BACHELIER.

ne noas en parlez pas daTantage. L'amoar a prëyeou le minUtre en présentant â nos yeux nne espèce de déesse dont noas som» mes enchantes.

n faut eo effet , reprit la comtesse, quVlle soit pounrne d^ane beauté bien rare poor aToir fait sur vous une si forte impression. Sa naissance répond- elle à ses charmes? De ce câté-U , je craios qn^elle n^ait sojcl de se plaindre de la nature. Oh que non! madame, repartit Toston; c^est une fille •de qualité. Léonor de Pedrera doit le jonr à un gentilhomme d^Antequerre; et de plus, elle est nièce de dona Héléna de Toralya.

La mère de don Alexis n^entendit psi plus tôt prononcer ces derniers mois, qu^elle fît de grands éclats de rire qui déconcertèrent son fils et Toston. Madame, lui dit ce jeune seigneur d'un air étonoéi do grâce apprenez-moi la cause de ces ris immodérés { nous aoupoonnexies-vons ds vouloir vous en imposer sar la condition de

L(^onor? Laissez-moi donc rire à mon aise, s^écria-t-elle. A ces mots ces ris se rfenou- Telérent , pendant que le mattre et le raht, ne sachant ce qu'ils en devaient penser, se regardaient tous deux en gardant an stupide silence.

li plut enfin au ciel qu'elle cessât de ire ; et lorsqu'elle eut repris son sérieux : )on Alexis, dit-elle à son fils, ne tous larmez plus. Vous ne serez point oblige i renoncer à votre chère Lëonor , puisle c'est elle-même que le premier mitre TOUS destine pour ëpouse. Dona ie'na de Toralva est parente de la dusse d'Olivarès , et ce sont ces deux da- { qui ont fait proposer ce mariage au tte de Gelves par le comte-duc. Kai-je eu raison de rire? poursuiTit-elle. Ne vez-vous pas cette aventure plaisante?

cheTantces paroles de nouveaux ris lui ppérent encore, et son fils, suivant son pie , se mît à rire aussi , de même que m ; après quoi le jeune seigneur et

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son confident se retirèrent transporta âe

joie, et se rendirent avec empresseracDl

chez dona Helëna, où ib trouvèrent tout

le monde en belle humeur, le bruit du

mariage prochain de Lëonor avec don

Alexis s'y ëtant dëjà répandu. Pour dire

le reste en deux mots , les noces se firent

peu de temps après , et il y eut de grande

réjouissances , tant à l'hôtel de Gelves qu'à

celui de Hëléna de Toralva.

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