‹ Le Bal de l'Opéra. [Clara. Suzanne Daunon.] Par Alfred de BréhatChapitre 4 sur 12 · SUZANNE DA UNO N · texte numérisé non relu

SUZANNE DA UNO N

— C’est ce que vous savez mieux que personne, lui répondit Roger avec calme.

— Ah çà ! est-ce que je deviens fou ? fît l’architecte en se pressant le front entre ses deux mains. Voyons..., c’est bien ma maison, cependant... Voici bien ma chambre, mes meubles, ma femme. Voyons, monsieur, il y a ici quelque... Oserait-on se jouer de moi? s’écria-t-il avec une nouvelle explosion de fureur.

— En voilà assez, monsieur, interrompit Maubert, qui voyait que Suzanne commençait à

faiblir. Quelle que soit ma patience, il ne faudrait

pourtant pas la pousser à bout. Je suis souffrant, et j’ai besoin de repos.

— Hein!... quoi!... Comment! vous allez vous installer ici? reprit le malheureux Daunon.

— Parbleu ! répondit Maubert. Écoutez, monsieur, vous me paraissez aussi fort... souffrant, pour ne pas dire plus. Tout ce que je puis faire pour vous, c’est de vous offrir l’hospitalité pour cette nuit.

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— Une fois le Palazzi éloigné, nous pourrons nous expliquer, pensait le jeune homme.

Mais Daunon, qui étouffait de colère, prit cette proposition pour une nouvelle raillerie. Dans sa fureur, il voulut se jeter sur M. de Maubert. Le caporal et M. Palazzi le retinrent à bras-le-corps.

— Tout cela me semble louche, dit l’Italien, et votre colère, monsieur, m’a l'air d’être tout bonnement une ruse pour nous dépister.

Cette supposition détourna sur lui la colère de Daunon, et lui valut une avalanche d’injures et de malédictions.

Au lieu d'y répondre, il fit signe à deux soldats de s’emparer de son violent interlocuteur et de lui tenir les bras; puis, il se mit en devoir de lui ôter sa redingote et son gilet.

— Aurais-je donc affaire à une troupe de bandits? hurla le malheureux architecte. Oue signifie ..?

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— Je veux voir si vous êtes blessé, répondit l’Italien.

— Qu’est-ce que cela vous fait? s’écria M. Daunon en se débattant. Pourquoi serais-je blessé? Vous êtes fou ou vous vous moquez de moi ; mais cela ne se passera pas ainsi ; demain je porterai plainte, et vous saurez ce qu’il en coûte pour insulter un honnête citoyen.

— Il n’a aucune trace de blessure, continua tranquillement Palazzi; peut-être l’aurai-je manqué..., ou bien ce n’est pas mon homme.

Làchez-le, messieurs.

Les soldats laissèrent aller M. Daunon, qui se jeta sur une chaise les bras pendants et le regard hébété. Il avait tant crié, tant juré, tant menacé, qu’il n’avait plus de voix. Il chercha sa femme des yeux; mais Suzanne s’était réfugiée dans son cabinet de toilette.

Après un instant de délibération entre M. Palazzi et le caporal, il fut résolu qu’on allait emmener au poste le quidam qui se déclarait si

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effrontément propriétaire des maisons et des jolies femmes qui ne lui appartenaient pas.

M. de Maubert voulut intercéder pour lui, mais un regard soupçonneux de M. Palazzi lui ferma la bouche.

En se voyant menacé de cette nouvelle mésaventure, l’architecte eut une idée qui aurait dû lui venir plus tôt, si la colère ne lui avait ôté tout son sang-froid. Il porta la main à sa poche pour y chercher quelques papiers de nature à prouver son identité.

— Malédiction ! s’écria-t-il, on m’a volé mon portefeuille...

Le susdit portefeuille avait glissé de la poche du paletot de Daunon, que Palazzi, sans plus de cérémonie, avait jeté sur un fauteuil pour procéder à ses investigations. Maubert s’en était lestement emparé et n’avait garde de le restituer en ce moment à son légitime propriétaire.

— De sorte que vous n’avez aucuns papiers ?

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dit le caporal... Pas même une lettre à votre

adresse ?

Daunon ne répondit que par une avalanche de jurons et de malédictions.

Sur un signe du caporal, quatre soldats saisirent le malheureux architecte.

— Vous allez nous suivre au poste, monsieur, dit le caporal; demain, tout s’expliquera.

Il y eut une nouvelle explosion de fureur.

Outre sa colère de se voir ainsi mystifié, Daunon n’était nullement flatté de laisser un inconnu passer la nuit sous le toit conjugal. Ses cris et ses menaces ne firent que confirmer les soldats et M. Palazzi dans l’opinion qu’ils avaient affaire à un fou, ou bien à quelque individu ayant ses raisons pour craindre la constatation de son identité.

Tandis qu’on l’emmenait, Palazzi renouvela ses excuses à M. de Maubert et à sa prétendue femme.

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