AUGUSTE, BASSINET
BASSINET
Eh! bien, M. Auguste, vous voilà introduit, c'est le principal.
AUGISTE.
Je t'en remercie, mon ami, mais je t'avoue que je ne me sens pas encore tout-h-fait à mon aise.
BASSINET
Ah î dame, je vous en ai prévenu. Vous autres gens riches, vous ne doutez de rien; parce que vous êtes le fiU d'un banquier, vous avez cru attraper de suite le ton et le langage de celte classe laborieuse «ju'on nomme artisans, je ne sais pas pourquoi.. . C'est une erreur. . . Dans vos salons de la Chaussée-d'Autin , il ne fiut souvent, pour
^ Le Bal. a
Lriller, qu'un pantalon collant et des mollets en coton. . . Avec les ouvriers, c'est différent, il faut des qualite's solides; il faut one conversation et une allure qu'on ne peut acquérir qne par le frottement de la société.
AUGUSTE
Qu'est-ce que tu appelles le frottement?
BASSINET
Ahl dam! vous verrez plus tard.
Tu sens bien que je n'ai pas ^intention de briller ici, j*y viens pour me distraire, voilà tout... Je suis riche, à la vérité, et j'ai parcouru le cercle des plaisirs que donne la fortune... Ça n*a pas été long... le grand monde commence par être amusant; il devient ensuite monotone, et puis ennuyeux , et puis triste, et j'en suis là.
BASSINET
Je vous en fais mon compliment.
AUGUSTE
C'est an point que je voulais me marier pour varier mon existence; mais celle qu'on me propose est encore nne dame, une dame comme toutes les autres... C'est joli , mais c'est cher. . . 11 n'y a rien de plus ruineux que les femmes qui ne coûtent rien ; anssi lorsque tu es venu me rapporter mon fusil , et que tu m'as parlé de ton bal, je n.e suis décidé tout de suite, d'autant plus que c'est au profit des l^olonais , et tu sais si je les aime !
BASSINET
Certainemment nous les aimons tous, mais ce n'est pas des entrechats qu'il faudrait pour les soutenir; c'est des coups de fusils. . . Vous n«e direz : quand on ne peut pas se servir de ses bras, il faut bien employer les jambes; m.tis c'est égal, les affaires ne nmrchenl pas à mon idée.
Air du T^audci'/Ile du Restaurant. .
D'puis six mois nous r'culons en diable j
Non, ri(^n ne va plus comme il faut.
Ceci me rappelle une fable :
« l^ançais I qu'faisiez-vous au temps chaud?
» Nous nous battions, ne vous déplaise ■■,
A quoi l'on nous répond gaiinent :
" Vous vous battiez , j Vmi suis fort aise ,
» l-li bien ! dansez maintenant. » '
AUGUSTE
Pour en revenir à notre bal , je t'avonerai que j'ai d'antres raisons non politiques. . . Je ne suis pas fâché de faire connaissance avec ces gentilles ouvrières (]ue l'on calomnie trop souvent et que j'estime fort pour ma part.
BASSINET
N'allez pas faire de bêtises , au moins, attention anx mœurs et à la de'cence... Nos jeunes lilles sont trèssëvères; on peut leur faire la cour, les embrasser... les. . . mais voilà tout.
AUGUSTE
Vois-tu, Bassinet. . . tout ce que je veux c'est une petite femme. . . une petite maîtresse pour. , . mon hiver. . . et c est bien le diable si je ne la trouve pas ici, avec une amabilité' superficielle et des cadeaux de même nature.
AIR : Vaudeville de Partie el Revanche.
Auprès de la beauté facile , Un simple anneau me suffira j A la fillette moins docile , Je donne un superbe boa , Garanti véritable angora.
A l'innocence qui soupire , Je fais présent d'un modeste fichu , Kt je lance le cachemire, Si je rencontre une vertu, Si par hasard je trouve une vertu.
BASSINET
Ah! vous lâchez le cachemire... diable ! c'est dnnî;ereiix... moi (jui suis armurier, je ne connais pas d arme h feu plus redoutable.
AUGUSTE
Tu verras, lu verras.
BASSINET
Par exemple , il y ç\\ a une que j'excepte , Olympe , la fille de la bourgeoise, c'est nm particuln're , une forame de beaucoup d'esprit. .. je voudrais pouvoir vous montrer ses lettres... elle écrit très-proprement pour une blanchisseuse. . . El tenez , je crois que j'ai sur moi un billet. . . Juste , ^iisawl ). rréfecturc de police. . . Ce n'est pas ça. . .
c'est à tous; vous l'avez laissé sur ma cheminée en vous habillant.
AUGUSTE
Je m'en souviens, elle est d'un de mes amis; c'est relativement nu port d'armes que j'ai demandé.
BASSINET
Je vous montrerai les autres plus tard , car j'entends tout le monde qui arrive.