LIVRE CINQUIÈME
Combat de Triiiqiiemalay. — - Hivernage à Achem.
1782, 3 septembre. — 12 mai 1788.
Arrivée de i'amiral Hughes devant Trinquemalay. — Quatrième combat. — Défection de plusieurs capitaines. — 1» Orient se perd près de Trinquemalay. — Quatre capitaines demandent à rentrer à l'Ile-de-France. — Mort de Duchemin. Le comte d*Offelize le remplace. 12 août 1782. — Perte du vaisseau le Bizarre près Goudeloure, 4 octobre. — SufiFren va hiverner à Achem. — Tempête sur la rade de Madras ; cette ville en proie à une horrible famine. — Séjour de l'escadre française à Achem. — Insuccès de l'attaque de Gai^'am. — Mort d'Hyder-Aly, 7 décembre. — Avènement de Tippoo-Saëb. — Arrivée du Bailli à Goudeloure, le 6 février 1788, et du marquis de Bussy à Trinquemalay, le 10 mars. — Succès dû général Mathews. — Suffren rentre à Trinquemalay en présence de nombreux vaisseaux de Sir Hughes. — Fragment de lettre de l'amiral Villaret de Joyeuse. — Combat de la Nayade contre un vaisseau anglais de 64 canons, 12 avril 1789.
Arrivée de Pendant que le Bailli de Suffren mettait sa nouvelle Hughes conquête à l*abri d'une attaque imminente , l'escadre
devant ...
Trinquema- anglaise, qui ne pouvait apercevoir nos vaisseaux 8 septembre masqués par les replis de la baie, s'avançait en louvoyant. Le 3 septembre, elle n'était plus qu'à quelques milles, lorsque de Suffren impatient d'infliger une humiliation méritée à l'orgueil britannique fit
arborer l'étendard blanc fleurdelisé sur les forts et sur ses vaisseaux.
Ce fut une faute : puis qu*il voulait combattre , il aurait dû laisser approcher les Anglais en déguisant sa victoire ; mais son âme loyale et généreuse dédaigna de recourir à une ruse de guerre.
Sir Hughes surpris et consterné courut au large, pendant que Tarmée française , quittant le fond de la baie, s'apprêtait à le suivre pour lui présenter la bataille. Mais Trinquemalay était conquis, nos vaisseaux avaient un abri pour Thivernage , nos convois un rendez- vous assuré ; Les capitaines de Suffren, forts de ces avantages , insistèrent pour qu'il s'abstint de combattre. Le Bailli , cédant à leurs instances réitérées, parut renoncer pour le moment à son projet et donna Tordre de mouiller (à 7 h, 45',). — La Belhne, qui venait de rallier l'escadre en bravant l'ennemi avec une hardiesse inouïe , reçut l'ordre de surveiller ses mouvements.
M. de Beaulieu s'élance immédiatement à sa poursuite et reparaît bientôt signalant douze vaisseaux anglais sous voiles (1). Alors de Suffren n y tient plus et surexcité par cette antipathie profonde que nous lui connaissons , dit à M. de Tromelin, chef de la coterie qui lui était hostile : (2) « Si l'ennemi avait des a forces supérieures , je me retirerais , contre des
(<) Nous en avions quatorze.
(%) Les membres de cette coterie avaient* demandé, la veille, k quitter Tarmôe, ila furent fo]rt contrariés de cette détermi-* nation.
1782 — TRINQUEMALAY. - A(3IEM. — 1783. 149
Combat
de
Trinquema-
lay.
3 septembre
a forces égales , j'aurais de la peine à ne pas oom- (( battre ; contre des forces inférieures, il n'y a pas à « balancer ; combattons donc^ arrivez et qu'on fasse a le signal, d
Ce que voyant, Tamiral Hughes courut dans TE. S. E. pour nous attirer aussi loin que possible sous le vent de Trinquemalay, et, par cette manœuvre, en* lèvera ceux de nos vaisseaux qui viendraient à être désemparés, la chance de se réfugier dans la baie.
A 8 heures 30', les Anglais naviguaient en ligne sous leurs huniers , afin de maintenir les vaisseaux mauvais marcheurs à leur poste. Suffren forme alors sa ligne dans l'ordre naturel, ayant à Tavant-garde Y Orient, le Sévère et le Brillant. Malgré la précision de ses ordres et ses signaux réitérés, des manœuvres mal exécutées aux deux extrémités de sa ligne, firent croire à de l'hésitation de sa part; tandis qu'il ne pô<chait que par une trop grande ardeur qu'entravaient le mauvais vouloir de ses officiers, et la lourde marche de ses vaisseaux (1).
A % heures, l'armée atteignit , a portée de canon, l'ennemi voguant a plus de 7 lieues au large, sous une brise très-forte fixée à l'O. S. 0. Mais notre ligne était mal formée, V Illustre et le Flamand, s'étaient mutuellement embarrassés et les autres vaisseaux se trouvaient tous à peu près pèle mêle. Dès qu'on eût
(<) « Tantôt, Tescçidre 8*écartait en dépendant, tantôt, elle ÇL se mettait en panue» comme si elle était incertaine de quel « parti prendre. » Rapport de $ir Hughes*
un peu remédie à ces manœuvres maladroites , le signal d'arriver à l'ennemi reparut (1).
L'Artésien et le Saint-Michel^ doublés en cuivre, s^étant trop rapprochés de la ligne anglaise dans leur mouvement d'arrivée, revinrent brusquement au plus près et furent imités par les vaisseaux d'avant-garde. Le Sphinx et le Petit- Annibal, loin de conserver leur poste, vinrent encore augmenter le groupe que formaient ces cinq vaisseaux.
 2 heures 30' , l'amiral , mécontent du peu d'ensemble qui règne dans les évolutions, donne de nouveauté signal d'arriver et de ne commencer le feu