CHOEUR
y4ir de la Ronde de la Pampre Fi/le.
Voici le moment.
Accourons gaiment; Qu'à la danse. Chacun s'élance, L' plaisir a son tour.
Lassons jusqu'au jour La clarinette et Je tambour.
CROCHARD, entrant.
Salut aux enfans de la joie!
BASSINET
Ah ! c'est M. Crochard.
CROCHARD
Bonjour, charmant armurier I
bassinet.
Vous allez nous mettre en train , j'espère.
CROCHARD
Lin peu, mon neveu , que je vous ferai rire: tapissier et farceur , voilà mon état. . . Je suis fort sur les pointes. . . et même sur les courtepointes. . .
bassinet.
C'est l'homme le plus spirituel de la société.
CROCHARD
En avant le calcmhourg et les rigaudons, je suis d'une gaîléî... C'est que vejez-vous, araat de venir... j'ai
fait du commerce, et du fameux. . . Une affaire d'or. 11 y a trois mois, j'ai fourni des meubles pour i,5oo fr. à on particulier très-connu ; c'était pas pour lui les meubles , c'e'tait pour une personne de lantre sexe. L'autre sexe a décampé un matin, et moi j'ai racheté le» meubles pour 5oo fr.; c'est mille francs de bénéfice ; aussi je me mets en dépense , je paie des marrons.
TOUS
Est-il généreux !
BASSINET
C'est le plus généreux de la société.
CROCHARD
Mais permettez que je vous présente d'abord M™® Robinot, pâtissière à la mécanique , et son aimable fille, qui est pétrie de grâces î
BASSINET , bas à Crochnrd, Est'ce que c'est encore une nouvelle?
CROCHARD
Oui, mon cher, toujours des nouvelles. . . scélérat dans l'âme comme Mayeux. . . Mais quel est ce monsieur? Je n'ai pas l'avantage de connaître monsieur.
BASSINET
Ah î ah! c'est un de mes amis que j'ai amené.
CROCHARD
Quel est son état dans le monde?
BASSINET, has à Auguste.
Ali! diable, dites donc? votre état, nous n'y avons pas pensé. . .
AUGUSTE, de même.
Colleur.
BASSINET à Crochai'd.
Colleur.
CROCHARD
Ah I monsieur colle , c'est un état qui prend bien depuis la révolution { A part,) Ce diable de Bassinet, faut toujours qu'il nous amène des jeunes gens. Ça nous fait du tort auprès des petites. {TLmt.) Eh! bien, les amis, sommes nous au grand complet? y a-t-il besoin île faire l'appel nominal, comme à la chambre des députés?
BASSINET
Ah! ça, vous parlez donc toujours de la clumbrc des députes ?
CROCHARD
Ecoule donc , petit , c'est moi qui ai fait les banquettes. . . et elles sont excellentes.
AIR t Ces postillons.
Oui , ces Messieurs s'y trouvent à merveille, Et moi, morbleu l j'en ai le cœur navré; Car , je le vois , la liberté sommeille , Sur ce velours , que j'ai trop rembouré y J'voudrais déjà qu'il fût tout déchiré.
Bons députés ! allons qu'on se dépèche , Usez vos bancs , j'en frai d'autr*s de bon cœur , Et j'y mettrai de fameux noyaux de pêche Pour vous piquer d'honneur,
BASSINET , fredonnant.
Ali ! que les plaisirs sont doux Quand on a des doux. . .
Elle est bonne , la bêtise . . .
CROCHARD
Messieurs, j'ai une motion à vous faire... L'année dernière, avez-vons remarqué une chose?... moi, j'ai remarqué une chose. . , c'est que les papas , les mamans et les chandelles veulent toujours en finir dans le plus benu moment, , , Les parens sont très-somnifères , ce qui coupe les jouissances de la société. . . Je demande donc que personne ne sorte du bal avant la définition définitive.
TOUS
Apppuyé! appuyé!
Hjme ROBINOT.
Messieurs.,, moi, je suis d^une santc faible,., et je ne vous promets pas. . .
CROCHARD
Vous , M™^ Robinot? Ah! par exemple. . . nous niions en délibérer au scrutin secret. ( // prend à part Bassinet et deux autres. ) Mes amis, j'ai un moyen à vous proposer, et, pour «tre sûr que vous l'adopterez , je ne vous le^dirai que quand tout sera fini.
BASSINET
Alors nous Tadoplons h l'unanimité,
( Crochard se dirige vers la porte du fond, )
SCÈx^E Vlï.
LES MÊMES, M"»« DE REVEL en grisette, olympe,
M°^« CAGIN.
ai°* REVEL, <) Oljmpr, Merci , Olympe . . . merci . . . Dieu ! combien de monde î
M™« CAGIN.
Ehl bien, qu^est-ce que vous faites donc, monsieur Crochard?
CROCHARD
Je ferme la porte, mère Cagin. . . la chose a ete' convenue et discutée, on passera la nuitj c'est à l'ordre du jour.
M™^ DE REVEL , â part.
Ah! mon dieu, il me fait trembler.
CROCHARD
Et pour ça je garde la clef dans ma poche.
M™» DE REVEL
Mois empéchez-le donc.
M™° CAGIN.
Monsieur Crochard , je vous en prie, point de plaisnntrriedece genre-lù ! je suis chez moi, et je veux... rendez-moi cette clef.
CROCHARD
Ah! vous voulez Tavoir , mère Cagin ; eh! bien, tenez, 1,* voiln. (// court la jeter par la fenêtre. ) Voltigez, clef.'
TOUS
Bravo '. bravo !
CROCHARD
Alici la chercher. C'est Tliomme le plus spirituel de la
sociclc.
M°* CAGIN.
Ali 1 monsieur Crochard , pour un homme ( Inbli , et »jui paie des contributions. . . c'est bien enfant de votre part. M™" DE REVEL, à iiuidiimc Cni;in.
Mais je ne puis cependant pas rester ici.
OLYMPE, à part.
Celte pauvre dame I. . Si elle allait <îtrc obligée. . .
( i6) M"*" CAGIN à madame de Refel,
Soyez tranquille, madame, je crois avoir one autre clef dans un coin , attendez un instant , je vais tâcher de la trouver. (ZT/Zc sort. )
AT7GUSTE , bas à Bassinet, Quelles sont donc ces deux jeunes filles? BASSINET, de même.
Ces deux-là... celle qui est à côté de l'antre, c'est la mienne! . . . n'est-ce pas qu^elle est belle, mon Olympe !
AUGUSTE
Oui . . • très . . . bien , et l'autre ? . . .
BASSINET
L'autre ? celle qui est à côte' de la mienne?. , . je ne la connais pas. Il faut que ce soit une blanchisseuse ex^ràwz/ro^.
CROCHARD
Allons, la musique en avant. . . et la main à vos dames . . . Danse-l-ou ici ?
BASSINET
Non , dans le se'cheoir. . . il y fait plus frais. ( Chaque ouvrier offre la main à une ouvrière; Bassintt s* approche d*Olj'mpe,) Mademoiselle Olympe. . .
OLYMPE
Pas pour celle-ci 5 monsieur Bassinet... il faut que j'aide ma mère aux rafraîchissemens.
BASSINET
C'est-il embêtant ?.. .
CROCHARD
Au se'cheoir. . . au sécheoir. . . C'est moi qui ouvre la
marche,
REPRISE DU CHCEUR.
Voici le bon moment.
Etc. , clc.
( Olympe sort par la droite; les autres par la gauche. Juguste et Madame de Revel restent seuls en scène. )
SCEi\E VIII.
AUGUSTE ; M^' DE REVÉL.
AUGUSTE, à part.
Allons , les voilà partis... Ils oot tous leurs particulières: comme dit Bassinet, c'est un vrai monopole. [Aper~ cevant madame de Ra^el. ) Eh! mais je me trompais, ils m'en ont laissé une.
M™° de REVEL, à part.
Je parie qu'en voilà lu qui va m^inviter; j*ai bien envie de m'en amuser un instant.
AUGUSTE , à part.
Voyons, abordons-là avec une galanterie relative... ( Haut. ) Dites donc , mam'zelle. . .
M™*» DE REVEL, à part l'imitant.
Dites donc , mam'zelle? Dieu , qu'il est gentil !
AUGUSTE
Est-ce que vous ne dansez pas un petit peu?
M™" DE REVEL
Ah î dam' ! . . . ça ne serait pas de refus.
AUGUSTE
Si vous voulez un danseur , vous n'avez qu'à l'dire, me vTa...
Vous êtes bien honnête , mais c'est que . . . voyez-vous^ j'ai des souliers trop justes.
AUGUSTE , à part.
Ah! excusez. . .
M™« DE REVEL
C'n'est pas qu'ça m'gêne, mais ça m*fait mal.
AUGUSTE
Eh î bien, ne dansons pas. . • je n'y tiens pas dn tout , moi , j'aime autant causer ... et vous ? . . .
M™* DE REVEL
Ah! dam'... et moi aussi... Vous avez Pair si aimable î
AUGUSTE
C'est un effet de votre p}«rt, mamzoUc. . . mais vous Le Bal, •'
avez dit ça en riant... Je suis sûr que vous êtes moqueuse.
M™* DE REVEL
Moi. . . nh! bcn obi. . .
AUGUSTE
Ça serait possible!... je ne suis pent-ctre pas malin comme vous 1 entendez .. . mais j'ai eu pourtant assez d'esprit pour vous remarquer tout de suite.
M'^^ DE REVEL
Vraiment?. . .
AUGUSTE
Les autres jeunes filles qui dansent là-bas ne sont pas mal... Mais quelle différence 1 vous êtes bien mieux de toutes les manières. . . Ce joli bonnet, cette robe, ce ficbu ont une giâce, une élégance dont je m'aperçois seulement; car ce n'est pas votre toilette qui m'avait frappé d^obord. M™* DE REVEL, à part.
Ces ouvriers ont quelquefois une manière de s'exprimer.
Al'OUSTrti:.
^ir lie Hianette.
Gentille ouvrière , Charmant' couturière.
Belle cordonnière!
J'ignor' votre emploi j Mais je vous assure Que votre figure , tt votre tournure , Sont dignes d'un roi.
Je n'ose vous dire Tout ce que m'inspire Ce malin sourire ; Mais je suis discret.
Craint' de vous déplaire J'aime mieux me taire.
Vous saurez , j'espère , Pénétrer mon s'cret.
Devinez c'que )'sens là j Car je n'sais, non , je u'sais comment dire ça.
MAD. nEVEL.
Même air.
Tourneur agréable,
Coiffeur trop aimable , Tailleur redoutable , J'ignor' votre emploi.
J'suis timide et sage ^ Et je vous engage A garder r'iangage, Pour d'autr's que pour moi.
J'veux être sincère.
Vous f'rez mieux d' vous taire , Je crains que d'me plaire , On n'ait pas 1' secret.
J'rirais d'volr' martyre , J'rirais d'votr' délire; Car l'homm' qui soupire , M' fait un diôl' d'effet , Devinez c't'efTct là.
Car je n'sais, non je n'sais comment dir' ça.
AUGrSTE.
c'est égal... c'est facile ;i voir. Il y a dans vos yeux quelque chose de plus distingue'. , . {A part. ) Ce doit être une femme de chambre.
M™* DE REVEL, à part.
Eq vérité, ce jenue homme commence h mVmbarrasser.
AUGUSTE
Vous avez un joli bouquet, tout d'même.
M"* DE REVEL
Qu'est-ce que cela vous fait?
AUGUSTE
Ah ! excusez , je ne vous en dis pas davantage, ça n*a pas l'air de vous faire plaisir. , . Vous êtes peut-être venue ici pour vous amuser ?. . .
M™* DE REVEL , à port.
Celte M™® Cagiii qui ne revient pas.
Vous attendez sans doute qticlqu'un? un ami... un amoureux ?
m""* DE REVEL.
Quand cela Serait, que vous importe?
AUGUSTE, l'en serais fâché, parce quVn voyant partir les autres, j'avais pensé que i\eu% personnes seules ont un moyeu tout simple de ne plus l'être, c'est de se rapprocher cl de danser ensemble.
( 20 ) M™8 DE REVEL
Mais je vous ai dit que cela m'e'tait impossible.
AUGUSTE
Ahl si vous le vouliez bien. . . Une seule contredanse,
M™« DE REVEL , à part.
Il n'y renonce pas. {Haut, ) Eh! bien, plus tard, nous verrons;
AUGUSTE
Vrai, . . vous consentez pour la première?
M™® DE REVEL
Nous verrons, vous dis-je. {A part.) Dieu, quel ennui ! . . Ah I madame Cagin , . ,