‹ Le Bailli de Suffren dans l'IndeChapitre 8 sur 29 · DIVISION · texte numérisé non relu

DIVISION

Annibal ....

. 74, De Tromelin

Sévère

64, De Cillart.

Artésien

64, DeMaurville

Ajax..,^

64, Bouvet.

Brillant

64, De St-Félix.

Flamand . . . .

54, DeGuvervîlle.

pistolet f VAnnibal, le Sévère, le Bizarre, V Artésien, le Brillant et le Flamand s'obtînèrent à combattre à grande portée. Ce fut à cette mauvaise conduite que Tescadre anglaise dut de ne pas être écrasée ; et plus tard Jorsque Suffren indigné demanda compte à ces commandants d'une immobilité honteuse, ils ne purent se retrancher que derrière leur fidélité à se tenir dans les eaux les uns des autres.

A l'arrière-garde, YAJax et le F/amand, obéissant à un ordre direct , essayent d'attaquer par dessous le vent. Mais YAjaœ, contrarié par un signal de Tromelin, cède à regret sa place au Brillant (i ). M. de St- Félix, qui commande ce dernier, d'accord avec de Cuverville, prend vers quatre heures une part réelle au combat , en attaquant avec vigueur le commodore King. Malheureusement pour le Brillant, le feu mal dirigé de V Artésien lui cause des avaries, le force de renoncer à un succès probable et de céder sa place au Flamand.

Le commodore King n'avait plus sous ses pieds

(1) Le lendemain du combat,M.Bouvet commandant de VAjax, chagrin de sa conduite, se tenait à Técart dans la chambre du conseil du Héros, où les capitaines avaient été appelés, n*osant approcher du général. « M. Bouvet, lui dit Suffren en s'avançant « vers lui, votre zèle et vos talents m'étaient signalés, mais « l'exemple de subordination que vous avez donné hier a achevé a de vous faire connaître. Qu'il a dû vous en coûter, en vous « retirant au moment où vous alliez prendre part au combat ! « Je ferai en sorte, que vous n'essuyiez plus ce désagrément. » Gh. Gunat, Histoire du Bailli de Suffren.

M. Bouvet remercia avec émotion; mais son grand âge devait bientôt paralyser ces bonnes intentions.

Suffren ordonne de

cesser le combat.

qu*un vaisseau horriblement délabré ; il venait de voir tomber à ses côtés ses meilleurs officiers, et, le désespoir dans le cœur, voulait s'ensevelir sous les flots avec son vaillant équipage. À six heures pourtant il éteignit son feu et Suffren donna Tordre de cesser le combat. Mais l'obscurité, empêchant de voir que VEœeter avait amené son pavillon, le Flamand continuait à diriger sur lui un feu terrible, lorsque le Monarc et deux autres vaisseaux qui n'avaient pas encore combattu, vinrent forcer Cuverville [de rejoindre le gros de Tescadre.

 sept heures, le commandeur ayant fini de rallier ses vaisseaux, fit virer de bord; contrarié par le temps brumeux , la pluie, le mauvais vouloir d'une partie de ses capitaines et la lourde marche de ses vaisseaux , il ne put , à son grand regret , compléter sa victoire. — II resta maître du champ de bataille, avec trente morts et une centaine de blessés au plus sur les cadres. — Il n'est pas douteux que les Anglais eussent subi une déroute irréparable si l'on eut pu les poursuivre.

a Le combat du 1 7 février pouvait réparer nos pertes avec avantage , s'il eut été possible de joindre Tennemi de meilleure heure ; maïs il n'y eut que les vaisseaux cuivrés qui donnèrent. La ligne entière, n'ayant pu être formée qu'à l'entrée de la nuit, ces motifs engagèrent M. de Suffren à ne pas poursuivre Tennemi (1). »

(\) Archives de la Marine. — Lettre de M. de Soiiillac.

Les pertes éprouvées par Fescadre portèrent sur les vaisseaux \e Héros, Y Orient, le Vengeur, le Sphinœ, , le Brillant, le Flamand et le Petit^Annibal ; les au* très s'étant tenus éloignés du feu. Lea noirs embarqués à rile-de-France montrèrent beaucoup de bravoure pendant le combat, le commandeur leur rendit justice et en demanda depuis un plus grand nombre à M. de Souillac ; quant au matériel, on perdit deux mâts de hune et le vaisseau-hôpital.

Telle fut rissue du premier combat livré par de Suffren à Tamiral Hughes. — Découragé par le mauvais vouloir de son état-major, par la marche pesante de ses bâtiments et les manœuvres malhabiles de ses équipages, Tamiral français commit une faute en cessant un combat qui avait tourné à son avantage. — Malgré le désordre de la division Tromelin et la défection des capitaines de YAnnibal, dut Bizarre, de ÏAr--^ tésien et du Sévère, l'escadre anglaise eut été écrasée, détruite, ou du moins, elle n'eut jamais osé reparaître en ligne devant la nôtre, si M. de Suffren, resté maître du champ de bataille, se fut attaché à ses flancs.

des^ffiais ^^ lendemain de ce combat, le ciel, d'une pureté ^^/|vn®^ admirable au lever du soleil, annonçait une de ces journées splendides si fréquentes à la fin do l'hivernage sur la côte de Coromandel ; l'escadre anglaise, hors de vue, fuyait à pleines' voiles dans le Sud, tandis que nos vaisseaux mailletés profitaient du retour momentané de la mousson de N.-E. pour continuer leur route sur une mer faiblement ondulée. Suffren,

L'armée se présente

devant Pondichéry.

manquant d'eau et obligé de rejoindre son convoi , avait hâte de se mettre en relation avec Hyder-Âly ; il se décida , en conséquence , à rallier Pondichéry, qui* n'osait point encore saluer notre pavillon, en faisant remorquer par Tilr^^^ten, \e Petit-Annibal ^ (1)dont M. de Galles avait à changer les mâts de hune.

Mais nos vaisseaux arrivaient à peine en vue de la plage sablonneuse et blanche d'écume de Pondichéry, que sur un avis de Me Piveron (19 février), le commandeur rebrousse chemin et vient mouiller dans la radedePorto-Novo, désignée aux Français par Hyd^r- Aly lui-même (2).

Pendant que notre héros se mesuraitpour la première fois avec sir Edwars Hughes, Tippoo-Saêb se montrait digne de son glorieux père en battant le colonel Braithwaite , qui resta en son pouvoir avec treize pièces d'artillericf Le nabab, aussi adroit politique que vaillant guerrier, voulut profiter de cette victoire et du voisinage des forces françaises. Il fit aussitôt délivrer des vivres aux trois mille hommes que Duchemin venait de débarquer, et arrêta les conventions qui devaient régler son alliance.

D'après une lettre de SufTren, on voit qu'il était temps d'arriver auprès d'Hyder-Aly ; quelques jours encore et ce précieux allié signait la paix avec l'Angleterre.

« Lorsque nous sommes arrivés à la côte, Hyder-

(4) Ce vaisseau s'était distingué pendant l'action. (2) M. Duchemin n'avait pas voulu seconder le projet d'enlever Negapatnam, clef de la riche province de Tanjaour.

Âly était prêta conclure la paix. M. de Piveron m'a empéché.de croiser au devant du Sultan, disant que si je quittais la côte, tout serait perdu (1 ). »

Pendant que les généraux français et le nabab échangeaient des députations d*officiers et les clauses par lesquelles 6,000 cipayes et quelques régiments de cavalerie devaient se réunir aux troupes de Duchémin; le commandeur, désolé de ces longs pourparlers, exprimait ses regrets de laisser tan| de répit à Tescadre ennemie.

En effet, Tamiral Hughes était allé dans la baie de Trinquemalay, réparer ses vaisseaux mutilés, puis, profitant des retards éprouvés par son infatigable adversaire, il avait rejoint à Madras un convoi de 800^ soldats et d un grand approvisionnement qu'escortaient les beaux vaisseaux le Magnanime et le Sultan.

Notre escadre fut à son tour ralliée par la PoiirvoyeusCf les Bons-Amis et la Bellone. Cette frégate, toujours prête à seconder les désirs impatients du commandant en chef, venait de bien mériter de la patrie à la hauteur de Paliacate, et amenait, entre autres prises, la jolie corvette le Chasseur de 1 S canons.

Condition Mais Taisent manquait , et le produit des prises £^der-Aiy. vendues à Trinquebar était insuffisant pour se procurer tous les vivres et objets de nécessité dont nos vaisseaux étaient démunis. D'une autre part, le gouvernement colonial hollandais montrait de la froideur

(4) Archives de la Marine. — Lettre de M. de Suffren , ^•' Mai 4782.

96 LIVRE ra.

envers une armée qu'il aurait dû appeler de tous ses vœux, et les capitaines de Tescadre, déshabitués des rudes campagnes par Toisiveté d'un long mouillage, continuaient à murmurer et à donner des marques ostensibles d'insubordination.

Tous ces obstacles ne firent qu'irriter l'ardeur et aiguillonner l'activité de Suffren, résolu à relever la gloire de nos armes, à reconquérir nos anciennes possessions, et à sauver nos alliés.

« Je compte faire l'impossible pour rester dans ces mers. En conséquence, je vous prie de m'envoyer le plus que vous pourrez, depuis les haubans .de 74 jusqu'au quarantainier.

<x Nous n'avons perdu que deux mâts de hune dans le combat du 17 ; mais d1ci que nous ayons de vos nouvelles, vraissemblablement nous aurons une affaire

a II manque 600 hommes à l'escadre , l'armement de VAnnibal compris. Envoyez moi donc: 1* des marins; 2^ des soldats, 3® des volontaires ; t^ des noirs. On a été très-content de ces derniers dans le combat. »

Âpres avoir débarqué Duchemin et ses troupes , le commandeur appareilla, le 23 février , pour courir vers le sud , afin de convoyer quelques bâtiments qu'il envoyait à Batavia et à l'Ile de France. Il cherchait en même temps à retrouver quelques-uns de ses transports réfugiés à la Pointe de Galles, et à rencontrer de nouveau l'ennemi.

(1) De Suffren à M. de Souillac, 42 mars 1682, archives de la marine.

Sufiv^n va à Retardé par les courants , et non par le mousson desAngîais! du Sud, comme le dit Trublé de la Villejégu , de Suffren recrute à Trinquebar quelques Cafres et Lascars, destinés à aider les équipages affaiblis, et vient mouiller, le 26, sous les canons de Négapatnam, pour pouvoir ensuite doubler la pointe de Calymère , couronnée de deux jolies pagodes. Non loin de là, M. de Langle, poursuivi par les vaisseaux anglais, échouait entre Karikal et Trinquebar la corvette VEcopédition. Les dépêches du ministre, qui enjoignaient à l'amiral de revenir à llle de France, et celles de Bussy, furent heureusement perdues pour l'escadre , qui essayait "ans ce moment de profiter des brises favorables pour gagner Ceylan.

Le 8 mars et jours suivants, nos vaisseaux découvrirent Tennemi ; quatorze voiles furent successivement signalées, mais le vent était presque tombé» et ce ne fut que le 10, qu'on pût en approcher de manière à distinguer convenablement son allure. Une corvette envoyée pour nous* reconnaître s'était rapidement repliée ; lorsque la Fine fit l'heureuse capture d'un navire, porteur de papiers importants, et d'un secrétaire que lord Macartenay envoyait pour lier des rapports avec le roi de Candy, dans le but de chasser les Hollandais de Ceylan; ce fut une excellente découverte pour le commandant en chef qui fit passer ces papiers à nos alliés.

Nous trouvons dans la correspondance du Bailli, une lettre à M°^® de Seillans qui peint en quelques mots la situation de son esprit dans ce moment critique :

98 LIVRE m.

Ce 4'' avril 4782, en mer sur la coste de Goromandel, à 20 lieues de Tranquebar.

« Je vous ai écrit à la bâte, ma chère amie, la der- « nière fois, et en vérité, depuis lors je n'ai pas moins a esté occupé. Le débarquement d'une armée, Tap- « provisionnement et la conduite d'une escadre, don- « nent beaucoup d'occupations.

« Depuis le combat du 17 février, les Anglais n'ont a plus reparu. Nostre débarquement s'est fait le plus « tranquillement. Me voicy en mer ; je désire bien « dans peu vous donner de bonnes nouvelles, mais il t faut pour cela trouver les Anglais et les battre.

« Je suis dans une superbe position, commandant « 1 2 vaisseaux de ligne et, à la mer, sur plus de 1 ,500 a lieues de côte ; mais il y a beaucoup de mais. Je € crains à présent que M. de Gastries ne m'accorde la « grâce que je lui ai demandée de me faire revenir, € car nulle part je ne pourrais estre employé d'une ff façon aussi brillante.

« Malgré cela j'ai de grands désagréments et un a des plus forts est.... je n'ose achever, adieu, etc. »

L'armée anglaise semblait vouloir éviter le combat : le commandeur devinant chez son adversaire l'intention de se retirer à Tri nquemalay prit cette route pour lui barrer le passage. Le lendemain aux premières lueurs du jour^ sir Hughes surpris de se trouver à trois lieues sous le vent , prit chasse devant nous , fuyant a toutes voiles dans le Sud-Ouest. Mais gêné bientôt par la terre qu'il avait devant lui, il prit le parti de combattre, et, serrant le vent, ordonna sa ligne de bataille.

Suffren craignant que Tennemi, qui longeait la terre, n'atteignit la baie de Trinquemalay , et ne se dérobât, tint ses vaisseaux sur une ligne parallèle à celle de l'escadre anglaise (1).

128^^782, ^ "^^^*» s^" impatience de commencer le combat, ProvôdTen. '^^ ^^'* donner le signal d'arriver sur l'ennemi qu'il devait ainsi joindre sur une ligne oblique. Mais le Vengeur et r Artésien ne laissent pas assez porter et c'est en vain que YExeter ouvre son feu sur le Vengeur ; M. de Forbin s'obstine à rester toujours à grande distance. L'Artésien suit prudemment cet exemple pusillanime, et, sans répondre aux ordres réitérés du chef d'escadre, perd ses boulets en combattant le Sultan a longue portée (2).

Le Petit Annibal, quoique mal armé, vient résolu^ ment attaquer YEagle de 64 et bientôt la brillante

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