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avec elle. Tiens, voici mon frère; je vous laisse ensemble; tâche de plaider notre cause. Si tu savais combien ma mère t’en sera reconnaissante '
La pauvre Suzanne fit un effort pour sourire, mais elle avait la mort dans Tàme. Elle eut néanmoins le courage de parler à Roger dans le sens que lui avait indiqué madame deVérian.
Il l’arrêta dès les premiers mots.
— S’il ne s’agissait que de mon bonheur, à moi, répondit-il, je vous obéirais; mais un honnête homme ne peut épouser une femme qu’il n’aime pas et qu'il n’aimera jamais.
— Vous vous figurez cela, répliqua Suzanne, qui souffrait le martyre, quoiqu’elle eût le sourire aux lèvres.
— Vous êtes cruelle, madame, reprit-il, et vous me récompensez mal de ma discrétion.
Mieux que personne, vous devez savoir que mon cœur n’est pas libre.
Suivant une méthode assez en usage chez
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les femmes en pareille circonstance, madame Daunon tourna la question.
— Je croyais, dit-elle, que madame Palazzi...
— Tout est fini entre nous, interrompit vivement M. de Maubert; depuis cette nuit où j’ai eu l’honneur de vous parler pour la première fois, je n’ai revu madame Palazzi qu’un instant. Je l’ai prévenue de tout ce qui s’était passé entre son mari et moi, et je vous jure sur l’honneur qu’à partir de ce moment, nou3 ne nous sommes plus rencontrés.
— Pauvre femme ! murmura Suzanne, eontment aura-t-elle fait pour apaiser son mari?
— Elle lui a persuadé qu’il se trompait ; si bien qu’il est venu lui-même me prier de retourner chez lui. J’ai refusé. Je crois même qu’ils ont quitté Paris.
— Je ne vous demande pas ces détails, monsieur, reprit-elle avec vivacité. Que dois-je répondre à votre sœur de votre part ?
— Dites-lui que j’aime ailleurs, repartit Ro-
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gcr avec élan, que mon amour ne finira qu’avec ma vie, et que, m’offrit-on la plus belle personne de la terre, avec la fortune d’un nabab, je refuserais toujours... Je sais que mon amour n’est pas partagé. Je sais que je suis un objet d'aversion pour celle qui s’est emparée de toutes mes pensées; mais, n’importe, dussé-je mourir sans oser lui dire que je l’aime, rien n’arrachera de mon cœur l’image adorée qui le remplit.
L’arrivée de Léopoldine empêcha Suzanne de répondre et la sauva de l’embarras où l’avait jetée une démarche imprudente, qu’elle n’eût certainement pas commise si elle avait eu le temps de la réflexion. Elle avait écouté M. de Maubert d’un air froid et indifférent; mais chacune des paroles du jeune homme était descendue jusqu'au fond de son cœur. Elle avait hâte d’être seule pour se les répéter à elle-même. Aussi partit-elle de meilleure heure que d’habitude.
En arrivant à Rueil, elle trouva une lettre
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de son frère, le seul parent qui lui restât désormais. 11 avait failli se noyer en se baignant auprès d’Angers, et l’écrivait à sa sœur maintenant qu’il était complètement rétabli des suites de son imprudence. Cette nouvelle frappa l’imagination de madame Daunon. Elle y vit comme un châtiment du ciel qui la punissait de la joie qu’elle avait éprouvée en écoutant les paroles d'amour de M. de Maubert. Elle s’en tourmenta tellement, que, le lendemain, elle hésita longtemps avant de se rendre chez madame de Vérian, avec laquelle elle avait pro* mis de venir dîner. Pendant toute la route, elle fut agitée de sombres pressentiments. Lorsqu’elle arriva chez Léopoldine, celle-ci était à sa fenêtre, et regardait Roger qui rentrait de la promenade et faisait caracoler son cheval pour le montrer à sa sœur. Au moment où la voiture de Suzanne entrait dans la cour, le cheval de Roger eut peur du bruit qu’avait fait le portail en se refermant : il fit un bond de
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côté et heurta si vivement son cavalier contre le mur, que Roger perdit connaissance. Cet accident causa une impression terrible à madame Daunon. Elle y vit un nouvel avertissement du ciel.
M. de Mâubert resta près de vingt minutes sans reprendre connaissance. Le médecin n’arrivait pas. Léopoldine pleurait et se désespérait.
— Il est mort ! disait-elle, mon frère, mon pauvre frère !
Suzanne ne disait pas un mot; sa figure décomposée révélait seule ses angoisses. Ses larmes retombaient sur son cœur. Dans un de ces élans de désespoir pendant lesquels une femme qui aime engagerait sa vie tout entière, elle fit vœu de rester un an sans revoir Roger si Dieu le rendait à la vie. Quelques minutes après le médecin arriva.
Il rassura immédiatement les deux jeunes femmes sur les suites de l'accident. M. de Mau-