‹ Le Bailli de Suffren dans l'IndeChapitre 14 sur 29 · SB · texte numérisé non relu

SB

5oâ*^ «©©©cl

© C © &OO *-• CQ

es 1^

Le Flamand y pour qui est réservé l'honneur de la journée, se trouvait aa début de l'action au vent de l'armée. De Salvert, par une manœuvre hardie, passe vent arrière entre le Fendant et VAjaœ et vient porter son lourd vaisseau presque dans la ligne ennemie. Aussitôt VEœeter et \ Inflexible éclatent à la fois contre le Flamand et le couvrent d'un torrent de boulets et de mitraille. De Salvert, le jeune et brillant capitaine, tombe mortellement frappé, mais son vaillant équipage, qu*excite à la vengeance Trublet de Yillejëgu, soutient sans s'émouvoir leur double choc et reprend son poste entre le Fendant eXYAjaœ.

Au corps de bataille, le Héros se montre digne de l'affection du Bailli ; Moissac le commande et ce fidèle compagnon du chef, dont il reflète la bouillante ardeur, porte des coups terribles au Superb. Secondé vigoureusement par V Illustre, il répond en outre aux bordées du Monarca et du Burford. Sur son avant, V Argonaute , qui tient tête au Sultan , aide aussi le Petit'Annibal2MX prises avec VAfrica.

A l'arrière-garde, pendant que Cuverville combat Mackensie, le Hardi, assailli à la fois par le Bristol et le Montmouth , leur répond avec fureur et les maintient à distance.

A l'avant-garde, où commande Peynier, de brillants faits d'armes viennent aussi illustrer nos vaisseaux. Le Fendant^ après avoir écrasé V Inflexible^ était venu prendre corps à corps le Gibraltar de 80 canons. M. de St-Félix , revenu de l'Ile de France en qualité de capitaine de pavillon de 1^. de Peynier, fait

aOUDELOURE.— RETOUR EN FRANCE. —1784. 197

des prodiges de bravoure pour faire oublier son indis* cipline. Non loin delà, Du Ghilleau , brûlant d'effacer sa défection devant Trinquemalay, électrise son équi^ page et , dédaignant le faible vaisseau de HoIIaday , lance son Sphinoo de 64 bord à bord de la Défense de 74 et par son feu terrible frappe d'étonnement son puissant adversaire.

Que fait le Bailli pendant celte phase de la bataille? Il parcourt tout joyeux la ligne des combattants , tenant à la tète du grand màt de sa frégate le signal d'approcher Tennemi à portée de pistolet Les boulets pleuvent souvent à bord de la Cléopâtre ; Tun d'eux vient couper un cordage à quelques pouces au-dessus de l'endroit oii l'amiral l'a saisi. Un cri d'effroi s'élève, le Bailli privé de son point d'appui a trébuché et on le croit blessé; quel moment d'angoisse, quoique de courte durée, pour les hommes valeureux qui Tentourent ! Le Bailli ayant retrouvé son équilibre^ se tourne vers le timonnier et lui ordonne de laisser porter encore : « Lof, lof, » commande spontanément le capitaine de Rosily, sous l'impression douloureuse qu'il vient d'éprouver.

Suffren, surpris qu'on ose répéter un autre commandement que le sien, regarde avec sévérité M. de Rosily, comme pour lui demander compte d'une pareille audace. « Oh ! Général, lui dit ce jeune capi- « taine avec cet entraînement qu'inspire un dévoû- « ment sincère, voulez-vous donc exposer inutilement oc votre vie et compromettre la gloire et les intérêts <x de la France ? Le Roi vous a prescrit, par son ordre

a du 1 2 avril, de ménager voa jours utiles à la patrie; a voudriez-vous , par imprudence , assurer le triom- « phe de l'Angleterre? Ah ! du moins , que je ne sois « pas responsable envers le pays d'avoir contribué à a le priver de ce qu'il lui importe tant de conserver. » Suffren , comprenant la noble fermeté de M. de Rosily, lui tendit affectueusement la main et se laissa entraîner au large d'où ses signaux furent mieux aperçus (1). a Mais, convenons-en, à la gloire de tous , dit « Trublet de Villejëgu, le général n'eut pas d^occa- « sion de stimuler l'ardeur de ses vaisseaux ; tous a combattirent vaillamment, surtout Tavant-garde « qui soutint le plus grand effort de l'ennemi. »

Le feu éclate dans la hune d*artimon du Fendant et oblige Peynier à sortir un moment de la ligne de bataille. Aussitôt le Gibraltar de 80, dont le capitaine, nouvellement arrivé d'Europe , avait juré d'enlever unde nos vaisseaux au premier combat, s'avance pour couper la ligne française ; mais il est rudement reçu par le vaisseau-Rouge de 50, le Flamand qui , malgré une différence de trente bouches à feu, couvre le Fendant et oblige son formidable adversaire à rentrer précipitamment dans sa ligne.

De tous côtés éclatent et tonnent les bordées rapides qui entourent les vaisseaux d'une double ceinture de flammes , une bataille terrible est engagée , et nos marins, qui tiennent en leurs mains le sort de l'Inde

(4) M. Cunat obtint ces détails de M. Dulauretis, ancien offi-* cier du Vengeur. P. 306, ouvr* cité.

entière, font des prodiges de valeur pour suppléer au nombre. Nos capitaines attentifs aux ordres de F Amiral, laissent porter sur Tennemi qui commence à plier sous le feu bien nourri de nos canons ^ et le suivent en combattant toujours à demi-portée de fusil.

Sir Hughes ne sut pas profiter du nombre de ses vaisseaux et de leur marche supérieure pour doubler la gueue de Tescadre française surveillée par la seule frégate la Consolante. Il fut heureux pour cet gmiral que la nuit vint mettre un terme au combat ; car, à voir Tacharnement de nos marins (1 ) et le mouvement de retraite de Tennemi, tout fait supposer que plusieurs de ses vaisseaux seraient restés au pouvoir du Bailli.

Pendant la nuit, Tescadre victorieuse louvoya pour se maintenir près de Goudeloure afin d'empêcher sir Edwards d*en approcher. Découragé par les revers éprouvés dans cette journée funeste pour ses armes, l'amiral anglais éteignit bientôt ses feux et disparut dans les ombres de la nuit.

Le 22, les courants avaient drossé nos vaisseaux jusque dans les eaux de Pondichéry où ils venaient de mouiller aux premières heures du jour , lorsque nos vigies signalèrent Tescadre anglaise sans ordre, faisant route au N.-N.-O* —Aussitôt les signaux d'appareiller , de former la ligne de combat et d'arriver sur l'ennemi se succèdent rapidement au grand mat de la Cléopâtre.

(\) Il fallut arracher plusieurs artilleurs de leurs pièces;

Mais c'est en vain que nos braves équipages , surmontant la fatigue de six jours de branle^bas, se dis* posent à recommencer le combat. L'amiral Hughes, laissant porter , se couvre de voiles , abandonnant rinde et Tocéan indien à son infatigable adversaire. On le vit, le 25, débarquer à Madras ses blessés, ses malades, ses scorbutiques et abriter sous les ca-* nous des forts ses vaisseaux désemparés.

Notre escadre avait perdu 200 hommes et, dans le nombre, plusieurs excellents officiers, Dupas de la Mancelière, Perrier de Salvert , Dieu, de Robineau, etc. ; 386 blessés étaient sur les cadres , parmi les^ quels MM. de St-Félix , de Ravenel , de Poyniat , de Bonnevie. — Malgré ces pertes douloureuses, nos équipages , ivres de joie , avaient hâte de venir rassurer et encourager Tarmée assiégée dans Goudeloure. revfe^^victo- ^^ ^^' ^^^ vaisscaux victoricux vinrent triompha- Goudebure '^^®°* mouillcr sur Cette rade, au milieu des cris 23 juin 1783. d'allégrcssc de nos braves soldats. Tout est oublié pour eux , et leurs souffrances et le voisinage mena* çant de Tarmée de Stuart. Ils courent sur la plage recevoir le bon Bailli , se disputent Thonneur de porter son palanquin, et la brise du large porte jusqu'au camp ennemi Fhommage de leur reconnaissance et de leur admiration pour les vertus héroïques du grand homme. M. de Bussy, qui l'attendait au milieu de son état-major, prit M de Suffren par la main, et s'écria, en le présentant aux officiers de l'armée qui l'entouraient ; « Messieurs, voilà notre sauveur ! » II s'agissait cependant de déloger Tarmée de Stuart

suifren q^^î (iontiDuait le blocus malgré l'épuisement de ses

^Bussy munitions. Suffren , l'homme de la guerre active^

1500 i^nîns'^ temit à terre les renforts qu'on lui avait prèles et pro-

^à^éioçer^ posa d'y joindre un corps de matelots commandés par

de s™^. des officiers de marine. Nos équipages allaient à la

bataille comme à une fôte , mais Bussy trompé par

ses espions qu'il payait mal (8 roupies par mois), resta

dans l'inaction, et le Bailli dégoûté de la faiblesse et de

l'incapacité du général, se retira à bord de son escadre

en demandant si on prétendait qu'il allât avec ses

vaisseaux forcer le camp ennemi.

Sir James Stuart, déconcerté par la défaite de l'amiral Hughes, restait également dans ses lignes, lorsque le Marquis ordonna une sortie, dont il confia la direction au commandant du bataillon d'Aquitaine. C'était un vil intrigant d'une incapacité reconnue; ses troupes furent battues , vigoureusement ramenées , et luimême passa lâchement à l'ennemi.

Suffren avait résolu de ne plus descendre à terre, oii le spectacle des incertitudes du général, et de Tinconduite de ses créatures le révoltaient. Cependant à la nouvelle de cet échec, il ne peut contenir sa généreuse ardeur: il exerce ses équipages et attend que Stuart se porte à une attaque sérieuse contre la place pour descendre à leur tète et faire sentir aux assiégeants le poids de sa vaillante épée. Mais le général anglais, découragé par la disparition de sir Hughes , manquant de vivres, de munitions , et harcelé par la cavalerie de Sageste-Saëb, voyait son armée menacée par les maladies et la famine : il résolut de se borner à un blocus rigoureux.

Sur ces entrefaites, le Bailli dont Tactivité se trouvait paralysée par les ordres de Bussy, son supérieur, apprit l'arrivée prochaine de renforts importants. Le Fier de 50 canons, VHermione^ amenaient la légion de Meuron et de nombreux détachements ; six vaisseaux hollandais, partis du Texel, en juillet 1782, étaient en outre arrivés à F Ile de France avec la légion de Luxem* bourg. Le Bailli espérait avec le concours de ces troupes , reprendre une guerre plus digne de la France

malgré Tapathie du général

D'une autre part les succès éclatants que Tippoo-Saëb venait de remporter sur la côte de Malabar , lui donnaient presque la certitude de finir glorieusement la campagne , lorsque , le 29 juin, parut à Thorizon la frégate anglaise la Médéa portant pavillon parlementaire.

La Médéa j Lord Macartenay et sir Edwards Hughesayant reçu an^se , d^Bassorah la nouvelle de la signature des prélimipa^uon^pîu'- naires de paix, proposaient à MM. de Bussy et de ^a^oS' Suffren, de cesser les hostilités, et d'arrêter Teffusion 29 îul^783. d'ww sang précieux. Depuis quelque temps des bruits de paix couraient dans les deux armées, mais tant que le Conseil de la Présidence avait vu l'avantage de son côté, il s'était gardé de les accréditer. Le génie protecteur de Tarmée, Suffren , fît hâter par son cinquième et dernier combat Fenvoi du message de paix. Le Bailli acquiesça, pour ce qui le regardait, aux proposi-* tiens de l'amiral anglais; il consentit à une suspension d'armes, jusqu'à l'arrivée des nouvelles officielles, et nos marins prévenus par une bienveillante attention,

purent, ens'endormant, rêveraubonheurdurelour (1).

Le lendemain, Suffren présenta à Bussy les députes anglais , mais celui-ci, par son incroyable indécision, les renvoya sans réponse positive. Quant au général Stuart qui attendait des secours de Tarmée du midi , il refusa de reconnaître le caractère et la mission des députés de Madras (2).

Laissant alors Bussy et Stuart dans cette position ridicule , le Bailli ramena à bord de son vaisseau les négociateurs anglais. Enfin, le 2 juillet, le marquis se rendant à Tévidence et cédant surtout à la nécessité qui le pressait, consentit à une trêve, et quelques jours après Stuart leva le siège après l'échange des prisonniers.

La saison s'avançait et les dépêches ministérielles n'arrivaient pas; Suffren, libre du côté de F Angleterre, envoya son escadre àTrinquemalayoîi venait d'arriver un convai avec des vivres et des munitions de guerre; quant à lui, il resta sur la côte de Goudeloure avec le Héros, pressant le général, toujours plus irrésolu, de prendre un parti sur la destination ultérieure de ses vaisseaux.

Le 25 juillet, la frégate la Surveillante, de glorieuse en France, mémoire, viut délivrer le Bailli en apportant les dépê-

25 juillet 1763. rr r

chesdeM. deCastries. Suffren était rappelé en France

(\) Un canot parcourut Tescadre en annonçant à chaque bord la nouvelle qu'avait apportée la Médéa.

(2) La conduite de ce général lui valut plus tard des arrêts à Madras et donna lieu dans la suite à un duel avec lord Macartenay.

de SîiîTren

avec la plupart de ses vaisseaux victorieux, et M. de Peynier devait rester dans Flnde avec des forces égales à celles que les Anglais y conserveraient.

UAjaoo^ X Illustre, VAnnibal et le Hardi reçurent Tordre de se rendre en droite ligne de Trinquemalay au cap de Bonne-Espérance et d'y attendre TAmiraL Le Sphinx , le Flamand , le Hérot , le Vengeur^ le Sévère QiX Artésien, ^o\x% le pavillon du chef qui venait de leur conquérir une si belle page dans Thistoire maritime, devaient relâcher à llle de France.

au ^IrL Le gouvernement de Louis XVI avait décerné une ^généS^*^ récompense éclatante au patriotisme de notre héros, en 6 mars 1783. l'élevant au grade de lieutenant général ; l'armée entière en ressentit la plus vive allégresse. — Le ministre, inquiet sur la santé de M. de Bussy, dont il n'avait pas de nouvelles, lui donnait en outre, à défaut de ce général, le commandement en chef des forces et des établissements de la France au delà du cap de Bonne- Espérance (1).

Malgré Téloignement, une absence déjà bien longue et les honneurs qui venaient satisfaire sa noble ambition , les liens du cœur ne cessaient de rattacher M. de Suffren à sa chère Provence où il avait laissé tant de doux souvenirs.

« Je suis vraiment en peine, ma chère amie, (écrivait-il à M"^® de Seillans), de n'avoir reçu aucune lettre de toy, en ayant reçu de beaucoup de personnes, et je sçais qu'ordinairement tu es exacte.

(1) Lettre de M. de Castries à M. le bailli de Suffren. — Versailles, 6 avril 4783.

octoI)re 1783.

« Je suis comblé des grâces du ministère , et cela avant la prise de Trinquemalay qu'ils n'ont sçue qu'après. Je crois que, sans la paix, l'affaire du 20 juin 83 aurait fait grand bruit.

a Je compte arriver à Toulon en mars ; mais comme le ministre paraît désirer de me voir promptement, je serai obligé de faire route tout de suite pour Paris, et ce ne sera qu'à mon retour que je pourrai aller jouir des douceurs de la tranquillité à Borigaille ; c'est en vérité ce que je désire le plus.

« A Trinquemalay, ce 2 octobre \ 783. »

Les vaisseaux Ce fut le 5 octobre que le général de Suffren par-

guittent • i i

rinde ie^5^ tit de Trinquemalay, jetant un dernier regard sur ces prives indiennes qui devaient conserver de ses faits d'armes et de sa jgloire un souvenir ineffaçable. Nous examinerons plus tard si cette paix tant sollicitée par le commerce anglais, que ruinaient les exploits du Bailli, n'était pas plus nécessaire à la Grande-Bretagne qu'à la France , et si la précipitation que mirent nos ministres à l'accepter, ne nuisît pas à nos intérêts. Suffren ramenait à Port-Louis ces vieux vaisseaux que son opiniâtre volonté avait maintenus, pendant deux ans, dans l'océan indien, malgré le plus affreux dénûment ; laissant aux soins de son ami, le vicomte de Souillac , le Vengeur, le Sévère (1) et la Fine dont le mauvais état demandait de grandes réparations, il appareilla pour le Cap, après une courte relâche.

(1) De ces deux vaisseaux, Tun fut condamné à Bourbon et l'autre se perdit près du Gap*

Son arrivée sur la rade hollandaise, annoncée par VAjax, V Illustré, YAnnibal et le Hardi, venus directement de Geyian sous les ordres d'Aymar, fut le signal d'une explosion d'enthousiasme et de réjouissances publiques. Fêtes brillantes, illuminations de toutes sortes, accueillirent le Sauveur du pays.

Séjour Le bon Bailli avait peine à s'arracher à la recon-

àTabie*Bay. naissance de la population, lorsque le commodore King vint relâcher à False-bay, le 1 décembre 1783. La tempête avait maltraité les huit vaisseaux qui formaient sa division ; Fun d'eux , YEœeter , en louvoyant pour atteindre le mouillage , se jeta à la côte. Mais Suffren qui l'observait avait déjà ordonné de préparer des chaloupes qui arrivèrent les premières au lieu du naufrage ; et les deux escadres rivalisé-* rent de zèle et de dévouement pour secourir le malheureux navire. Le commodore anglais profita avec empressement de cette circonstance pour aller à bord du Héros saluer et remercier le grantl homme, dont il avait admiré le génie audacieux sur les champs de bataille, et qu'il brûlait de connaître.

a Pendant son séjour au Gap, ce bon Bailli apprit la détresse où se trouvait la caisse coloniale et le dénûment des troupes, et ordonna de verser au trésor la somme de 22,000 piastres provenant de la vente des prises faites dans l'Inde par son escadre (1). »

Le 28 décembre, il écrivait à M"® de Seillans :

« Depuis ma dernière lettre, j'ai passé aux isles où

(1) V. Cunat, ouv. cité p. 337.

j'ai été 16 jours. Je te ferais tourner la tète si je te racontais la façon dont on m'a reçu. Mais ce qui m'a fait le plus de plaisir est d'y avoir trouvé plusieurs lettres de toy et d'assez fraîche date, c'est-à-dire de six mois. Tu sçavais ce qui s'est passé depuis le siège de Trinquemalay. A l'île de France, j'ai esté assomé de vers et de chansons, entr'autres d'un acrostiche qui m'a rappelé un temps oii» avec moins d'argent et moins de gloire, j'étais plus heureux.

(X Les bons Hollandais m'ont reçu icy comme leur libérateur , et le propriétaire de Constance surtout s'est distingué. Mais parmi les hommages qui m'ont le plus flatté, il n'y en a point qui m'aient fait plus de plaisir que l'estime et la considération que m'ont témoignés les Anglais qui se trouvent icy. Si M. de Brèves n'estait pas mort, il mourrait de jalousie. »

Le 3 janvier 1 784, de Suffren, au bruit des salves d'artillerie qui saluaient les insignes de lieutenantgénéral arborés au mât de misaine du Héros, remit sous voiles et fit route pour la France. Il ramenait avec lui VAnnibal, Y Illustre, le Sphinœ, V Artésien, VAjaœ, le Flamand, lé Hardi et la Cléopâtre.

Sous la latitude de Madère, le Bailli se sépara des vaisseaux de son escadre qui durent continuer leur route sur Brest et sur Rochefort, et ne gardant pour conserve que le Hardi , se rapprocha du cap Saint- Vincent. Le temps était magnifique, Sufiren, sur le point de rentrer dans sa chambre , causait avec quelques officiers qui l'entouraient, lorsque la foudre éclata tout-à-coup sur le pont, tua un homme et en blessa

huit autred. Hais la Providence veillait eûcore sur les jours précieux de Tamiral qui, le lendemain, franchit le détroit de Gibraltar ; puis, côtoyant avec un bon vent les côtes espagnoles , laissa tomber Tancre en rade de Toulon, le 26 mars 1784, au bout de 83 jour de traversée.

Page 1