ACTION DES ANTISEPTIQUES SUR LA LYSE
Pour terminer Fétude macroscopique du phénomène, il nous faut considérer l'action sur la lyse de diverses substances qu'cm peut ajouter à Témulsion.
Comme nous le verrons à propos des propriétés du Bactériophage, sans présenter une résistance aussi marquée que certains ultramicrobes aux agents de destruction physique ou chimique, Fultramicrobe bactériophage est cependant moins fragile que la majorité des microbes cultivables.
Au point de vue particulier de la lyse, nous devons nous rappeler que l'action des antiseptiques est complexe : le Bactériophage ne pouvant se cultiver qu'aux dépens de bactéries vivantes, toute action s'exerçant sur les bactéries de l'émulsion retentit sur le phéno-
ACTION DES ANTISEPTIQUES Sq
mène, même si cette action est faible ^ou nulle sur les germes Bactériophages. La résistance spéciale du Bactériophage aux antiseptiques n'exerce donc aucune influence sur le phénomène de la lyse.
Les substances antiseptiques introduites dans Témulsion à doses suffisamment faibles pour que leur action sur la bactérie soit indifférente, ne modifient pas Tallure du phénomène ; si au contraire la quantité de ces substances est telle que l'action antiseptique puisse se faire sentir, les ultramicrobes bactériophages ne pouvant se multiplier faute de bactéries normales, la lyse né s'effectue pas. Dans ce dernier cas on comprend que les conditions de Texpérience sont les mêmes que si on mettait le Bactériophage en présence de bactéries préalablement touchées par l'antiseptique en question, nous avons déjà vu que ni la culture des germes bactériophages, ni la lyse qui en est la conséquence, ne pouvaient se produire dans ces conditions.
Je rappellerai les expériences soumises précédemment, qui montrent que le Bactériophage ne se multiplie pas dans les émulsions de Shiga en bouillon fluorure à i o/o, dans lequel les bactéries restent pourtant vivantes pendant un temps qui suffirait amplement pour que la lyse puisse s'effectuer d'une manière totale s'il s'agissait de bactéries normales. La glycérine agit d'une manière différente : à fortes doses cette substance empêche la culture des bactéries, mais il doit s'agir d'une action plutôt empêchante que réellement antiseptique.
Exp. — Les bouillons g-lycérinés suivants sont ensemencés avec une goutte d'une culture en bouillon de i8 h. de bacilles de Shiga :
Bouillon + 5 o/o glycérine Culture très abondante.
Culture faible.
— Culture très faible avec culot.
— Milieu limpide avec un culot de bacilles assez abondant.
— Milieu limpide^ culot faible.
— Milieu limpide, culot faible.
— Milieu limpide^ culot à peine perceptible.
— Aucune culture.
Tous les réensemencements effectués au bout de 48 h. en bouillon ordinaire donnent des cultures normales.
Le bacille typhique est plus sensible à Faction de la glycérine : avec lo o/o, la culture est déjà insignifiante.
Les bacléries émulsionnées dans du bouillon glycérine, même à
+ 2tX o/o
4o LE BACTERI0PBA6E
35 o/o, restent donc vivantes au moins pendant 48 h., c'est-à-dire pendant un temps largement suffisant pour que le Bactériophage puisse se cultiver et produire la lyse, comme c'était d'ailleurs le cas pour les bouillons fluorures : or les expériences suivantes montrent qu'en effet la culture du Bactériophage est absolument normale en milieu glycérine tandis qu'elle était nulle en milieu flqoruré. J'insiste sur la culture de Tultramicrobe bactériophage et la lyse qui est la conséquence de cette culture, en milieu glycérine, car j'aurai à revenir sur ces expériences quand nous aurons à grouper les preuves touchant la nature vivante du Bactériophage.
Exp. — Tube I. — Emuisîoa de Shiga à 25o millions par cm^ dans du bouillon g-lycériné à 35 o/o, inoculation avec i/5o de cm^ d'une culture de Bactériophage. Lyse normale en 8 h. Emulsion témoin en milieu glycérine, sans Bactériophage, repiqaable jusqu'au septième jour.
Tube 2. — Emulsion de Shiga à 260 millions par cm^ dans du bouillon glycérine à 5o 0/0, inoculation avec i/5o de cm* de culture de Bactériophage. Lyse normale en 10 h. Emulsion témoin, sans Bactériophage, repiquable jusqu'à la 48^ h.
Tube 3, — Emulsion de Shiga à 25o millions par cm^, dans du bouillon ■ glycérine à 60 0/0, inoculée avec :
Cf. 1/2 cm^ de eultare de Bactériophage : lyse parfaite en 8 h.
b. i/5o de cm* lyse parfaite en (> b.
c. i/i 0.000 de cm* : pas de lyse. Les ultramicrobes, trop peu nombreux, n'ont pas eu le temps de se développer : les bacilles étaient morts auparavant.
Emulsion témoin, sans Bactériophage, repiquable seulement jusqu'à la i8«h.
En milieu glycérine les bactéries restent normalement attaquables par le Bactériophage tant qu'elles sont vivantes.
De ce que les bactéries meurent assez rapidement en milieu glycérine il ne faudrait d'ailleurs pas conclure que la glycérine agit comme un antiseptique véritable, c'est-à-dire en modifiant le protoplasma de la bactérie : personne n'a jamais songé à dire que le chlorure de sodium à faible dose fut un antiseptique, et pourtant la survie des bactéries non sporulées émulsionnées dans de l'eau physiologique est extrêmement courte, i[\ à 48 h. pour le bacille de Shiga.
Les expériences de lyse en milieu glycérine sont d'autant plus intéressantes que la glycérine, à plus forte concentration, stérilise les cultures du Bactériophage.
L'addition, à l'émulsion, de substances restant sans action sur les
SUBSTANCES BAGT£RU:NIV£S SOLUBILISEES 4^
bactéries, n'a en général aucune influence sur le phénomène de la lyse; tel est le cas, par exemple, pour le sérum normal, le liquide tfascitc, Furine, le chlorure de sodium à la dose de 26 g. par litre. Le chlorure de calcium, par contre, a une action empêchante très nette ; le chlorate de potasse retarde la lyse. A faible dose, le sulfate de magnésie et les phosphates de potasse et de soude favorisent la lyse, surtout dans le cas de souches du Bactériophage d'activité faible.
L'addition à Témulsion de sucres non fermentescibles par la bactérie vis-à-vis de laquelle s'exerce l'action du Bactériophage, n'a aucune influence sur le phénomène de la lyse. Dans le cas de sucres fermentescibles si l'inoculation en bactériophages a été massive, la lyse est normale; si l'inoculation a été faible, la lyse ne se produit pas ou re^te incomplète suivant la dose inoculée. La raison en est simple : nous avons vu que le Bactériophage est très sensible à l'acidité ; avec une inoculation minime la bactérie commence à se développer, attaque les sucres et le milieu s'acidifie avant que le nombre des ultramicrobes soit suffisant pour que la lyse ait eu le temps de se produire.
SUBSTANCES BACTÉRIErtNES SOLI/BILISÉES
Les bactéries sont lysées en totalité par le Bactériophage, sans résidus ; cette lyse ne peut être, en dernière analyse, que le résultat d'une action diastasique. Aucune action microbienne n'est exercée par la seule présence du germe, ce sont toujours les produits de sécrétion qui agissent. Les ultramicrobes sécrètent nécessairement une ou des diastases lytiques, des lysines, qui liquéfient les substances qui constituent le corps microbien. Nous reviendrons sur ce point. J'ai peu étudié cette partie du phénomène au point de vue chimique, qui est du ressort des spécialistes. Tout ce qu'il m'est possible de dire c'est que ce qui reste en solution une fois la lyse terminée, le milieu étant limpide, n'est pas constitué par des albu- DQOses, comme l'indique l'action de la température.
La viscosité d'une émulsion à 5oo millions de bacilles de Shiga par cm^ est difl*érente de celle du bouillon qui a servi à préparer Témulsion : un volume de ce bouillon donnant 100 gouttes normales, en donne 97 pour Témulsion lysée.
42 LE BAGTÉRIOPIIAGE
La dégradation des substances provenant des corps bactériens se poursuit certainement pendant un certain temps après la lyse, ce qui le montre, c'est qu'un bactériolysat de Shiga, inoculé à un lapin aussitôt la lyse terminée, le tue à une dose à peu près comparable à celle d'une émulsion bacillaire de même titre; la toxicité du bactériolysat baisse très rapidement et une huitaine de jours plus tard elle a déjà fortement diminué; après j5 jours elle est à peu près nulle. On sait d'autre part que l'endotoxine du Bacille de Shiga est très stable.
Nous verrons dans un des chapitres suivants que la précipitation par Talcool permet d'obtenir les lysines sécrétées par les uhramicrobes bactériophagcs.
UULTRAMICROBE BACTÉRIOPHAGE : PARASITE INTERNE
Nous n'avons jusqu'ici envisagé le mode d'action du Bactériophage qu'au point de vue macroscopique, diverses expériences vont nous permettre de pénétrer plus avant dans l'intimité du phénomène.
Une première question se pose : l'expérience nous a montré que le Bactériophage ne peut se développer qu'aux dépens de bactéries vivantes qui constituent son unique milieu de culture, et que cette culture se faisait vraisemblablement dans l'intérieur même des bactéries. L'examen à l'ultramicroscope nous montrera qu'il en est bien ainsi, mais auparavant passons en revue quelques expériences qui nous permettront de voir de quelle manière se produit Pinfcction des bactéries.
J'ai d'abord essayé d'effectuer la culture du Bactériophage anti- Shiga dans un filtrat obtenu en passant à la bougie des cultures en bouillon de bacilles dysentériques âgées de i, 7, i4 et 21 jours, sans aucun résultat. Deux numérations des ultramicrobes effectuées, Tune de suite après l'inoculation, l'autre après huit jours d'étuve à 87®, m'ont donné exactement le même nombre de ces germes. Le Bactériophage ne peut donc se multiplier dans un milieu renfermant les produits d'excrétion des bacilles, il lui faut les corps des bacilles eux-mêmes.
Si le Bactériophage se multiplie réellement à l'intérieur des corps bactériens, les ultramicrobes inoculés dans une émulsion doivent.