ESCADRE ANGLAISE
Flamand,., 50, De Guverville.
Héros
74, Hawker.
Annibal 74, De Tromelin.
Exeter
64, King.
Sévère 64, De Gillart.
Isis
56, Lumley.
Brillant .... 64, De St-Félix .
Burford....
74, Reiner.
Hé -. iDeSuffren,
Sultan
74, Walt.
Superb
(Sâfard Haghei, ^*'|Maclellan.
Sphinx 64, Du Chilleau.
Annibal(a^i)m, De Galles.
Monarc
74, Gell.
Artésien.... 64, DeMaurville.
Worcester . .
64, Wood.
Vengeur 64, De Forbin.
Montruouth .
64, Alms.
Bizarre 64, La Landelle.
Eagle
64, Reddel.
Orient 74, LaPaillière.
Magnanime
64, Wosely.
Diligent. ... » Macé.
Lea
» Horse.
Fine » De Salvert.
Subtile » De Kermadic.
Brûkt..... » De Joyeuse.
De SuffreQ, smle Èéros, s'était aUaché, suivant sa coutume, au Superb, et ces deux vaillants vaisseaux, entourés d'une double ceinture de flammes, donnaient un magnifique spectacle aux deux armées.
Le Sphinx ^ ayant pris la place de Y Orient^ se trouva forcé d'accepter pour adversaire le Monarc. Heureusement pour du Ghilleau que cet ennemi, resté au vent dans la hanche de tribord du Superb, ne put fournir qu un feu oblique.
Le Worcester^ le Montmouth, VEagleet le Magnanime suivaient le Monarc en bon ordre ; mais ces vaisseaux étant venus, trop tôt sur tribord se trouvèrent former avec la ligne française un angle de 45 degrés, dont le sommet partait du Monarc. Il résulta de cette manœuvre que le Petit- Annibal, Y Artésien et le Vengeur ne firent qu'échanger une canonnade à longue portée, tandis que le Bizarre et l'Orient restèrent dans l'inaction.
En vain la Paillière , sur un ordre impératif de l'amiral, essaya-t-il de s'élever au vent pour prendre Tennemi en queue, il ne put y réussir et fut contraint de revenir prendre son poste en serre-file.
Le Flamand, forcé de se retirer sous le feu écrasant du Héros (anglais) et de YEœeler, s'attendait à être suivi et enveloppé par ces dangereux adversaires. Mais trop maltraités eux-mêmes, ils s'efibrcèrent, par contre , d'éviter un nouveau combat ; l'un d'eux , le Héros, faisait même des signaux de détresse en essayant de rallier Negapatnam.
Pendant que M. de Maurville perdait seh hommes
NEGAPATNAM.-.TRINQIJEMALAY.-1782. 123
dans une canonnade contre le Montmouth ; le Brillant, affaibli par la perte d*une partie de son équipage (47 morts et 1 37 blessés) et par la chute de son grand mât, restait frappé d'inertie sous les bordées bien nourries du Sultan. — Suffren, dont le regard d'aigle perce l'épaisse fumée qui Tenveloppe» voit la position critique du brave capitaine de St-Félix, il court à lui, le double au vent et se place par le travers du Sultan , auquel il fait bientôt sentir sa terrible étreinte.
Du GhilleaUy qui commande le Sphinœ , évente son grand hunier et abandonnant leMonarc au Petit- Annibalj vient prendre la place du Héros par le travers du Superb , qui venait de perdre Maclellan , excellent capitaine de pavillon. Le chevalier de Galles fut trèsheureux de la position hors ligne du Monarc^ dont les puissantes batteries auraient pu anéantir son petit vaisseau.
L*amiral anglais avait réuni au centre de sa ligne ses gros vaisseaux de 74, dans le but d'abimer notre corps de bataille. Contre ses prévisions, l'engagement ne fut grave que depuis Tavant-garde jusqu'au centre. A une heure, un vent très-violent du large (du S.- S.-E.) vint jeter le désordre dans les deux escadres et balayer le champ de bataille.
Mais un bien triste épisode devait terminer cette brillante affaire : au milieu de la confusion qui accompagna un instant dans notre armée, le virement de bord ordonné par Pamiral , le Sévère masqua et abattant sur tribord, se trouva très-près du Sultan , avec lequel il engagea de nouveau un feu très-bien servi.
Au même instant le Brillant, qui gouvernait à peine, se vit séparé de Tescadre par le Worcester et YEagle, auxquels Tisolement de ce vaisseau délabré n'avait point échappé.
Mais SufFren, resté à Parrière, suivait des yeux et protégeait de ses canons l'évolution de ses vaisseaux ; il vint encore une fois délivrer M. de St-Félix, en passant entre le Brillant et les deux adversaires acharnés à sa poursuite. Dans un instant le Worcester , réduit à un état déplorable par Tartillerie du Héros ^ s'éloigne du combat, poursuivi encore quelque temps par TAnnibal ; tandis que VEagle, chassé par le Héros et le Vengeur, rejoint à force de voiles Tarmée anglaise. L*éloignement du Bizarre et de V Artésien, qui formaient alors la tète delà colonne, où il n'y avait pas un coup de canon à tirer, lit le salut du vaisseau de Reddel.
cOTiSatfde Pendant ce dernier temps de la bataille, le Sévère^ coi^MSant P"v^ P^^ "" trépas glorieux d'un excellent ofiBcier de ^le s^lre" manœuvre, M. de Gênes, soutenait une lutte acharnée avec le Sultan. Tout à coup du Gillard, qui le commande, ordonne d'amener le pavillon , malgré la proximité de VAnnibal, du Sphinœ et du Héros ! la lâcheté de ce capitaine, qui se traduisait par des signes non équivoques, fut heureusement sans résultat.  la nouvelle d'une aussi honteuse reddition, deux officiers bleus (1), occupés dans les batteries, s'élancent furieux
(1) OfiBciers auxiliaires, ainsi nommés à cause de la couleur de leurs culottes ; ceUes de Messieurs du Grand-Corps étaient rouges.
NEGAPATNAM. — TRINQUEMALAY. — 1782. 125
8ur le pont, et Tun deux, nommé Dieu, apostrophant du Gillart , qui hésitait à rehisser les couleurs malgré Ie$ reproches les plus énergiques :
9 Gardez-donc votre pavillon baissé, qui n'est plus u qu'une guenille entre vos mains, quant à nous , « nous n'accepterons jamais la houte dont vous voulez a nous couvrir. Aidés de Téquipage, qui partage « notre résolution, nous allons continuer le feu. (1) »
Le pavillon fleurdelisé reparait au-dessus du couronnement du Sévère, aux acclamations de inve le roi poussées par l'équipage ; du Gillart, flétri par les rudes paroles de M. Dieu, quitte son banc de quart, et le Sultan, qui se disposait déjà à amariner le Sévère, se voit contraint de lâcher sa proie.
A quatre heures et demie, sir Hughes, nous abandonnant le champ de bataille, vint rallier ses vaisseaux entre Negapatnam et Naoûr, tandis que Suffren, resté en panne et voyant s'éloigner l'escadre anglaise, donnait Tordre de mouiller devant Karikal , à deux lieues sous le vent.
Le lendemain, 7 juillet, le commandeur aperçut les Anglais immobiles au mouillage, et peu désireux de recommencer la lutte (2). Gonsidérant alors le grand nombre de blessés qui méritaient si bien d'être soula-
(4) Delà, le jeu de mot qui courut dans Tescadre : « Du Gillart voulait perdre le Sévère, Dieu le sauva. »
(2) « Le 7 au matin, les dommages essuyés par les di£féa rents vaisseaux de Tescadre me parurent si considérables a que j'abandonnai toute idée de poursuivre Fennemi. » Rapport de Sir Hughes.
gés, et d'autre part les sérieuses avaries de son esca* dre, il reprit la route de Goudelour, poussant devant lui ses vaisseaux désemparés.
A 1 heures du matin, par le travers de Trinquebar, on vit le brigantin le Rodney s'avancer en parlementaire ; il réclamait à Tamiral l'extradition du vaisseau de sa Majesté très-chrétienne VAjax.^^xr Hughes se trompant sur le nom , prenait ce vaisseau pour celui de M. du Gillart , le Sévère, qui, dans le combat, après s'être rendu, avait recommencé le feu en rehissant son pavillon. Sir Hugues se plaignait des trois bordées déloyales qui avaient fait un mal affreux au Sultan en le prenant en enfilade : cette manière de combattre, disait-il, serait inusitée chez les Turcs.
Le but de l'amiral anglais était de donner, par cette démarche, le change à Londres et dans l'Inde sur l'issue du combat ; de Suffren indigné de la notoriété que venait d'acquérir la lâcheté de du Gillart, profita pourtant de l'erreur de nom commise par sir Edwards, et répondit que VAjaœ n'ayant point combattu ne pouvait avoir amenée mais que, danscette supposition^ il eut été assez fort pour aller l'enlever au milieu de Tescadre anglaise (1).
Malgré les forfanteries de l'amiral Hughes et les pertes des Français, obligés de renoncer à l'attaque de
(4) « Il fit (Suffren) une réponse évasive disant que c'était « le vaisseau le Sévère qui avait eu les drisses de son enseigne « coupées par un coup de canon, comme il arrive fréquem- « ment dans une action ; mais qu'on n'avait jamais eu dessein a de l'amener. »
NEGAPATNAM.-.TRINQUEMALAy.-.1782. 127
Négapatnam, Fescadre anglaise se vit forcée de venir se réparer à Madras (18 juillet). Quant au commandeur, resté au vent de Tarmée ennemie, il se trouva placé de manière à favoriser Tarrivée de ses transports au mouillage de Goudelour; il apprit alors les détails du combat du Sévère contre le Sultan et put questionner du Gillart sur sa méprisable conduite. Cet officier, ne pouvant justifier sa lâcheté aux yeux de Suffrendontle courroux et Tindignation étaient à son comble, fut immédiatement suspendu de ses fonctions et envoyé à llle de France pour être traduit devant un conseil de guerre (1).
Le dernier combat avait encore décelé le mauvais
vouloir et la couardise de plusieurs autres capitaines,
Suffren le mécontentement de Sufiren avait atteint les der-
quatre c^i- niëres limites, il résolut enfin de sévir. Il écrivit à
vaisseau et cette occasioh la lettre suivante à M. le vicomte de
les renvoie à o mi
rne-de- bouiilac :
« Il y a trois capitaines à faire passer en France : l^'M. de Gillart, pour avoir indécemment amené son pavillon ; 2^ M. de Maurville, qui le 6 juillet, loin d'effacer, n'a fait qu'aggraver les torts qu'il a eus le 1 7 février, le 1 2 avril et le 5 juin ; 3° M. le comte de Forbin, qui, loin de réparer sa mauvaise conduite du 12 avril, s'est aussi fort mal conduit (2). d De Suffren terminait en signalant aussi la lâcheté des
(4) Craignant une condamnation capitale, du Gillart s'évada et fut cacher sa honte à l'étranger.
(2) M. de Forbin arrivé à l'Orient fut enfermé au château du PontTSaint-Esprit et de Maurville à l'Ile-de-Rhé.
France.
sieurs Lacombe , Foucault et de Barrbéine(l); quant à M. Bouvet, donirâge paralysait l'énergie, il fut aussi démonté de son commandement Cet acte de fermeté fut approuvé de tout le monde ; le sort de M. de Forbin parut à. quelques officiers un peu trop rigoureux, et certes il dut en coûter au commandeur de sévir ainsi contre un de Forbin. Cet officier , sans s'être rendu coupable de défections bien évidentes, avait toujours évité depuis Taffaire de la Praya d'engager son vaisseau trop avant dans la mêlée, et de Suffren avait assez sacrifié aux liaisons de famille en lui conservant une première fois son commandement contre Tordre du ministre.
Les amiraux des deux escadres ennemies rivalisaient d'activité pour réparer leurs vaisseaux mutilés dans leur dernière rencontre. Mais tandis que sir Hughes voyait avec bonheur ses forces augmentées par le Sceptre de 64 et le San-Carlos de 44, le commandeur restait encore dans l'attente de secours urgents. Malgré une obésité devenue prodigieuse et sous un ciel embrasé qui transformait, dans ce mois de juillet, la rade de Goudelour en une fournaise ardente, notre illustre capitaine poussait avec une activité fébrile les réparations de ses vieux bâtiments.
En vain ses officiers, épuisés par la fatigue et les chaleurs intolérables de la saison, lui représentaientils le besoin d'un port de radoub :
<( Jusqu'à ce que nous ayons reconquis Trinque-
(\) Lettre de Suffren, 31 juUlet 4782, arch. de la marine.
NEGAPATNAM. — TBINQtlEMALAY. — 1782. 129
ff malay repondait Famiral, les rades foraines de ]a ff côte de Goromandel suffisent.
« L'Orient et le Vengeur font de Teau ; il faut a cependantque nous restions'ici toute la guerre (1 ].x> Et de Suffren démolissait ses prises, ses transports, les maisons et les monuments de Goudelour pour y trouver du bois pour ses vaisseaux.
a Je vous assure que ce n'est point une petite affaire de tenir la mer sur une côte , sans argent, sans magasins, avec une escadre en partie très mal munie et après avoir essuyé trois combats ; c'est, je crois, fort heureux, mais je suis au bout de mes ressources ; cependant il faut nous battre pour gagner Geyian ; les ennemis sont au vent, (Famiral Hughes étant passé au large, Suffren n'en avait pas eu connaissance et le croyait encore à Negapatnam) et nous marchons si mal qu'il y a peu d'espérance que nous leur gagnions le vent. ,
a L'escadre a 2,000 hommes à l'hôpital, au nombre desquels sont 600 blessés. Je ne sais quel parti prendra l'escadre anglaise une fois radoubée, on la dit en mauvais état et je n'ai pas de peine à le croire (2). »
Situation Au récit de la lutte opiniâtre soutenue par M. de
des parties *^ , *•
belligérantes. Suffren et de SCS glorieux exploits, le ministère parut se réveiller et sortir de son inexplicable incurie ; le gouvernement venait de rester huit mois sans expé*
(1) Ajrch. de la marine. Lettre à M. de Souillac.
(2) De Suffren à M. de Souillac, 30 juillet 4 782.
dier un seul bâtiment de guerre au delà du Capj il comprit enfin que c'était dans Flnde qu'il devait frapper TAngleterre. Une expédition sérieuse, dont les résultats auraient été de saper réellement à sa base le gigantesque édifice de la domination britannique, fut définitivement arrêtée en conseil. Il fallait un grand général pour conduire une aussi vaste et magnifique entreprise , on crut l'avoir trouvé dans le marquis de Bussy , Bussy l'indien !
M. de Bussy. Mais ce général n'avait que reflété les éclairs de génie de fiupleix dont il était le bras. Ce n'était plus ce brillant officier , aux conceptions hardies , qui semblait emporter ses soldats avec une rapidité merveilleuse à travers les immensités de la presqu'île indienne; Bussy n'était plus qu'un vieillard goutteux, amolli par la longue jouissance de ses immenses trésors. — D'autre part , le ministère commit la faute de diviser l'expédition en quatre convois faiblement escortés , dans l'espérance de les voir échapper plus aisément à la vigilance des Anglais , dont les navires cuivrés sillonnaient l'Atlantique dans tous les sens.
Parti de Cadix avec deux vaisseaux et trois transports , Bussy éprouva bientôt de cruels mécomptes résultant de la capture et de la dispersion du convoi que conduisait de Guichen. Deux navires chargés d'artillerie furent les seuls qui atteignirent S*®-Croixde-Ténériffe. Arrivé à Table-Bay, le général , déjà découragé par cette perte, apprit du gouverneur hollandais le départ de l'expédition de Duchemin, et la prochaine arrivée d'une escadre anglaise portant
NEGAPATNAM.--TRINQUEMALAY. — 1782. 131
5 à 6,000 hommes destinés à enlever le Gap. Son esprit trep crédule voyait déjà cette importante colonie sous le joug britannique ; il se décida en con* séquence, à y laisser 650 hommes de bonnes troupes* Il ne se doutait point alors de la perte du convoi de M. de Soulanges ( 23 avril ). Heureusement le comte de Peynier, plus favorisé par la fortune , était parvenu, le 17 mai , à Table-Bay où le mauvais temps le força à séjourner, tandis que le marquis mouillait, le 31 , avec le SL-Michel au Port-Louis. M. de Souillac y préparait les secours si instamment réclamés par le Commandeur. Bussy, bien inspiré, leur adjoignit , sous le commandement d'Aymar, le St-Michel , T//- Imtre , la frégate la Consolante et neuf flûtes portant 800 hommes tirés de la garnison des deux îles.
Pendant ce temps, le cabinet de S^*James, stimulé par les clameurs des négociants anglais, pour lesquels Suffren était déjà un épouvantail , et plus habile d'ailleurs que celui de Versailles , envoyait une formidable armée , sous les ordres de Richard Bickerton , au secours de Tamiral Hughes.
Telle était la situation des parties belligérantes , lorsque le Commandeur apprit (le 25 juillet) qu'Hy-^ der-Aly, se rapprochant de Tescadre , venait d'établir son camp à Bahour,à une lieue et demiede Goudelouré Aussitôt le canon de la place , l'artillerie de l'escadre entière , saluent l'arrivée de cet illustre allié; et leurs majestueux grondements, portés par la brise de mer jusqu à la tente du monarque indien , précèdent de peu d'instants de Moissac , major de l'escadre, député pour le complimenter.
m LIVRE IV.
iE°dte^sïlfiân Le lendemain , le Commandeur, suivi d'un brillant HydOT^y. ^^at-major , partit de Goudeloure escorté par un bataillon de Gipayes. Il s'avançait comme un véritable triomphateur à travers cette splendide et luxuriante campagne qui semblait Tanimer de sa puissante sève , eb face de cet Océan lumineux qui berçait mollement ses vsdsseaux. Toute la population bronzée de Gou* deloure et des environs formait le cortège , ou s'échelonnait sur les arbres , les remparts , les toits plats des pagodes sculptées^en faisant retentir l'air des mille instruments de l'orchestre indien.
A Mangi-Goupan , l'escadron de cavalerie européenne d'Hyder-Âly et plusieurs grands officiers attendaient de Suffren sous des voûtes d'arbres et de lianes qui projetaient une ombre bienfaisante sur la route. Le Gommandeur reçut avec un grand air de distinction leurs compliments empressés , leur fit distribuer des serpeauœ (1), suivant les usages du pays, et s'arrêta quelques instants auprès de Duchemin toujours très-gravement malade. Ge devoir une fois rempli , il se remit en marche précédé par une vigilante escorte de cavalerie. Les grenadiers d'Austrasie entouraient le magnifique palanquin que portaient avec orgueil , mais non sans peine, de vigoureux serviteurs ; enfin une compagnie des grenadiers de l'Ile-de-France fer* mait la marche.
Bientôt apparut le camp de l'armée mysoréenne,
(4) Vêtement oriental que les personnes de distinction envoient à eeux qu'elles veiûent honorer «
NEGAPATNAM.-TRIN0UEMALAY.-1782. 183
pittoresquement établi sur le penchant d'une colline au sommet de laquelle flottaient les brillants étendards du prince. A la voix des chapdars (héraults) annonçant l'arrivée du vaillant chef de Tescadre française, les mille tentes coniques semblent s'éveiller : Hyder- Aly s'élance hors du splendide pavillon aux vertes tentures qui domine la plaine , sur un signe de sa main, toutes les troupes se rangent en bataille ; les tambours battent aux champs, les trompettes sonnent leurs bruyantes fanfares et notre héros fait son entrée dans le camp au milieu de tout l'appareil de la pompe orientale.
Dès que le cérémonial de l'introduction fut terminé^ le nabab « vint le recevoir au bas de l'estrade qui formait le plancher de sa vaste tente ; il donna l'accolade au général , salua avec grâce les officiers qui l'accompagnaient f ensuite conduisant M. de SufTren au fond de sa tente, il le fit asseoir à sa droite, tout près du large oreiller cylindrique qui lui servait d'appui. »
« Les Français se placèrent à droite et les dignitaires de la cour d'Hyder à sa gauche ; mais le monarque indien, voyant que la position qu'avait prise les Européens était gênante pour eux, surtout pour M. de Suffren à cause de son embonpoint excessif, fit apporter des carreaux et engagea le général à s'y étendre (i) » (Ch. Cunat, p. 190).
Le Commandeur sut répondre avec une si habile
(\) Suivant le proverbe indien : H vaut mieux être assis que debout ; on est mieux couché qu'assis.
courtoisie aux éloges flatteurs du nabab, que celuici en garda longtemps le souvenir , se plaisant dans la suite à rappeler à son dorbar (1) les paroles de l'illustre marin.
Vers la fin de cette première entrevue (2), qui devait laisser de si profondes empreintes dans la mémoire de ces deux grands hommes, Tamiral français proposa au nabab de s'approcher du rivage pour jouir du spectacle de Tescadre pavoisée en son honneur. Le vieux lion , qui probablement n'avait pas attendu cette invitation pour examiner attentivement nos vaisseaux, lui fit cette singulière réponse : « Qu'il ne G s'était déplacé que pour jouir- du plaisir de voir un « si grand homme, et que lorsqu'on l'avait vu on « n'avait plusrien à désirer. »
Le lendemain 27, après un somptueux repas au* quel assistèrent les officiers des difierents corps qui avaient accompagné de Sufiren , la plupart des capitaines retournèrent à leurs bords emportant de riches présents. Chacun d^eux avait reçu un serpeau de gaze d'or, un châle, une plaque enrichie de diamants suspendue à une lourde chaîne et une bourse contenant 300 pagodes d'or (de 9 francs) comme équivalent de la valeur du cheval que l'usage prescrivait d'ajouter à ces cadeaux. M. de Salvert , qui avait été précédemment député de Geylan vers ce prince , reçut de plus Une bague d'un très-haut prix : quant à l'éléphant qui était destiné à M. de SuQ*ren, sa valeur fut représentée par dix bourses qu'on remit à son domestique,
(\) Conseil.
(2) Elle dura trois heures*
NEGAPATNAM. •- TRINQUEMALAY. - 1782. 135
Le général de son côté , ne voulant pas rester en arrière, offrit au nabab une pendule d'une grande valeur, deux lustres magnifiques , et un vase étrusque en cristal servant à contenir des fleurs ou des parfums. Ces objets, destinés à Tempereur du Céleste- Empire, avaient été trouvés sur un navire anglais.
Le nabab entra alors sérieusement en conférence et Ton arrêta le traitement des troupes jusqu'à l'arrivée de Bussy.
Le lendemain 28, on vit venir ay camp M. de Launay, commissaire général de l'expédition : il annonça l'arrivée , à la Pointe de Galles , de deux vaisseaux, le Saint-Michel et V Illustre, de la frégate la Conso/ante, et de six transports chargés de troupes. Présenté par M. de Suffren , il fît agréer au prince le portrait du roi Louis XVI, et une lettre que M. de Bussy lui adressait de l'Ile de France.
L'amiral passa encore cette journée au camp , puis il prit congé du nabab qui , pour lui témoigner de nouveau son affectueuse admiration , fit orner son chapeau d*une aigrette de diamants, lui offrit un serpeau fort riche et deux bagues étincelantes de brillants. — Le lendemain le Héros reçut la visite de plusieurs seigneurs mysoréens, pendant que l'escadre faisait ses préparatifs pour rejoindre ses renforts à Geyian où de Suffren pensait ne pouvoir arriver sans combat.
Le 31 juillet la Sylphide {\) emporta la lettre suivante à M. de Souillac ;
(\) Suffren éroyait encore l'amiral Hughes à Negapatnatii.
« Les nouvelles données par un Portugais, mentionnent que M. Hughes s est déterminé à quitter Nagapatnam. léserais déjà partisans cette entrevue qu'on dit être nécessaire pour empêcher la paix avec les Anglais. Le nabab est arrivé, je l'ai vu, il m'a reçu au mieux et aurait fait plus, s'il n'eut craint de donner de la jalousie. Je vous assure qu'on aurait fait du nabab ce qu'on aurait voulu, s'y on eut su s'y prendre. — M. Duchemin est très mal. -^ Je pars demain ; Dieu veuille que je joigne l'escadre anglaise après la réunion de M. d'Aymar. Le cutter le Lézard a abordé le 10 à Ceylan, M. de Launay, croyant bien faire, y a laissé mes lettres je vais les y chercher, »
a Le nabab a dit que la paix des Mahrattes est
. faite ; mais elle est gardée secrète. Ne serait-ce pas
pour donner le change aux Hollandais et les tranqui^
,^ liser sur le monde qu'ils ont aux environs de Calicut
où se trouvent 2,000 européens.
a V Orient et le Vengeur (ont de l'eau. Il faut que l'escadre reste ici toute la guerre; mais plusieurs vaisseaux ne le pourront pas, à moins que nous pre*nions Trinquemalay.»
Déjà la Bellone , que commandait depuis peu un digne neveu de Suffren, M, de Pierre vert , courait sous toutes voiles à Batacalo et à Galles pour prévenir d'Aymar.
Août 1782. Le 1®' août, l'escadre française envoya ses salves d'adieu à l'armée Mysoréenne, et le lendemain, nos vaisseaux vinrent mouiller dans le nord de Trinquebar , où ils trouvèrent la Fine, venue pour prendre
NEGAPATNAM. — TRINQUEMALAY. — 1782. 187
de$ ancres^ et la Pallas, vaisseau de la régence dé Batavia.
Le 3, sous une jolie brise d'ouest, Varmée défilait devant Karikal, Naoûr, Negapatnam, lorsque \e Brillant talonna sur un banc de sable , sans éprouver , heureusement aucun dommage. Grâce à la fraîcheur delà brise qui le favorisait, Suffren auriiit pu explorer Trinquemalay, mais, préoccupé d'une avarie qu'un abordage de la Fine avait causée au vaisseau amiral (1 ), il manqua Toccasion de s'emparer de deux vaisseaux excellents voiliers (le Sceptre et le Montmouth), que Sir Hughes venait d y envoyer avec des troupes, des munitions et des vins, pour ravitailler la place.
Le 9 août, Tescadre , ralliée par la frégate la Con^ salante^ vint relâcher à BataCalo pour faire de Teau, du bois et réparer une voie d'eau qui s'était déclarée sur Y Orient.
Beïk^ei^du ^® ^'^ » ^^ ^^* arriver la Bellone, portant dans son ^i^aolï^' gréement et dans sa coque les marques d'un combat récent. Cette frégate, fatiguée par de violentes brises, revenait se réparer sur la rade de Batacalo, lorsqu'elle rencontra, par le travers de Friar's hood, le Cowentry chargé de troupes anglaises, Pierrevert, en attaquant de trop près cette petite frégate, permit aux soldats qu'elle portait de diriger sur les Français un feu de mousqueterie bien nourri, qui leur fit le plus grand mal. Ce jeune commandant fut tué, la plupart de ses officiers mis hors de <5ombat et l'équipage de la Bellone ^
(4) U Fine lui avait rompu 8on beaupré.
décimé, presque sans direction, laissa le Cowentry sYchapper.
Lorsque le dernier officier,auquel le commandement de la Bellone était revenu (après de déplorables discus* sions), se rendit à bord du Héros ^oxxr rendre compte du combat, il trouva le Commandeur aussi affligé de la perte de la frégate anglaise que de la mort de son neveu. En vain, pour détourner l'attention du général de cet insuccès, essaya-t-il de lui exprimer ses regrets sur la mort de M. de Pierrevert : Suffren maîtrisant sa douleur : a Ce n'est pas cela que je vous demande, dit-il brusquement ; répondez-moi ! la frégate anglaise est-elle prise? — Non général. — Alors vous n'avez pas fait votre devoir. Retirez- vous! d Le Commandeur, très-irrité, voulut un instant faire justice de la conduite tenue par l'équipage de la Bellone : On ne parvint qu'avec peine à calmer son ressentiment. M. de Beaulieu reprit le commande* ment de cette frégate, et de Kersauson qui , à défaut de talent, avait une bravoure à toute épreuve, prit sa place à bord du Brillant. M. de Beaulieu , le plus habile manœuvrier de l'escadre , joignait à la vigilance la plus active une froide bravoure qui lui permettait toujours de calculer les chances d'un combat avant de l'entreprendre, et l'on ne pouvait confier à un meilleur officier la charge d'éclairer et de guider l'armée.
Le 1 9 août, le chevalier de St-Georges, arrivé avec le Lézard, remit au général les dépêches impatiemment attendues : elles contenaient une approbation
NEGAPATNAM. - TRINQUEMALAY. - 1782. 139
entière du combat de la Praya et des récompenses pour
les oflBciers qu'il avait désignés au ministre.
à^deSuffren Malte, qui s'enorgueillissait des succès de son Corn-
lesi^i^esd© mandeur, lui envoyait les insignes de la dignité de
19 août. Bailly, avec une lettre de félicitation du Grand-Maître
de Tordre.
Ces nouvelles jointes à la certitude de l'arrivée prochaine du comte de Peynier avec sa division, porté* rent l'allégresse dans le cœur de nos braves marins, et imposèrent silence aux trames séditieuses , aux sourdes menées, qu'ourdissaient contre le chef de l'escadre quelques oflBciers égarés.
En Angleterre , l'annonce de la prise de Goudeloure, des deux défaites que Sir Hughes ne put parvenir à déguiser, le traité d'alliance de la France avec Hyder-Aly et la retraite des Anglais sur Madras vinrent tempérer l'enivrement que la victoire de Rodney sur le comte de Grasse avait fait naître. Une cruelle inquiétude gagna ce peuple de marchands ; la presse de Londres, quittant le langage insultant qui lui était si familier, laissa éclater ses plaintes et engagea avec instance le cabinet de Saint-James à faire la paix.
Heureusement pour la Grande-Bretagne , la cour de Versailles, découragée par la défaite du comte de Grasse et préoccupée de ses projets sur Gibraltar , laissa SuflTren abandotmé à ses faibles ressources.
Bussy n'attendait que ses derniers renforts pour venir prendre dans l'Inde le commandement en chef des forces françaises ; son expérience lui faisait craindre pour nos vaisseaux un séjour dangereux sur les
côtes peu sûres du Goromandel, et il regrettait dans ses lettres que nos moyens d'action n'eussent pas été employés d'abord à s'assurer de Trinquemalay dont le mouillage était excellent.
A peine de Suffren eut-^il connu l'intention du général que sa résolution. fut immédiatement arrêtée. Enlever aux Anglais, par un hardi coup de main, le le plus beau port de l'Hindoustan, pouvant servir de lieu de refuge et de ravitaillement, devait séduire son esprit aventureux. Le cotre le Lézard reçut enconsé^ quence la mission d'explorer la rade de Trinquemalay qu'il trouva déserte (4).
Dès le 21 , les deux vaisseaux le Saint^Michel et
de Trinque- .,,, ^ , ,i, i
^maïay. 1 Illuitre, escortant sept transports et précédés par la corvette la Fortune, étaient venus jeter l'ancre à Batacalo. Les munitions et les troupes une fois reparties sur les divers vaisseaux, les ordres de marche et de combat donnés, l'escadre appareilla le 22 et fit route vers la vaste baie à l'entrée de laquelle nos bâtiments vinrent jeter l'ancre par le travers de la Pointe Sale.
A la vue de ces nombreux bassins, de ces ports magnifiques oh les plus grands vaisseaux pouvaient venir se réparer, de cette rade immense où la marine tout entière d'une grande nation pouvait mouiller en sécurité, nos ibarins furent saisis de l'avantage inestimable d'une conquête naturellement fortifiée et que
(I) Projet arrêté au Port-Louis avant le départ de l'escadre et modifié sous l'influence de M. d'Orves.
22 août.
NEGAPATNAM. -^ TRINQUEMALAY. — 1782. 141
Tart pouvait rendre imprenable. Leur ardeur à seconder le hardi projet de Suffren s'en accrut et fit, dès ce moment, bien augurer de l'issue de l'expédition.
Le 26, de grand matin, l'armée quitta ce premier mouillage, et le Héros en tête, vint s'ancrer au fond de la baie, à l'ouest des forts qui protègentla ville (1). Dans ce trajet, quelques boulets accueillirent leSaint^ Michel et le Flamand^ mais ordre fut donné de ne pas répondre aux petites batteries qui défendaient la pointe du mât du pavillon. — Ce fut sur la même plage oii les Anglais avaient débarqué , hors de la portée du fort hollandais^ que le bailli, joignant aux talents d'un marin consommé ceux du tacticien le plus habile, résolut d'effectuer son débarquement et de former son attaque. — Il s'agissait surtout d'opérer vivement, afm de hâter la reddition de la place avant l'arrivée des secours.
 minuit, les chaloupes et les canots des vaisseaux portant les troupes de débarquement, se réunirent* autour du Héros pour agir avec ensemble. Les soldats, munis de vivres pour trois jours, étaient tirés des régiments de l'Ile de France , d'Âustrasie , des troupes de marine, de la légion de Lauzun, plus cinq cents cipayes et des compagnies de Malais fournis par les alliés, le tout formant un effectif de 2,400 hommes.
À une heure, les embarcations , protégées par le
(\) Suffren au lieu d'entrer dans le port , conduisit son armée dans l'arrière baie dont l'ancrage est plus sûr dans la mousson du Sud-Ouest.
cotre le Lézard, se détachèrent des flancs du vaisseau amiral et, glissant silencieusement à la surface de rimmense baie, se dirigèrent vers le N.-O. Bientôt elles apparurent sur les crêtes des lames qui venaient déferler au pied des hautes murailles du fort qui sert de barrière entre la baie du sud et celle du nord (1)« Les Anglais ne s'attendaient pas à une attaque aussi prompte ; mais tenus en éveil par le voisinage dangereux de nos vaiaseaux, leurs vigies signalèrent rapproche de nos troupes. Malgré Tavantage de leur position> les commandants anglais commirent la faute de ne pas s'opposer à ce débarquement qui eût lieu sous les batteries, malgré la houle qui forçait nos soldats à se jeter à Veau pour aborder une plage découverte.
Le 26, le bailli vint diriger en personne Tattaque du fort et imprimer une activité extraordinaire au^ travaux, que la lenteur du chevalier Des Roys, major du génie, jointe à Tinexpérience du baron d'Àgout, auraient pu compromettre. A la faveur des arbres et des maisons^ nos troupes avancèrent sans ouvrir de tranchée, jusqu'à portée de fusil dans Touest du fort, et parvinrent à construire, avec des gabions préparés d'avance à Batacalo, une batterie de quatre canons de dix-huit.
Le 27 au point du jour, les assiégés ouvrirent le feu sur les troupes françaises auxquelles l'infatigable
(\) C'était un immense rectangle dominant Tisthme qui sépare les deux baies.
NEGAPATNAM. - TRINQUEMALAY. ^1782. 143
Bailli semblait avoir communiqué son héroïsme. Malgré les projectiles qui labouraient la terre autour de Tamiral et produisaient des vides dans les rangs des travailleurs, on parvint à établir une seconde batterie de trois mortiers, destinés à battre le bastion du S.-O.
Suffren est partout malgré son obésité ; par ses soins, la garnison des vaisseaux et une compagnie de bombardiers accourent renforcer les troupes de terre, et les aider à repousser une vigoureuse sortie destinée à détruire la nouvelle batterie et à déloger nos soldats des maisons qui leur servaient d'abri.
Le SI9| grâce à la vigoureuse impulsion imprimée aux travaux, nos batteries commencèrent à battre en brèche les remparts. L'une d*elles, de quatre canons, laissait les servants à découvert, exposés à un feu bien nourri de mousqueterie et de petites pièces chargées à mitraille par ^es ennemis : 1 6 hommes furent hors de combat en un instant, mais les canonniers, animés par la présence de l'amiral, restèrent inébranlables pendant que des ouvriers élevaient un parapet protecteur au moyen de sacs remplis de terre et de sable.
Pendant la nuit une troisième batterie fût élevée parDesRoys, près de celle des mortiers, pour hâter les effets destructeurs de^celle-ci. Des Malais de Colombo, bronzés au soleil indien, avaient été apportés par la Bellone ; ils furent immédiatement utilisés aux travaux de construction de cette nouvelle batterie, et le 30 le feu recommença plus terrible.
 9 heures, le général jugea le moment opportun pour envoyer au commandant du fort un parlemén-
144 LIVRE rv.
taire chargé de le sommer de se rendre. Deux officiers anglais vinrent aussitôt apporter les conditions du gouverneur. Après bien des débats, le refus de céder-' nier de stipuler pour la reddition du fortd'Ostembourg faillit tout brouiller. M. de Suffren congédia brusquement les officiers anglais, et s'adressant d'un ton impérieux à son entourage : Eh bien ! Messieurs, à vos postes et qu'on se prépare à recommencer dès que ces Messieurs seront rentrés.
GopituiaUon La fermeté de ce langage en imposa aux parlement 80 août 1782. taireSy et le jeune commandant du fort , Macdowal, croyant qu'un nouvel avantage sur sir Hughes avait précédé l'attaque du Bailli, vint signer la capitulation. Elle fut honorable pour l'ennemi, car Suffren cher*chait à occuper le plus promptement cette place importante, plutôt qu'à faire des prisonniers. Au jour la garnison en sortit, tambour battant, avec ses armes qu'elle mit eu faisceaux. Les officiers conservèrent leurs logements dans le fort, d'ob ils devaient emporter leurs papiers et leurs effets sans être' visités, et les soldats furent embarqués pour être transportés à Madras.
Macdowal avait stipulé les mêmes conditions pour le fort d'Ostembourg; son commandant Quelso, dont les troupes manquaient de l'eau nécessaire, fut contraint de se rendre. « On trouva dans la place 50,000 piastres en argent, 20,000 livres dépendre, 1,650 boulets, six mois de vivres pour la garnison, 1,200 fusils, quatre pièces de campagne, dix obusiers et trente canons. Le fort de Trinquemalay , qui forme
NEGAPATNAM. — TRINQUEMALAY — 1782. 145
une espèce de citadelle , était mieux fortifié : On y trouva 40 pièces de canon, dont 20 de bronze et une grande quantité de munitions. Aussi, serait-on étonné de la facilité avec laquelle ce fort se rendit, si Ton ne savait pas qu'il manquait d'eau (1). i!>
Le 2 septembre, les troupes de siège étaient déjà reparties dans les forts et sur les vaisseaux convenablement pourvus de munitions et de vivres ; les officiers anglais prenaient congé du Bailli, qui venait de leur donner à dîner à bord du vaisseau amiral, lorsque Tescadre anglaise forte de dix-sept bâtiments fut signalée à l'horizon (dans l'Est Nord-Est.)
Il était trop tard, sir Hughes n'arrivait que pour être témoin de la reddition de Trinquemalay. — L'armée comprit alors la fiévreuse activité de son général qui avait pressenti l'arrivée prochaine des forces ennemies ; les motifs du peu de sévérité qu'il avait apporté dans les conditions de la capitulation. Un jour plus tard, les Français étaient obligés de lever le siège et de renoncer à leur importante conquête pour veiller aux soins de leur propre défense.
(4) Relation de la campagne publiée à rile-de-France, 1783.