‹ Le bactériophage; son rôle dans l'immunitéChapitre 32 sur 78 · CARACTÈRES DES CULTURES MIXTES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DES CULTURES MIXTES

Bactériophage de virulence faible. — Nous venons de voir par quels moyens on pouvait rompre artificiellement l'équilibre qui règne dans les cultures mixtes. Il est intéressant de laisser la lutte se poursuivre et d'en constater l'issue dans des milieux ou chaque organisme agit par ses moyens propres, c'est-à-dire de laisser s'opérer la sélection naturelle des bactéries les plus aptes a la lutte. Pour cela il nous suffit d'effectuer les passages en bouillon sans filtration ni chauffage intermédiaires. Dans le cas d'un Bactériophage peu virulent c'est, in vitro, la bactérie qui finit généralement par triompher : la résistance augmente peu à peu, les germes les plus aptes survivent et se multiplient; à un moment donné les ultramicrobes ne trouvant plus de bactéries attaquables cessent de se reproduire et sont éliminés peu à peu de la culture qui, à partir de ce moment, n'est plus qu'une culture normale de la bactérie.

Dans certains cas s'établit un état d'équilibre plus stable et les cultures mixtes peuvent continuer à s'effectuer à travers un grand nombre de passages.

Ces cultures mixtes présentent souvent des alternances de cultures et de lyse partielle ; le milieu se trouble puis se clarifie plus ou moins complètement pour se retroubler ensuite.

Exp. Ensemencement en bouillon d'une colonie mixte (d^senlérique-Bactériophage) prélevée sur un tube de gélose inclinée ensemencée depuis treize mois avec une culture secondaire.

Après 48 heures, trouble uniforme;

après 5 jours, milieu presque limpide;

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après i3 jours, trouble uDiforme;

après iQ jours, liquide lé^^èrement louche et petit dépôt;

après I mois, trouble uoiforme et dépôt. Aspect définitif, le Bactériophage et la bactérie coexistent dans le milieu.

Les réeasemcncementsen bouillon continuent à donner des cultures mixtes, troubles, à alternances moins marquées, quoique nettes, les alternances étant séparées par un intervalle de quelques heures seulement.

Même expérience que ci-dessus effectuée avec une autre souche de Bactériophage anti-dysentérique. Réensemencement d'une colonie, provenant d'une culture secondaire, âgée de deux mois.

Après 3 jours, trouble uniforme;

après 5 jours, milieu presque limpide;

après II jours, milieu très louche;

après i8 jours, milieu limpide avec un très faible dépôt.

Tous les réensemencemcnls restent stériles. Le milieu renferme un Bactériophage très actif.

Dans ces cultures mixtes à alternances il y a lutte avec prédominance alternative du Bactériophage et de la bactérie; l'issue finale est tantôt en faveur du Bactériophage, tantôt en faveur de la bactérie, et cela après un nombre de passages extrêmement variable.

In oitro, l'issue de la lutte est généralement en faveur de la bactérie. Dans la seconde partie de cet ouvrage nous retrouverons, invivoy les cultures mixtes avec alternances, et nous verrons que Tissue de la lutte fixe le sort de l'organisme supérieur au sein duquel elle s'effectue.

Bactériophage de virulence extrême. — En présence d'un Bactériophage doué d'une extrême virulence les cultures secondaires sont relativement rares ; quand elles se produisent, elles présentent un aspect très particulier : lé milieu reste parfaitement limpide, la culture bactérienne s'effectue sous forme d'agglutinats, croissant lentement dans le fond du tube ou accolés aux parois. Ces agglutinats peuvent atteindre la grosseur de la tête d'une fine épingle, il est impossible de les dissocier par agitation.

Les reensemencements de ces cultures mixtes agglutinées donnent indéfiniment, semble-t-il, des cultures mixtes présentant le même aspect. J'en ai conservé de deux souches différentes (dysentérique-Bactériophage) pendant deux ans et demi et pendant ce temps j'ai effectué plus de cent passages successifs : j'ai vérifié la coexistence constante d'ultramicrobes extrêmement virulents et de bactéries complètement réfractaires à l'action de diverses souches de Bactériophage anti-dysentérique, toutes très virulentes. Dans ces

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cultures mixtes il y a équilibre stable entre la virulence de Tun et la résistance de l'autre ; on n'y observe jamais les alternances dont il a été question précédemment. On ne peut toutefois pas parler de cultures symbiotiques, car le Bactériophage ne peut continuer à se cultiver en série que s'il se reproduit et il ne peut se reproduire qu'en parasitant des bactéries : d'ailleurs il suffit de rompre l'équilibre en faveur de la bactérie (nous avons vu quels sont les moyens à employer pour y arriver), pour faire disparaître rapidement les ultramicrobes, désormais dans l'impossibilité de se cultiver.

Toutes les bactéries contenues dans une culture agglutinée se trouvent dans les agglutinats, aucune ne flotte libre dans le milieu : le touillon ensemencé avec une goutte du liquide reste toujours stérile, la gélose ne donné aucune colonie ; à l'examen microscopique on ne voit aucun élément figuré. Toutes les bactéries présentes sont donc rassemblées dans les agglutinats, le liquide limpide ne contient que des ultramicrobes extrêmement virulents, comme on peut le vérifier en inoculant une émulsion bactérienne fc[ui est rapidement lysée. Par contre, comme nous l'avons vu plus haut, le reensemencement en bouillon des agglutinats donne toujours naissance à une culture mixte agglutinée.

Une culture mixte agglutinée ensemencée dans une culture pure de Bactériophage, c'est-à-dire dans une émulsion inoculée et parfaitement lysée, donne une culture agglutinée, comme si l'ensemencement avait été fait dans du bouillon neuf.

Si Ton introduit dans une émulsion de bacilles dysentériques quelques agglutinats, même lavés, on obtient la lyse de l'émulsion qui est complète en l'espace de cinq à six heures ; quatre à cinq jours plus tard, on voit apparaître de fins agglutinats qui grossissent peu à peu. Les ultramicrobes, contenus dans les agglutinats ensemencés, ont provoqué la lyse des bacilles normaux non résistants de l'émulsion, puis les bacilles résistants agglutinés se sont à leur tour reproduits et ont donné une culture comme s'ils avaient été ensemencés dans du bouillon stérile.

On obtient tous les intermédiaires entre ces deux extrêmes : cultures mixtes troubles, présentant l'aspect d'une culture normale de la bactérie, où l'équilibre est essentiellement instable; cultures sous forme d'agglutinats dans un milieu parfaitement limpide, présentant un état d'équilibre stable. Le milieu peut être plus ou moins louche, les agglutinats plus ou moins compacts; on peut avoir des agglutinats peu denses, formant culot, avec un liquide plu3 ou

moins louche ; la forme de la culture mixte est en rapport avec la virulence du bactériophage d'une part, la résistance de la bactérie de l'autre; l'aspect de la culture peut être aussi variable que sont variables les propriétés des deux organismes en présence.

Colonies mixtes sur gélose. — Au lieu d'ensemencer les cultures mixtes en bouillon, nous pouvons les étaler sur gélose.

La gélose reste souvent stérile : l'équilibre y est rompu en faveur du Bactériophage, nous avons vu que ce fait se présentait également pour les réensemencements en bouillon, mais il est plus fréquent sur gélose. L'attaque des bactéries semble d'ailleurs, dans tous les cas, se faire plus facilement sur la gélose que dans les milieux liquides ; cela peut tenir à plusieurs raisons : la principale, sans doute, doit être la proximité des bactéries. Le premier acte de la lutte est certainement lié à un phénomène de chimiotaxie : dans un milieu liquide les bactéries en suspension sont séparées par des espaces considérables, eu égard aux dimensions d'un ultramicrobe; sur un milieu solide les bactéries au contraire se touchent, le passage des germes parasites de l'une à Tautre se fait plus facilement et la chimiotaxie n'a pas à s'exercer d'une manière aussi énergique pour amener le contact des deux organismes en lutte.

Quand une culture se produit sur gélose on obtient des colonies qui varient entre elles par l'aspect.

jo Des colonies normales de bacilles dysentériques (i). Elles s'observent surtout avec des cultures mixtes provenant d'émulsions inoculées avec un Bactériophage d'activité faible. Avec un Bactériophage très peu virulent, toutes les colonies peuvent même être des colonies normales.

2^ De rares colonies uniquement formées de cocci et repiquables sous cette forme, soit en bouillon où on obtient une culture abondante avec trouble homogène, soit sur gélose où les colonies offrent un aspect un peu différent macroscopiqucment de celles du bacille normal : elle sont plus bombées et plus opaques. Les sous-cultures, obtenues par reensemencement de ces colonies ne sont pas des cultures mixtes, elles ne renferment que des cocci, à l'exclusion de germes bactériophages. La forme coccus se conserve pendant un

(i) Je prends toujours comme exemple le bacille dysentérique deShiga pour faciliter les explications. Toutes les autres bactéries donnent des cultures mixtes et des colonies mixtes présentant, à peu de chose près, des aspects semblables.

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