VARIATIONS NATURELLES
Retiré des matières fécales de l’homme sain, le bacillus coli communis apparaît sous la forme d'éléments courts, de bâtonnets trapus, à bouts arrondis, les uns ayant de 2 à 3 u de long, et 0,4 à 0,5 de large, d’autres ressem blant à des cocci.
Mais c’est un organisme très polymorphe. Il peut se présenter sous des formes plus allongées, plus fines, comme le bacille d’Eberth. Vallett l'a trouvé sous cette forme dans une fosse d’aisance. Adenot? a fait la même remarque sur un bacullus coli proveannt d’une appendicite où il était associé au s{aphylococcus aureus.
M. Rodet a reconnu que les buc. coli provenant
1 Thèse de Lyon, janv. 1892, 2 Sog, de biol., 1891.
Re d'organes autres que l'intestin, se font remarquer par une longueur plus grande et un polymorphisme plus accentué que ceux retirés des matières fécales.
Certains auteurs lui ont refusé la mobilité. Escherich l’avait pourtant constatée chez le bacille isolé par lui. Fraenkel! remarque, dans un rapport sur un travail de Chantemesse et Widal, que le signe distinctif le plus important entre le bacille d’Eberth et le bacillus coh est fourni par l’immobilité de ce dernier.
Aujourd'hui ce caractère distinctif ne peut plus être invoqué, et si dans certains cas le bacillus coli possède une mobilité faible ou même nulle?, il peut aussi être doué d’oscillations tres étendues. Ces mouvements consistent en oscillations en tous sens sur place et en mouvements de translation; nous les avons bien souvent observés. Il est d’ailleurs probable que tous les microbes sont susceptibles de se mouvoir, car tout protoplasma est contractile*.
La mobilité n'implique donc pas nécessairement la présence de cils.
On croyait que le bacillus coli ne possédait pas de flagella, Tavel#, employant la méthode de Lôüffler, affirmait qu'ils n’existaient pas. Au Congrès de Londres, Hueppe s’adressant à M. le professeur Arloing qui mettait en relief les points de rapprochement entre le bacille d’Eberth et le bacillus coli, s’exprimait ainsi : « Que vos élèves me montrent des cils chez le bacillus coli, et je me range à
! Hygienische Rundschauw, II, 9. p.382,
? Gilbert et Girode, Soc. de biol., mars 1893. 3 Arloing, Cours de la Faculté, 1895.
4 Semaine médicale, 1892,
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leur opinion. » Ces ffagella furent mis en évidence par Klemensievicz. Mais le nombre et la forme en sont essentiellement variables. Ordinairement au nombre de quatre ou cinq, ils peuvent, dans certains échantillons, atteindre dix ou douze, comme l’ont signalé Remi et Sugg dans leur mémoire?. Tantôt ils semblent ne partir que d’un point; d’autres fois on aperçoit autour du microbe un véritable chevelu de cils®. Les formes très mobiles paraissent en posséder davantage.
La résislance à la chaleur n’est pas non plus un caractère constant, et M. Rodet, étudiant divers échantillons de bacillus coli, a remarqué des différences assez étendues suivant les spécimens considérés. La plupart peuvent se cultiver à des températures relativement élevées, jusqu'à 46 degrés. Mais cette température, limite supérieure, n’est pas absolument fixe, et certains bac. coli ne peuvent vivre à 44 degrés, se rapprochant en cela du type Eberth qui, on le sait, est moins résistant.
Les variations naturelles existent également quant au mode de culture sur gélatine. Tantôt l’on observe une couche opaque, épaisse, saillante, avec un aspect luisant ; tantôt, c’est une couche mince, transparente, festonnée.
M. Rodet, étudiant divers échantillons de bacllus col, a constaté, dans les cultures sur gélatine, quelquefois de petits disques irréguliers, opaques ou transparents, d’autres fois des colonies réfringentes, plus transparentes, en montagnes de glace (colonies éberthiformes).
1 Soc. de med. de Styrie, février 1892. ? Gand, 1892.
3 Enrico Ferrati, Arch. f. Hygiene, XNI, 1893.
Plus tard, Wurtz et Herman‘, avec des bac. coh retirés du foie, de la rate et des reins des cadavres vingtquatre heures après la mort, ont fait les mêmes remarques.
Dans des recherches analogues sur des cadavres de gens morts d’affectious diverses (fièvre typhoïde, cirrhose hépatique, pneumoniefranche, cancer del’æsophage, etc.), Malvoz? a constaté des cultures sur gélatine établissant une véritable gamme entre le bacillus coli et le bacille d'Eberth. )
Veillon et Jayle® sont arrivés aux mêmes résultats, en étudiant des bacilles provenant d’abcès dysentériques du foie.
Achard et Renault * ont décrit, dans des cas de néphrite, des cultures minces et d’autres épaisses.
Les caractères des cultures sur pommes de terre ont été, surtout 1l y a quelques années, regardés comme de bons éléments de diagnostic du microbe d’Escherich. Après trois ou quatre jours, disait-on, toute la tranche de pomme de terre est couverte d’une purée luisante jaune brunâtre, et ne présente pas l'aspect d’une simple couche humide, glacée, comme le microbe de Gaffky. Mais cela est loin d’être constant.
Ainsi, M. Rodet a souvent remarqué que le bacillus coli, provenant de foyers de suppuration, donnait des cultures presqu'incolores; de même pour des éléments isolés d’eaux suspectes.
1 Arch. de méd. expérim., p. 734, 1891.
? Recherches bactér. sur la f. typh., 1893.
3 Soc, de biol., p. 3, 1891.
4 Soc, de biol., décembre 1891.
Malvoz et Wurtz, dans leurs recherches sur les cadavres signalées plus haut, ont fait les mêmes remarques. Tantôt on trouve un aspect glacé, incolore, tantôt une véritable purée de pois.
Adenot a trouvé de ces variétés dans de l’exsudat méningitique!. Il a également observé des cultures faiblement colorées provenant de bacilles retirés du pus d’une péritonite généralisée par perforation de l’appendice iléocæcal.
M. Bard*, étudiant le bacillus coli retiré des selles de tuberculeux fébricitants, a reconnu que les caractères des cultures sur pomme de terre se rapprochent plus de ceux du bacille d'Eberth.
La nature nous fournit donc des bac. coli à variations morphologiques très étendues. Les propriétés fonctionnelles peuvent aussi varier dans de larges limites.
Examinons d’abord la fonction pathogène, étudiée par des inoculations aux animaux, bien qu'aucune des espèces animales utilisées dans les laboratoires ne contracte
- d'affection identique à la fièvre typhoïde.
Le bacillus coli le plus virulent, trouvé par MM. Rodet et Vallet, provenait d’une fosse d’aisance.
Le microbe du côlon produit en général des effets plus intenses que le bacille d’Eberth. Mais on a trouvé dans des eaux de rivières des variétés dénuées de pouvoir pathogène (Blachstein).
Pour MM. Lesage et Macaigne“, le microbe d’Escherich
1 Arch. de méd. expér., p. 656, 1889.
? Lyon médical, 21 juin 1891.
3 Gaz. hebdom., p. 53, 1891.
# Arch. de méd. expérim., p. 850, 1892.
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normal c’est-à-dire provenant d’un intestin sain, n’est pas virulent. Il le deviendrait par suite d’inflammation çentérite, dysenterie). Mais cette opinion est loin d’être absolue.
D’après Escherich, un cobaye meurt en vingt-quatre heures par l'injection intra-veineuse de bacillus coli. A l’autopsie, on trouve un fort catarrhe intestinal avec gonflement et ulcération des plaques de Peyer ; au voisipage du cæcum on voit des follicules hypertrophiés et des hémorragies circonscrites. La rate est souvent tuméfiée.
Mais l’intensité des lésions varie notablement d’un bacillus coli à l’autre.
MM. Rodet et Roux, à la suite de nombreuses expériences !, concluent qu’on ne peut, à l’heure actuelle, établir un diagnostic entre le microbe du côlon et le bacille d’Eberth, d’après les effets de l’inoculation aux animaux.
Plus récemment, M. de Klecki ?, à la suite denombreuses inoculations, à également constaté de grandes variations dans cette virulence en se servant d'échantillons provenant d’intestin normal ou enflammé et d’épanchement péritonéal.
La propriété pyogène du bacrllus coli est bien connue. Elle a été signalée en premier lieu par MM. Rodet et Roux dans un échantillon retiré d’une péritonite et qui, inoculé sous la peau de rats, donna de petits abcès. Cette propriété paraît passagère. Un bacillus coli trouvé dans un cas de suppuration rénale la possédait au maximum; mais il la perdit peu à peu.
1 Arch, de méd. expérim., 1°" mai 1892.
? Ann. Instit. Pasteur, p. 710, 1895.
3 Compte rend. Soc. des se. méd. de Lyon, 1889.
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La variabilité se manifeste aussi dans les propriétés chimiques proprement dites.
Aïnsi la réaction dite de l'indol indiquée par Kitasatot n’est pas obtenue avec tous les échantillons naturels.
Malvoz ne l’a pas constatée avec la culture du bacille d’Escherich. Nous-même ne l’avons pas obtenue avec un bacillus coh retiré des matières fécales.
Achard et Renault?, étudiant des types de bacullus coli retirés de l’appareil urinaire, ont trouvé trois spécimens ne donnant pas la réaction de l’indol: cystite blennorragique, — pyélo-néphrite consécutive à un calcul vésical, — cystite purulente.
Earico Ferrati° déclare que la formation de l’indol par le microbe du côlon est très peu marquée.
Les observations de MM. Gilbert et Lion, Vincent, Germano et Maurea, Sanarelli aboutissent aux mêmes conclusions : la réaction de l’indolest une propriété contingente,
À l’heure actuelle, les éléments principaux de différenciation du bacille de Gaffky et du microbe côlien sont tirés des propriétés zymotiques de ces microbes, et l’on peut dire que c’est le dernier retranchement des adversaires de lidentification de ces deux bacilles. Ge pouvoir de ferment a été mis en lumière par Escherich, puis par Babinsky {.
MM. Chantemesse et Widal affirmèrent quele bacillus coli fait fermenter les sucres, et que le bacille d'Eberth ne possède pas cette propriété. Dans une note en réponse
1 Zeitschrift f. Hygiene, VII, 1889.
? Soc. de biologie, décembre 1892.
3 Archiv. f. Hygiene, 1893.
4 Zeitschr. f. physiologische Chemie, Bd, XIII, Heft 4. 5 Acad. de médecine, 13 octobre 1891.
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à cette communication, M. Dubieft montra que cette affirmation était erronée, en ce qui concernait la glucose tout au moins. Il constata que ces deux bacilles sont deux ferments identiques, transformant ce sucre en alcool, en acides carbonique, acétique, butyrique, lactique, et en hydrogène. D'après Scruel, ces corps naïîtraient indépendamment et ne se transformeraient pas les uns dans les autres.
MM. Chantemesse et Widal® reconnurent ce pouvoir de ferment. Mais, dirent-ils, il est un hydrocarbure que seul fait fermenter le bacillus coli, c’est la lactose, ct les cultures en milieux lactosés constituent le meilleur moyen de reconnaître ce microbe.
La coagulation du lait fait partie de cette fonction chimique, puisqu'elle est due à la fermentation de la lactose et à la production d’acides déterminant la coagulation de la caséine. |
Mais nous trouvons des observations indiquant de grandes variétés dans cette propriété zymotique : elle peut être plus ou moins active, et même nulle.
En décembre 1891, MM. Rodet et Roux virent qu’un bacillus coli retiré des selles d’un typhique ne coagulait pas le lait et ne faisait pas fermenter la lactose. Ce pouvoir de ferment n’existait pas non plus chez un spécimen venant d’une lésion suppurée du rein, indépendante de fièvre typhoïde“.
1 Soc. de biol., 17 octobre 1891.
? La Cellule, 1891.
3 Soc. de biol,, T novembre 1891, 4 Soc. de biol., mai 1892,
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Germano et Maurea ! signalent des bac. coli retirés des selles, dont les uns décomposaient les sucres avec une abondante production d’acides, et dont les autres ne coagulaient pas le lait et ne faisaient pas fermenter le sucre de canne.
Etienne* cite un bacille provenant d’une malade ayant succombé à une endocardite ulcéreuse. IL avait tous les caractères du bacillus coli, mais ne coagulait pas le lait.
Il en était de même pour le basille trouvé par Hudelo et Bourges dans un cas d’angine syphilitique secondaire.
Gilbert et Lion, Malvoz, Achard et Renault ont également rencontré des échantillons dénués de la fonction de ferment.
La nature de l'acide lactique produit a été étudiée par Nencki, Blachstein, Péré{: le bacillus co donnerait de l'acide dextrogyre, et le bacille d’Eberth de lacide lévo-gyre ou inactif. Mais, dans les diverses variétés du microbe d'Escherich, on trouve de nombreuses différences. Certains spécimens donnent de l'acide lactique dextrogyre, d’autres de l’acide lévogyre?.
1 Contrib. de Ziegler à l'étude de l'anat. path., XII, 5, p. 494.
? Soc. de biol., janvier 1894.
3 Soc. de biol., janvier 1894.
4 Ann. Instit. Pasteur, n° 7, 1892.
5 Van Ermengen, Ann. Soc. méd. de Gand, août 1892.