‹ Le bagne et la colonisation pénale à la Nouvelle-CalédonieChapitre 10 sur 29 · RAISON · texte numérisé non relu

RAISON

Les débats du procès avaient établi que les abus reprochés à M. le commandant Bascans et à ses subordonnés étaient attribuables à l'organisation défectueuse du service pénitentiaire, et aux vieilles et mauvaises

traditions qui existaient dans son personnel; le Président du tribunal supérieur, après avoir compulsé toutes les pièces de ce scandaleux procès, était si bien persuadé de l'innocence des accusés qu'il ne craignit pas de leur dire en leur annonçant leur acquittement: « Vous aurez des réparations à demander. »

Et pourtant le Gouverneur insiste, il paraît craindre que les condamnés ve le soupçonnent d'indifférence à leur égard!... Il ne semble pas s'apercevoir que les accusations des pensionnaires de Bourail ne sont que d'affreuses délations inspirées par les pires sentiments et il fait trépigner de joie la mauvaise libération en frappant administrativement ceux dont elle avait juré la perte! M. Bascans et ses compagnons furent suspendus de leurs fonctions... Et nous ajouterons que, malgré toutes les représentations et tous les efforts, malgré la stérilité aujourd'hui constatée de la politique extrahumanitaire qu'avait pratiquée le Gouverneur, malgré la chute de ce dernier, M. Bascans, mris à la disposition du Ministre, n'a jamais été réintégré dans ses fonctions comme le désirait si vivement la population de la colonie. L'un de ses compagnons, Meyer, est encore aujourd'hui victime de son énergie.

C'est le personnel du pénitencier agricole de Bourail qui triomphe, ce sont les mauvais libérés qui exultent: ils se sont débarrassés, par de lâches délations et par une combinaison de moyens honteux, des hommes capables de maintenir la discipline dans leurs rangs. Et c'est ainsi que, par des sentiments humanitaires exagérés et par la mise en action des principes d'une

certaine école qui cherche encore de nos jours à se faire un piédestal de son dévouement à la régénération des malheureux forçats, des fonctionnaires et des administrateurs de mérite qui ont été séduits par la grande de ces magnifiques théories, mais qui ignorent abs lument ce que vaut la masse des misérables auxqui ils prétendent les appliquer, achèvent la ruine de ce institution philanthropique à laquelle la loi de 185^ donné le nom de Transportation.

Le procès Bascans peut être considéré comme une véi table calamité ; c'est une désorganisation du princ d'autorité au bagne... Q.uel est le surveillant milita: faisant consciencieusement son service qui n'au pas continuellement à redouter le sort de son et Bascans, de ses collègues Peigné, Meyer et Mattei ? C entend d'ici le rictus provocateur des agriculteurs Bourail quand un surveillant de service ira leur fai quelque juste observation ! Et il résulte de cette siti tion misérable que le corps des surveillants se recru avec les plus grandes difficultés et que les hommes valeur qui s'y trouvent enrôlés cherchent ailleurs u position nouvelle.

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