INFLUENCE DU MILIEU
La neutralité au tournesol correspondant environ à — i6, on peut en conclure que le Bactériophage cesse de se multiplier dès que le milieu présente la plus minime acidité au tournesol. Les ultramicrobes qu'on décèle dans les tubes légèrement acides, où la lyse ne s'est pas produite, ne provenaient pas d'une multiplication, c'étaient simplement les ultramicrobes inoculés, restés vivants ; ces ultramicrobes sont d'ailleurs détruits dès que le milieu est franchement acide.
L'expérience suivante est encore plus démonstrative, elle vient de plus confirmer le fait que la bactérie constitue bien l'unique milieu de culture du Bactériophage (i).
Exp. — Je prépare 100 cm^ d'émulsion de bacilles de Shiga jeunes dans de l'eau salée à 8,5 o/oo, neutre au tournesol ; j'inocule cette émulsion avec 5 gouttes d'une culture précédente de Bactériophaiare en eau salée et je répartis ces 100 cm^ d'émulsion dans 5 tubes^ à raison de 20 cm^ par tube. Le premier reste tel quel : le second est additionné d'une solution de soude caustique de manière à obtenir une alcalinité correspondant à 10 mgr. de NaOH par litre ; le troisième est de même alcalinisé à 26 mgr. de NaOH par litre ; le quatrième à 00 mgr. ; le cinquième à 100 mgr. Après 18 h. à 1 etuve le premier tube est aussi trouble qu'au début; le tube 2 est louche ; les tubes 3, 4 et 5 presque limpide, ce louche à peine sensible étant dû au fait qu'un certain nombre de bacilles meurent dans l'eau physiologique avant d'avoir été attaqués.
Quand la lyse est complète dans les trois derniers tubes, j'ajoute au tube i, resté aussi trouble qu'au débuts une quantité de soude correspondant à loo mgr. par litre : 12 h. plus tard la lyse s'est effectuée, l'émulsion est comparable comme limpidité à celle du tube 5. J'ai d'autre part vérifié que cette alcalinité n'avait par elle-même aucune influence sur le bacille de Shiga qui se développe normalement dans du bouillon alcalinisé à raison de 5oo mgr. de soude par litre.
Tous les réensemencements restent stériles.
Le Bactériophage est indéfiniment cultivable en série dans une solution salée légèrement alcaline ; le sel n'est même pas indispen-
(i) Comme nous le verrons dans un chapitre suivant, les bactéries, en général, sont détruites après un séjour de très courte durée dans l'eau physiolog-ique. D'autre part, les diverses souches du bacille dysentérique présentent une vitalité très variable : certaines, en bouillon, ne sont déjà plus repiquables après cinq à six jours; d'autres le restent jusqu'à qu«rante-cinq à cinquante jours. Les expériences de lyse en eau physiologique doivent se faire avec ces dernières souches. Une émulsion en eau physiologique, d'une souche de vitalité faible, est déjà stérile après l\k 5 h. ; c'est dire que l'immense niajorité des bactéries sont mortes avant que la lyse puisse s'effectuer. Le Bactériophage n'a aucune action sur les bactéries mortes.
3o LE BAGTÉRIOPHAGE
sable, j'ai opéré la culture en série dans une émulsion en eau chimiquement pure additionnée de 26 mgr. de soude par litre.
On pourrait avoir intérêt pour certaines recherches à employer un milieu synthétique perniettant la culture du Shiga ; la culture et la lyse s'obtiennent parfaitement dans le milieu suivant : eau, 80 cm', chlorure de sodium, 5 cm', d'une solution à 10 0/0 ; phosphate de potasse, I cm'; phosphate de soude, i cm'; asparagine, 3 cm', toujours d'une solution à 10 0/0. Alcaliniser suivant la recherche à effectuer.
En bouillon une alcalinité relativement élevée ne gène pas la lyse :
Exp. — Cinq tubes conlenaot 10 cm^ de bouillon alcalinisé à — 8, sont additiannés d*émulsion de bacilles de Shiga et ensuite inoculés avec i/5o de cm^ de culture de Bactériophag'e. J'ajoute ensuite au second tube 1/2 cm' de solution décinormale de soude; i cm^ au Ipoisième ; i cm^ 1/2 au quatrième; 2 cm' au dernier. Les quatre premiers tubes sont parfaitement lysés après 18 h., le dernier seul reste louche.
On peut donc poser en principe que, la question d^alcalinité mise à part, la composition du milieu, quant à ses qualités nutritives principalement, n'exerce aucune influence sur le développement du Bactériophage. Du moment qu'il a à sa disposition la bactérie vivante et normale vis-à-vis de laquelle il est actif, il se multiplie aux dépens de cette bactérie qui constitue son milieu de culture unique.