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PERSISTANCE DE LA VIRULENCE

nombre de passages effectués, in vitro, aux dépens d'une autre espèce bactérienne. Par exemple, j'ai isolé en 191 6 un Bactériophage extrêmement actif vis-à-vis du bacille dysentérique de Shiga, moyennement actif pour B, coli, très peu actif pour les bacilles typhique et paratyphiques. Cette souche, qui m'a servi pour de nombreuses expériences, a subi au cours des années 1916, 1917, 1918 et 191 9 de très nombreux passages, toujours aux dépens du bacille dysentérique, soit plus de 1.200; or, au début de 1920 j'ai vérifié qu'elle possédait encore une virulence moyenne pour B. coli et une virulence faible pour le bacille typhique.

L'action sur le bacille typhique d'un Bactériophage ayant subi plus d'un millier de passages aux dépens de bacilles dysentériques est évidemment faible et pour la constater il convient de la vérifier par l'étalement sur gélose qui permet d'obtenir les plages caractéristiques. Introduisons dans un tube de bouillon une dizaine de gouttes de la culture de Bactériophage anti-dysentérique, ensemençons ensuite avec une faible quantité de bacilles typhiques. Après 18-24 h. d'étuve, on obtient une culture de bacilles typhiques qui paraît normale, mais si on en étale une goutte sur la gélose on obtient quelques plages.

Voici une autre observation du même ordre, faite par G. Eliava, encore plus typique, car il s'agit d'une action croisée s'exerçant sur des bactéries très éloignées l'une de l'autre. Une souche du Bactériophage, isolée primitivement d'un pus d'abcès (nous verrons que dans certaines circonstances le Bactériophage intestinal est susceptible de passer dans la circulation), très active vis-à-vis du staphylocoque doré, s'est montrée, après une série de plus de cent passages, toujours aux dépens du Staphylocoque, douée d'une certaine activité vis-à-vis du bacille dysentérique.

Ëxp. : 10 cm' d'uDe émulsion de bacilles de Shiga sont additionnés de 1/4 de cm^ d'une culture filtrée du Bactériophage anli-staphylococcique; l'étalement immédiat sur g-élose donne une culture normale de bacilles dysentériques; après que Témulsion est restée 24 heures à Tétuve à 870, l'étalement sur gélose de i/5o de cm' de cette émulsion donne quatre plages. Des passages successifs aux dépens du bacille dysentérique permettent d'exalter cette virulence.

Ces expériences nous permettent de pénétrer plus avant dans le phénomène de la virulence du Bactériophage. Nous avons introduit dans les émulsions, soit de bacilles typhiques, soit de bacilles

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dysentériques, plusieurs centaines de millions d'ultramicrobes, tous virulents pour le bacille de Shiga dans le premier cas, pour le staphylocoque dans le second. Chaque plage sur la gélose représentant une colonie issue d'un ultramicrobe virulent, dans un cas pour le bacille typhique, dans l'autre pour le bacille dysentérique, nous voyons que sur plusieurs centaines de millions d'ultramicrobes, quelques unités seulement se sont trouvées douées d'une virulence latente suffisante pour parasiter la nouvelle bactérie qu'on leur offrait et se multiplier à ses dépens.

La persistance de la virulence latente est l'apanage de certains individus particulièrement aptes. A chaque passage suivant, aux dépens de la nouvelle bactérie, ces individus se multiplient, leur virulence s'exalte et on obtient finalement après quelques passages, une ly se totale de l'émulsion.

La persistance de la virulence latente chez une souche du Bacté-. riophage n'est pas égale pour toutes les bactéries. Le Bactériophage intestinal se maintient dans l'intestin aux dépens des divers bacilles intestinaux : le Bactériophage est donc en réalité un parasite normal des bactéries du groupe coli-typhique-dysentérique et un parasite accidentel des autres bactéries vis-à-vis desquelles il acquiert la virulence dans l'organisme même, à la faveur, de conditions encore indéterminées. On comprend donc qu'un Bactériophage actif au sortir de l'organisme pour une bactérie très éloignée du groupe colityphique-dysentérique, pour un staphylocoque par exemple, gardera très longtemps, sans doute indéfiniment, le pouvoir d'attaquer une bactérie de ce groupe, et cela malgré de très nombreux passages aux dépens de la bactérie attaquée accidentellement. Au contraire, un Bactériophage possédant au sortir de l'organisme la virulence pour une bactérie accidentellement attaquée, perdra plus ou moins rapidement cette virulence s'il vient à être entretenu in vitro aux dépens d'une bactérie normalement attaquée, c'est-à-dire aux dépens d'une bactérie du groupe coli-typhique-paratyphique.

On pourrait objecter que tous ces faits peuvent s'interpréter, non pas par la persistance d'une virulence latente, mais par la persistance, à travers les passages successifs, de plusieurs espèces de Bactériophages ; en d'autres termes, d'une « contamination » du Bactériophage anti-dysentérique par des ultramicrobes bactériophages anti-typhiques dans le premier exemple cité; d'une « contamination » du Bactériophage anti-staphylococcique par des ultramicrobes bactériophages anti-dysentériques dans le second.

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