‹ Le Bailli de Suffren dans l'IndeChapitre 9 sur 29 · FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇAIS

ANOliAlS.

Vengeur. ... 64, De Forbin.

Artésien. ... 64, De Maurville.

Petit Annibal 50, De Galles.

Sphinx 64, Du Chilleau.

Héros 74, DeSuffren.

Orient 74, De la Paillière

Brillant 64, De St-Félix.

Sévère 64, De Gillart.

Ajax ....... 64, Bouvet.

Annibal 74, De Tromelin .

Flamand ... 56, De CuvervîUe

Bizarre 64, La Landelle.

(2) MM. de Forbin et de Maurville payèrent à leur retour en France, par une rigoureuse détention, leur triste conduite.

Eaoeter 65, King.

Sultan 74, Watt.

Eagle 64, Reddel.

Burford 64, Reiner.

Montmouth., 64, Alms.

Superb 74, Hugbes.

Monarc 74, Gell .

Magnanime. 64, Wolsely.

Isis 56, Lumley.

Héros '. 74, Hawker.

Worcester... 64, Wood.

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conduite de M. de Galles, resté au poste d'honneur malgré ses nombreuses blessures , est imitée par du Ghilleau. Ce hardi capitaine, n'ouvrant son feu qu'à portée de pistolet, range le Sphinœ par le travers du Burford et soutient contre cet ennemi redoutable un combat des plus sanglants.

Lq Héros, rOrten^etle 5rt7/an^ dignement commandés, étaient venus attaquer le centre de Tarmée anglaise composée de quatre vaisseaux, le Montmouth^ le Super 6, le Monarc, et le Uagnanime. Malgré ce noble exemple , le Vengeur et V Artésien s'obstinèrent à combattre à grande distance, et furent honteusement imités par une partie deTarriëre-garde le Sévère, YAjaœ et YAnnibal, qui se tinrent éloignés de la ligne de bataille, au mépris des signaux pressants du commandeur. Heureusement pour l'honneur du pavillon que le Flamand et le Bizarre^ commandés par de Cuvervilleet la Landelle, vinrent ouvrir leur feu contre r/iîs, \e Héros (anglais), et le Worcester.

Les deux amiraux échangeaient leur bordées depuis le commencement de Taction , lorsque de Suffren aperçut tout-a-coup, avec un vif mécontement, la conduite honteuse de ses deux vaisseaux de tête, le Vengeur et Y Artésien, et les lenteurs de son arrière-garde qui laissait des vaisseaux anglais sans adversaires. Cédant avec regret sa place à Y Orient, qui se montre digne de lutter avec le Superb, Suffren court se jeter sur le Montmouthj dont les feux obliques et divergents faisaient beaucoup de mal au Héros et au Sphinœ, tandis que M. de St. -Félix vient audacieusement attaquer

le Monarc^ supérieur en force au vaisseau le Brillant qu il commande.

L'arrière-garde française n'osant pousser plus loin la désobéissance, prit part enfin à l'action ; et malgré Téloignement des deux vaisseaux que nous avons signalés, et le peu de vigueur de quelques-uns des tard- venus, le combat devint général. Le Héros se faisait surtout remarquer par la vivacité, la justesse de son tir, et le Montmouth, écrasé par ses bordées , voyait s'écrouler sa haute mâture lorsque sir Hughes vint secourir fort à propos le capitaine Âlms.

Le commandeur, malgré ses pertes et les avaries de son gréement, haché par les boulets de Montmouth, ne fut point surpris de la brusque attaque du Superb^ et, par son héroïque résistance, donna le temps à Y Orient et au Brillant de le dégager en passant entre les deux vaisseaux amiraux. — L'habile manœuvre des commandants de la Paillière et de St-Félix, en sauvant le Héros, avait placé le Montmouth entre les deux lignes embrasées ; l'arrière-garde française foudroyait ce malheureux vaisseau, sur le point de se rendre malgré les efforts du capitaine Hawker (1)pour le sauver, lorsque sir Hughes, qui ne voulait pas l'abandonner (2), vira de bord et revint sur lui avec toute son escadre.

Il était 3 heures 45'; de Suffren, exécutant la môme manœuvre, espérait encore couper la route au Mont-

(\) Du Héros, anglais.

(2) Il s'était, dans une autre circonstance, emparé du Potn droyant, de 80 canons, commandé par le marquis Duquesne*

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mouth démâté et s'en emparer ; mais la mauvaise volonté que mirent MM. de Forbin et deMaurvilIe à obéir à ses signaux , la lenteur des manœuvres de VAjax (capitaine Bouvet) et un incendie qui se déclara dans la mâture de V Orient firent échouer son dessein, tandis que les évolutions rapides de Tescadre anglaise, admirablement disciplinée, permettaient ^\>Héros (anglais) de prendre le vaisseau de sir Âlms à la remorque.

Les deux escadres se trouvèrent alors avoir renversé leur ordre de bataille. Le commandeur, acharné à la conquête du Montmouih devenu Tenjeu du combat, ordonne à Y Artésien d'aller Tamariner. — M. de Maurville, qui n'avait point encore combattu, s'y refuse sous de honteux prétextes.

 5 heures 1/4, l'amiral, laissant M. deMoissac réparer le Héros désemparé, sans. avoir perdu pourtant beaucoup de monde, passa sur YAjax qui venait enfin de prendre part à Taction, et aussitôt le feu redevint terrible et meurtrier.

Dans ce moment, l'escadre anglaise, toujours en ligne, longeait la terre sous les bordées de Y Artésien, du Bizarre^ de YAnnibalj du Flamand, du Brillant et de YAjaœ, qui la trouaient de leurs boulets. . . .

— Heureusement pour l'Angleterre, une tempête vint éteindre le feu de nos vaisseaux et les contraindre à lutter contre la mer et une nuit des plus, sombres. Le ciel se couvrit rapidement de gros nuages noirs que déchiraient, à chaque instant, d'éblouissants éclairs, et la houle devint énorme;

escadres.

œufeSiSs^ A la vue des nouveaux dangers qui menacent ^dres. l'armée, Tamiral ordonne de cesser le feu, laissant à chaque capitaine le soin de veiller au salut de son bâtiment, au milieu de Tobscurité qui commençait à envelopper les deux escadres ennemies, acculées contre le rivage .

A 6 heures, Touragan éclata avec furie, et plusieurs vaisseaux qui serraient encore silencieusement Tennemi contre la terre, coururent de grands dangers en rejoignant le gros de Tarmée ; quelques-uns talonnèrent et VAjaœ qui portait alors le guidon du chef d'escadre, fut un instant très-exposé. De Suflfren, enveloppé d'épaisses ténèbres , avec trois vaisseaux désemparés, se décida à mouiller pour éviter de plus grands désastres.

Un curieux épisode de cette nuit d'orage nous sem-» ble devoir être relaté ici pour indiquer dans quelle confusion la lutte avec les éléments avait jeté tous les esprits. — La Fine cherchait dans l'obscurité à prendre le Héros à la remorque ; tout à coup elle se trouve en présence de VIsis qui engage et casse son boutde hors de beaupré dans les haubans d'artimon de la frégate. — Grande confusion à bord des deux bâtiments ! Tandis que les prisonniers anglais se sauvent à bord du vaisseau, des gabiers français bâchent les manœuvres de VIsis, d'autres vont à la maraude par les sabords et reviennent sans être inquiétés : Les deux commandants étaient stupéfaits de cet accident ; M. de Salvert voulut un instant s'enfuir dans un canot de peur d'être saisi , mais M. Sebire de Beauchène,

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ancien officier de la Belle^Poule, l'en empêcha par sa ferme contenance. O^^^t à Lumicy, il criait de son bord : a Ne faites pas un coup de feu, car, d'honneur, je vous coule de mes deux batteries. » Ridicule me* nace, si Ton se représente la situation relative des deux navires. — Un grain violent trouva leurs voiles orientées en sens contraire et les sépara,

U Orient et le Héros passèrent aussi une partie de la nuit mouillés au milieu de Tescadre anglaise. Une heureuse éclaircie et la brise de terre qui s'éleva fraîche et parfumée de délicieuses senteurs, permirent à de la Paillière et à de Moissac de sortir de ce dangereux mouillage.

Le soleil du lendemain montra les vaisseaux ennemis dans un délabrement complet (1). Le Uontmouth échoué sur un banc, que Suffren ne put reconnaître , était protégé par le Superb et quatre autres vaisseaux presque aussi désemparés.

VAjax et VIsis se trouvaient les plus rapprochés parmi les bâtiments des deux escadres rivales , et M. de Suffren témoigna quelque intention de canonner ce dernier ; mais ses officiers lui firent observer que cette attaque ne pourrait engager une action générale ; Tamiral, renonçant alors à recommencer le combat de la veille, mit de Tordre dans le mouillage de Tescadrej et donna le signal de réparer la mâture et le gréement des vaisseaux. Ces ordres furent tranquillement exécutés, en présence de Tennemi^ par nos

(4) Sir Hughes eut 437 morts et 430 blessés hors de combat

marios victorieux, et bientôt l'amiral Hughes, retran^ ché derrière des écueils , ne trouva rien de mieux à faire que dHiniter cette manœuvré.

Le 16 avril, Suffren expédiait deux transports (dont une prise anglaise le London) k Tile de France et mandait à M. de Souillac :

x> Il est impossible d^établir aucun plan, si faute de munitions et de mâts après un troisième combat , je suis oblige de quitter la côtOi je ne vois de ressources qu'à Malac, mais je n'irai qu à la dernière nécessité. Dans ce cas, les Anglais feront de grands efforts sur Ceyian ; ainsi vous pourriez prescrire aux renforts que vous enverrez , d'aller à Galles en attendant de mes nouvelles et de concourir, avec M. Falk (gouverlieur de Geylan), à la défense de Tile. J'ai perdu peu de inonde ; tous les coups ont porté dans le gréement ; enfin, ce n'est qu'aujourd'hui que je suis réparé et en état Les Anglais n'ont de mal à réparer que celui du Montmouth, qui a perdu grand mât et mât d*artimon. Hughes a changé deux mâts de hune, T/stsen a changé un. Nous sommes si près que nous reconnaissons tous les vaisseaux à leurs poulaines. »

Le député anglais, près le roi de Candy, fut envoyé

prisonnier à l'Ile de France : ce monarque avait refusé

de s'allier aux Anglais à cause de leur mauvaise foi.

Sir Hughes L'escadre française avait eu 1 30 morts et 364 bles-

recoimnencer sés ; malgré CCS pertes, et pour rendre sa victoire in-

^»3tient^ contestable, le commandeur appareille le 19 avril,

derrière un forme au large sa colonne, et revient sous différents ^^®^* ordres présenter la bataille à l'amiral anglais qui, con-

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fiaot dans la protection due au petit ilot et au banc du Provédien, refuse de recommencer la lutte.

Etonné de la timidité d*un ennemi vraiment aussi fort que iui» au point de vue du matériel, et bien supérieur pour la discipline et Thabileté des équipages, SufTren mit le cap au Sud et s*éloigna fièrement des Anglais abattus et découragés. Ce ne fut que longtemps après, lorsque le dernier vaisseau français eut disparu à rhorison, que sir Hughes osa sortir de son lieu de refuge pour se replier sur Madras.

Les résultats matériels de cette affaire furent réel^ lement médiocres, mais l'effet moral en fut immense. Nos marins, plus confiants dans leurs forces et dans Thabileté de leur chef, montrèrent dès lors plus de hardiesse dans leurs attaques : le prestige des armes anglaises fut abaissé, tandis que celui de la France grandit dans l'estime des Indiens nos alliés.

En Europe, les succès du commandeur consolèrent nos pères des glorieux revers du comte de Grasse.

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