CHAPITRE XV
Par quel ^vënement le projet de cion Manuel et de don Chérubin ne fut point exécute. Don Juan de Salzëdo est fait corrégidor de la ville d'Âlcaraz.
J'espérais ou plutôt je ne doutais nullement que Pe'drilla ne Tint à bout de persuader les dames, et déjà je cherchais un bel hôtel qui fût à vendre j mais cMtait in'embarrasser d'un soin inutile , comme vous allez l'entendre. Un jour que le comte de Gelves avait etd voir le premier ministre , il s'enferma dans son cabinet avec Salze'do, auquel adressant la parole : Dotx Juan, lui dit-il, vous allez être surpris de ce que j'ai à. vous dire. Je reviens de chez le comte-duc , avec qui j'ai eu un entretien ijui a roule' sur vous. Comte, m'a-t-il dit y
36o LE BACHELIER.
VOUS avez auprès de vous un homme qui De mVst point agréable : c'est don Juan de Salzédo. Il a ë té secrétaire du duc de Lerme, et ensuite du duc d'Uzède; en un mot, c'est une créature de la maison de Sandoval. Je crois que c'est vous en dire assez pour tous obliger à vous en défaire^ mais, comme je sais qu'il tous est cber, et qu'il mérite d'être récompensé des services qu'il a rendus à l'état , le roi le fait corrégidor de la ville d'Alcaraz, dans la Castille-Nouvelle.
Vous connaissez ce ministre , continaa le grand-écuy er j vous savez que c'est an esprit plein de caprices , cl qui veut absolument tout ce qu'il veut. Si y ne consultant que mon amitié pour vous , je refusais de le satisfaire, il faudrait me résoudre à me brouiller avec lui pour jamais, ce qui pourrait avoir de fâcheuses suites pour moi y car il est dangereux d'avoir pour ennemi un ministre qui gouverne la monarchie et le monarque.
Jesuisfàchd de vous perdre, ajouta-tiJ; mais il faut que nous nous séparions : vous le voyez bien, c^est une nécessité. .Seigneur; lui dit Salzédo, je n^ai rien a répoadre à cela j il nVst pas juste que vous vous brouilliez pour si peu de chose avec m homme qui peut tout. A Fe'gard de la barge dont ou veut m''honorer, je puis Ten passer, de même que de tout autre 3ste, étant, grâce a tos bontés, dans une !;uation qui ne me laisse rien a désirer^ 'anmoins j'ai des raisons pour ne la pas 'user. Alcaraz est une ville fort connue mon gendre j il y a sa famille et des l's qui mettront tout en usage pour m'en dre Je séjour agréable. Puisqu'il faut je mVloigne de Madrid et de votre exjnce , c'est une consolation pour moi >n m^envoie dans l'endroit d'Espagne je choisirais pour ma retraite. Cela me plaisir, reprit le comte; si j'ai lechacle ne vous plus voir, du moins j'aurai .isfaction de vous croire heureux.
Apres cet entretien, don Juan vintroe trouTer. Il j a bien des nunrelles, me dit' il. En même temxis il me raconta ce que le grand-écuyer Tenait de lui dire ; ensuite il me demanda ce que j^en pensais. Il me paraît, lui repondis-je, que le comte craint fort de perdre les bonnes grâces du premier ministre, et qu'il serait bomme à sacrifier tout à sa crainte. Au reste, nous devons nous réjouir de cet eTcneracnt. Il y a long-temps que la seule complaisance nous attacbe à ce seigneur; et puisqu^ît nous donne lui-même une occ«ision de le quitter avec bonneur, saisissons-là brusquement. Partons pour Alcaraz le plus tut qu'il nous sera possible. Allons joindre don Gregorio et don Manuel, mes beauxfrères. Ils seront ravis, ainsi que leurs épouses, de voir grossir leur société par trois sujets qui ne la rendront pas plus ennuyeuse. Je vais, si vous le trouvez bon, envoyer dès aujourd'hui nn exprès à doo Manuel pour l'avertir qu'ayant e'te grati-
fie par le roi cle la charge de corrégidor d'Alcaraz , yous yous disposez a partir pour en aller prendre possession. Il sera charmé de cet avis; car je sais assure' qu^il aimera mieux se préparer ù nous recevoir dans cette ville qu^à venir demeurer à Madrid.
Mon heau-père ne m'eut pas pins tôt témoigné qu'il était prêt a me suivre , que je dépéchai un courrier à Pédrilla pour Tinformer de notre dessein; et, dans la lettre que je lui écrivis, je lui marquai que nous passerions par Cuença.
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