CULTURES CHAUFFÉES
Comment nos bacillus coli ont ils résisté à l’action brusque de la chaleur, telle que nous l’avons employée ?
Notre bacillus coli G(cystite) n’a pas résisté 1 minute à 60 degrés, bien que ce fût une culture âgée seulement de 6 jours (expér. X). Il a supporté cette même température pendant 50 secondes, même après trois chauffages successifs, et après vieillissement.
C’est donc un échantillon dont la résistance à la chaleur est faible, mais dont nous n’avons pu diminuer cette résistance.
Notre bacullus coli B (fistule biliaire), cultivé en bouillon ou sur gélatine, ne résiste pas 15 secondes à 70 degrés. Il ne résiste pas non plus 1 minute à 60 degrés, mais supporte cette température pendant 15 et80 secondes. Chauffé ainsi 45 et 50 secondes, il ne meurt pas, mais la végétation est retardée (expér. X et XI). Nous avons observé aussi ce retard avec l'échantillon G, chauffé dans les mêmes conditions.
Le bacillus coli B, cultivé en bile de chien, est devenu moins résistant. Une jeune culture n’a pas supporté 60 degrés pendant 50 secondes, contrairement à la culture en bouillon signalée plus haut; son temps limite a été de 30 secondes (expér. XV).
Le bacillus coli À (matières fécales) a de même présenté suivant certaines conditions, une inégale résistance. Ainsi, cette dernière a été diminuée par l’action du werllissement.
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Une culture en bouillon âgée de 6 jours, a résisté à 70 degrés pendant 45 secondes (expér. XXI). Des cultures de 74 et. 104 jours y ont succombé (expér. XXII et XXII).
Une culture de 208 jours a bien supporté une température de 65 degrés pendant { minute, mais n’a pas résisté à 68 degrés pendant le même temps.
Les cultures vieilles ont donc été moins résistantes que les jeunes.
Par des chauffages successifs, nous avons vu augmenter ce que nous appellerons la durée limite maximum. Dans un cas, à 60 degrés, nous l’avons accru de 60 à 80 secondes dans un autre, de 3 à 5 minutes (expér. XLI). Jamais notre bacillus coli n’a résisté 6 minutes à 60 degrés.
La culture en bile de chien a eu pour effet de diminuer la résistance de cet échantillon A. Ainsi cultivé, 1l n’a pas résisté pendant 1 minute à la température de 60 degrés (expér. XXXII).
Le nombre des générations n’a pas paru avoir d'influence dans tous ces cas,
Signalons enfin ce fait que, dans plusieurs de nos expériences, les bouillons étaient fertiles, et non les tubes d’Esmarch correspondants, Comment expliquer cela ? On peut dire que la gélatine est un milieu moins nutritif que le bouillon et que d'autre part elle ne peut être placée à une température eugénésique : dans ces conditions, les éléments affaiblis par la chaleur, n’ont paspuse développer.
Où peut penser aussi qu’il restait peu d'individus vivants après l'expérience de chauffage.
Occupons-nous maintenant des variations que nous
At avons obtenues dans le pouvoir de ferment pour la lactose, par l’action de la chaleur brusque.
Nous avons eu deux cas dans lesquels ce pouvoir n’a pas élé changé.
Une culture de bacillus-coli B, chauffée à 60 degrés pendant 30 et 45 secondes, possédait la même acidité que la culture témoin —1,7 (expér. XVII).
Une culture de l'échantillon À, soumise pendant 2 minutes à 60 degrés, s’est comportée de même; acidité : 2 (expér. XX XVII).
Dans nne seconde catégorie de faits, /a propriété zymotique à été exaltée. Aïnsi une culture du bacille À, chauffee à 60° pendant 70 et 80 secondes, nous a donné une acidité de 2,3 et 2,9, celle du témoin égalant 2,00 (expér. XXXIV). — Une autre, dans les mêmes conditions, nous à donné 2,1 et 2,2, le témoin donnant 1,7 (expér. XXXV).
Une culture chauffée 45 secondes à 70° a eu une acidité de 2,1 le témoin ayant 1,6 (expér. XXXVI).
Enfin, soumise pendant 25 secondes à 60°, une culture nous a fourni une acidité de 2,9 et 2,7, le ballon témoin donnant — 2,00 (expér. XXXIII).
Dans ces trois derniers cas, les tubes d’Esmarch qui correspondaient aux bouillons n’ont pas donné de colonies. On peut en induire que peu d'individus sont restés vivants. Mais ne peut-on pas penser, d'autre part, que les éléments qui ont survécu sont ceux qui ont, par le chauffage, acquis une vitalité plus grande et par là même un pouvoir de ferment plus accentué, se rapprochant ainsi du bacul lus lachrs aerogenes ?
Dans une dernière classe de faits, les plus nombreux,
PU
mnt nous avons vu la chaleur diminuer chez le bacillus coli la propriété de faire fermenter la lactose.
Elle s’est amoindrie sous l’action d’un seul chauffage. Ainsi après avoir été soumise à 70° pendant 15 et 45 secondes, une culture de l’échantillon A a vu son acidité tomber de 2,00 à 1,7 et 1,3. Apres l’action d’une température de 60° pendant 15, 30, 45 et 60 secondes, le dosage a révélé — 1,7 ; 1,6; 1,5 d’acide au lieu de 2,00.
Les chauffages successifs ont atténué encore plus le pouvoir zymotique. Voyons quelques expériences. Le bacille À soumis une premiére fois 3 minutes à 60° a présenté comme acidité — 1,6 le témoin donnant — 2,00. Chauffé une seconde fois à 60° pendant 5 minutes, nous avons obtenu 1,5 (expér. XXXVIT et XII).
Le bacille G, chauffé à 60° une fois pendant 45 et deux fois pendant 50 secondes, a vu son acidité descendre de 1,5 à 0,6, celle du témoin égalaut2,00 (expér. X, XI, XIT).
Une culture de lPéchantillon B, chauffée pendant 45 secondes à 60° nous a donné comme acidité 1,7. Un deuxième chauffage à 60° pendant 45 secondes a fait descendre l'acidité des colonies du tube d’Esmarch à 1; 0,7; 0,6 ; 0,9 et 0,4. Enfin par l’action de la même température pendant 45 et 50 secondes, lacidité est devenue — 0,4 et 0,2 (expér. XX).
Une fois nous avons pu obtenir une perte complète de la propriété zymotique. Une culture du bacille G, soumis pendant 35 secondes à 70° n’a pas donné une réaction acide, le témoin accusant 1,6 d’acidité (expér. XLV).
La culture la plus âgée dont nous sommes servi (bacillus coli A, 208 jours), a eu son pouvoir de ferment fortement diminué sous l’action d’une tempéra -
= 19 — ture de 60° subie pendant une minute. L’acidité est descendue à 0,7 — 0,5 et 0,4, celle de la culture non chauffée étant — 2,00 (expér. XLIIT).
Le wreillissement peut donc diminuer la résistance à la chaleur du pouvoir fermentatif, probablement en rendant l’action de cette chaleur plus sensible sur un microbe déjà affaibli. Nous disons peut et non pas doit, car nous avons des expériences (XX XIII et XXXIV) où l’âge de la culture n’a paru avoir aucune influence. Là, comme en beaucoup d’autres points, il y a des conditions modificatorices qui nous échappent,
En résumé, par l’action des divers agents que nous avons employés : sérum, bile, dessiccation, chaleur, nous avons vu varier considérablement la résistance à la chaleur et le pouvoir zymotique à l’égard du sucre de lait. Cette dernière propriété a été dans certains cas exaltée, plus souvent amoindrie, et même supprimée, sans que la vitalité du bacille, considérée dans l’abondance des cultures, parût atteinte.
Les variations ont donc été obtenues.
Mais avons-nous pu amener des varélés permanentes?
Il nous faut avouer que, lorsque nous avons cherché à jes obtenir, nous avons observé constamment une tendance au retour au type. Prenons un exemple. Un échantillon A de bacillus col, après avoir été soumis à 70 degrés pendant trente-cinq secondes, fut semé en bouillon de bœuf avec lequel on ensemença un bouillon lactosé. Ce dernier révéla une acidité égale à 0,7, celle du témoin étant 2,00. Après un deuxième chauffage à 65 degrés dans
A, Ce. 4
RAA (GES les mêmes conditions, l'acidité tomba à 0,4. On en fit alors une culture sur gélatine qui servit à ensemencer un bouillon lactosé dont l’acidité fut reconnue — 0,9. Puis après un passage en bouillon de bœuf, le pouvoir de fer ment était entièrement revenu.
Nous pouvons faire remarquer que les bouillons lactosés que nous dosions, recevaient la semence éprouvée par la chaleur, non pas directement du tube capillaire chauffé, mais d’un bouillon de bœufintermédiaire, Ce que nous dosions était donc la deuxième génération et les variations obtenues peuvent être considérées déjà comme héréditaires.
Ces variations se sont montrées assez inconslantes. Quelle en est la raison? C’est que, pensons-nous, dans une même culture il y a des éléments doués, à l'égard des divers agents modificateurs, d'une résistance ou d’une tolérance inégales ; les uns peuvent varier, tandis que les autres ne sont point modifiés. C’est probablement ce qui explique certains de nos résultats ; et c’est pourquoi nous avons cherché plusieurs fois à faire des dissociations en tubes d’Esmarch, dans le but d'isoler des colonies douées de propriétés inégales.
Ce travail a eu pour but de mettre en évidence la variabilité du bacillus coli dans sa morphologie et ses fonctions, et particulièrement sa fonction zymotique considérée pourtant comme la plus constante.
S'ensuit-il que les variations naturelles ou expérimentales soient illimitées, selon la doctrine de Nægeli ? Non, et l’espèce subsiste. Mais elle demande à être définie d’une manière plus large qu'on ne l’a fait souvent pour les
PSE
espèces microbiennes en général. « Il est nécessaire, dit M. le D' Rodet, que la bactériologie, après une phase d'analyse à outrance, entre dans une voie nouvelle et se fasse synthétique. » Pour définir une espèce, il faudra donc tenir compte non seulement des caractères actuels, mais encore des variations qu’on peut lui faire subir, soit dans ses propriétés, soit dans son évolution, en s’efforçant d’en connaître le déterminisme.
Mais, pour le moment, les difficultés sont nombreuses, comme on a pu le voir pour le bacillus coli; et ce n’est qu'en réunissant, en groupant les caractères, qu’une espèce, avec ses variétés et ses races, pourra être vraiment bien définie.