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CHAPITRE XIV

De Tarriv^c de don Manuel à Madrid ; de la joie extrême que ce cavalier et don Cbërubin eureot de se revoir après si long-temps, et des arraogcmcns qu'ils prirent ensemLle pour ne se pla« Quitter.

Il n'y avait pas huit jours que Toston était de retour d'Alcaraz, lorsqu'un matio, comme je travaillais dans mon cabinet, on ^'int m'y annoncer don Manuel de Pé-

drilla. Je me levai dans le moment pour

recevoir un homme qui m'dt,ait si cher.

Nous nous tînmes long-temps embrasses

tous deux, et nous te'moignâmes par des

pleurs, plutôt que par des pai'oles, la

joie que nous avions de nous retrouver. Le

souvenir de dona Paula nous attendrit

d\ibord , et nous ne pûmes refuser des

larmes à la mémoire de cette adultère in«

noccnte maigre les chagrins qu'elle nous

ivait cause's à F un et à Tautrej mais nous

-epassâmes bientôt de la douleur à la joie

\n nous entretenant de notre famille.

Sious ayons d'aimables enfans, me dit don

lanuelj si Toston vous en a fait un por-

:*ait fidèle , il doit vous avoir assure' que

ona Theresa votre lillc est toute migtionnc,

; que don Ignacio mou fils est un joli

irçon j pour votre neveu Francillo, qui

ppelle à présent don Francisco de Clé-

llente^ ce n'est plus un enfant, c'est uq

iralier de belle taille et fort en ctat de

vir le roi.

356 LE BACHELIEB.

Après avoir parlé des cnfans, contitina don Manuel, parlons des mères. Isménie et dona Francisca sont toujours deux jolies femmes^ je suis plus que jamais e'pris de Tune, et don Gre'gorio a pour Tautre un attachement dont la yÎTacite' semble augmenter de jour en jour. Vous me ravissez, ioterrompis-je, mon ami, en m^apprenant que vous vivez tous quatre dans la plus parfaite union; que ne puis-je aller partager avec vous les douceurs de votre socie'të ! Eh ! qui vous en empêche ? me dit Pédrilla ; n'êtes-vous pas mattre de vos actions ? ]N on , lui rëpondis-je ; le comte de Gelves ne veut pas que mon bean-père le quitte ; et mon beau-père , enchaîné â ses "volontés , a la complaisance de lui sacrifier l'envie qu'il aurait de se reposer après ses longs travaux. De mon côté , la reconnaissance et Pamitié me lient si fortement à Salzédo , que je me fais un devoir de ne le pas abandonner. Je vous recronnais à en sen timons , reprit don Manopl : >ainsi donc

nos datnes et moi nous nous sommes en vain flattes de vous posséder avec votre épouse. Je ne demanderais pas mieux, lui repartis-je , que de passer avec elles et avec Vous le reste de mes jours; mais voyez quel obstacle s'y oppose ! Eh bien , dit don Manuel, après avoir révë quelques momens, puisque je ne puis vous arracher de Madrid , il faut que j'engage nos dames à s'y •venir établir : c'est ce qjie je veux leur proposer, et je croîs qu'elles accepteront volontiers la proposition.

J'applaudis à cette idée, dis-je à don Manuel 5 puissiez- vous leur faire goûter ce projet ! Si vous êtes assez éloquent pour cela, je me charge d'acheter un grand' hôtel pour loger toute notre famille ; je suis en état de faire une pareille acquisition, et même toute la dépense du ménage.

Retournez donc au plus tôt à la ville d' Alcaraz; déterminez, s'il se peut^ les danit^ à Tenir demeurer a Madrid , et nouS Ivti amenez. Nous mènerons dans noti'C hôtel

une vie âéiideuse ; on j xerra régner la joie, et l'on y trouvera la bonne compagnie.

Don Manuel , impatient de voir arriver un temps si henrenx , se hâta de reprenait le chemin de son pajs. Mais , avant son dc^part, je le présentai à Salze'do, qoi le reçut d'une manière qui le charma. Il ne fut pas moins content des politesses qne lui fît mon épouse , qui , le regardant comme mon meilleur ami, crut ne pouvoir lui faire assez de civi}it<^. Aussi me dit-il en partant: En ve'rité, don Chéruhin, j"'admire votre bonheur j vous êtes entre dans une famille bien aimable; vous avez une femme digne de toute votre ten dresse, et un beau-père*qui mérite toutes les attentions que vous avez pour lui; je vais faire de ces deux personnes de si beaux portraits à Clévillente et à nos dames, que rela. ne contribuera pas peu a me faire l^usûr dans mon dessein.

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