‹ Le Bacille de Morgan N° 1: Bactériologie et Rôle PathogèneChapitre 12 sur 17 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Nous avons pu observer, au cours de l’été 1951, dans le Service de M. le Professeur CREYXx [16], un syndrome intestinal au long cours dû à P. morganüt.

La malade, M" B.. (Simone), âgée de trente-six ans, entre à l'Hôpital le 21 juillet 1951. Son médecin, qui l'accompagne, apporte une interminable courbe de température et raconte au fil des pages l’histoire de sa cliente. Le début remonte à l'hiver 1950-1951. A cette époque, M'""*" B.…. est fatiguée, frileuse, somnolente. Son appétit diminue, elle a de la diarrhée au moment des règles, mais aucun de ces troubles ne suffit à l'arrêter dans son travail. Le 20 mars, brusquement, elle se plaint d’une douleur lombaire gauche, violente, et de céphalées. Elle s’alite. A l’examen, on note un point douloureux vertébral lombo-sacré, une sensibilité de la région rénale gauche. La température est à 37°5. La malade reçoit du Rufol, mais la fièvre monte alors insensiblement avec des sueurs abondantes, une dissociation du pouls. Une diarrhée d’allure banale s’installe. On note quelques épistaxis. L'examen montre du météorisme abdominal, du gargouillement cæcal, une hépato-splénomégalie. La malade entre à l'Hôpital de Cahors le 8 avril. Elle reçoit sulfamides, streptomycine, chloromycétine et pénicilline. Elle sort de l'Hôpital le 21 avril, très améliorée et presque apyrétique. De tous les examens pratiqués (hémocultures, séro-diagnostics, analyses de selles, radiographies vertébrales, instestinales et rénales) on ne retient que la découverte d’une éosinophilie sanguine à 15 p. 100. La malade reçoit alors un traitement anti-helminthique qui aboutit à l'expulsion d’une quinzaine d'ascaris.

Bientôt, la température s'élève à nouveau et s'accompagne

de troubles intestinaux très marqués, à type de dysenterie. La malade revient à l'Hôpital. Elle y reçoit de l’auréomycine. Elle sort améliorée, le 26 mai.

Après quelques semaines d’état subfébrile, la fièvre reprend, à 39° au mois de juin, et s'accompagne encore d’un syndrome dysentérique très marqué : dix à vingt selles par jour avec sang et mucus. La malade reçoit du Stovarsol. La fièvre persiste cependant. Elle atteint 40° au début de juillet et se maintient par la suite autour de 38°5. L'état général est toujours relativement bon. La diarrhée est variable. C’est alors que la malade entre dans le Service de M. le Professeur CREYX.

A son entrée, M'" B.. semble en période de rémission. Elle n’a pas de diarrhée, ni de douleurs lombaires. Elle se plaint seulement d’une très grande fatigue. La fièvre oscille autour de 38°5, le pouls bat à 80. Il y a des sueurs abondantes. Si l’on songe que cette malade est fébrile depuis plusieurs mois, on est frappé par son état général vraiment satisfaisant. Certes, elle est pâle et a maigri d'environ 15 kilogrammes, mais elle reste floride et supporte bien sa fièvre. Le bilan de l'examen somatique est pauvre. On trouve seulement un abdomen douloureux dans son ensemble. Une série d'examens de laboratoire est pratiquée : la chimie du sang et des urines est normale. Dans le culot de centrifugation des urines, on trouve quelques bacilles Gram négatif, type colibacille. Dans les selles, des levures en abondance et de rares œufs d’ascaris. Les séro-diagnostics T. A.B., de WRIGHT, -la réaction de BoRDET-WASSERMANN sont négatifs. Plusieurs hémocultures pratiquées dans de bonnes conditions ne poussent pas. Malgré plusieurs tentatives, dont une sous écran, il est impossible d'obtenir de la bile par tubage duodénal, la sonde ne franchissant pas le pylore. Il n’y a pas d’acide chlorhydrique libre dans le liquide gastrique. L’urographie intraveineuse, la pyélographie ascendante, la cholécystographie, les radiographies pulmonaires et vertébrales ne permettent aucune découverte sérieuse. L'étude du transit digestif montre une rétraction de la petite courbure de l’estomac, un retard de l’évacuation gastrique, une duodénite de la deuxième portion et une importante accélération du transit du grêle, La rectosigmoïdoscopie et le lavement baryté ne mettent rien en évidence.

Me" pers

Malgré un bilan aussi pauvre, le diagnostic de syndrome infectieux entéro-rénal fut porté. D'ailleurs, la malade avait des antécédents de ce type puisque, lors d’une grossesse, en 1936, elle avait fait une «infection intestinale», puis une pyélo-néphrite, et en 1943, un épisode fébrile d’une durée de deux mois avec diarrhée. |

On entreprend une série d’injections intraveineuses d’uroformine. Malgré cette thérapeutique, un moment satisfaisante, la malade refait, dans la seconde moitié du mois d’août, des accès de dysenterie et de fièvre. Cette fois, la fièvre prend un type particulier, pseudo-palustre, avec de violents accès à 40° pluriquotidiens, s’accompagnant de sueurs, de frissons, de froid intense. Au cours de cette période, on note une très forte réaction douloureuse sous-hépatique. Cet état dure quinze jours et semble céder à la terramycine que l’on administre pendant dix jours. A ce moment, la malade fait une conjonctivite bilatérale, d'aspect banal, mais s’accompagnant de lésions cutanées et d’arthralgies multiples. Ce syndrome de FIESSENGER-LEROY régresse très vite.

Après une période de répit, la fièvre reprend en septembre (toujours avec un syndrome dysentérique). Elle est alors véritablement anarchique; certains jours, la malade est bien, apyrétique, sans diarrhée; d’autres fois, elle est abattue par des accès pseudo-palustres subintrants et par de longues périodes de fièvre oscillante. Son état général, sans être alarmant, se modifie. La fièvre oscille autour de 39°. Elle se plaint de douleurs abdominales diffuses avec petits accès dysentériques de courte durée. Cet état persiste malgré une série de chocs thérapeutiques au Dmelcos. Puis la fièvre baisse légèrement, une période relativement calme apparaît, et la malade quitte l'Hôpital en octobre.

Nous avons peu de nouvelles depuis son départ. Elle n’est pas guérie, mais son état n’est pas plus grave.

Voici donc un état fébrile observé pendant huit mois, et dont le graphique contient tous les types possibles. Parmi les signes d'accompagnement de cette fièvre, quels sont ceux qui semblent avoir de la valeur ? Les douleurs rénales, vertébrales, sous-hépatiques ne sont apparues qu’épisodi-

Mol

quement et ne se sont Jamais présentées comme témoins d’un syndrome régional dominant. Par contre, la diarrhée, et surtout les poussées dysentériques, semblent évoluer de concert avec la fièvre. L'histoire de cette malade est celle d’une dysenterie infectieuse particulièrement tenace.

On s’est alors attaché à rechercher dans les selles un micro-organisme capable d'expliquer ce syndrome. Les examens de selles habituels, routiniers n’ont jamais rien donné. Par contre, la coproculture a permis, trois fois différentes, d'isoler un Proteus de MorGan n° 1 (*).

En outre, cet examen montre que les selles sont pratiquement amicrobiennes. En dehors de quelques très rares colonies d’Escherichia coli trouvées à la première coproculture, on ne rencontre que le germe pathogène.

Nous donnons sur le tableau ci-joint les caractères culturaux des souches isolées et l’évolution de ces caractères pour la souche A, première isolée qui a été conservée. On peut voir que ces caractères sont relativemént constants. Le comportement variable pour l’indole et la fermentation de la mannite après repiquage constituent les seules variations. On les voit d’ailleurs dans le genre Proteus.

Un point a tout particulièrement été étudié en raison des conditions cliniques et des échecs thérapeutiques : c’est la résistance du germe aux antibiotiques. Par la méthode des dilutions en bouillon à pH 7, la souche s’est montrée résistante à tous les antibiotiques courants, aux concentrations suivantes :

Benne CN tr plus de 1.000 u. O. par cm°

Stréptomyeine:, . ur. : plus de 100 gammas par cm° Cnloramphénicol ...... plus de 75 gammas par cm° MorrAmvoinen dat plus de 75 gammas par cm* AUTÉOIMYCINE 4 Ve de plus de 100 gammas par cm° MYCOiMER CNET Rd plus de 35 gammas par cm*.

(*) Nous tenons à remercier tout particulièrement MM. DULONG DE Rosnay et P, DuPasQuIER, du Laboratoire de contrôle de la Sécurité Sociale, qui ont effectué toutes les recherches bactériologiques concernant cette malade, et nous ont aimablement communiqué leurs résultats,

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*‘SJANBU S9[UOTO")

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