SUZANNE D A UNO N
— Je vous demande mille pardons de ma conduite, leur dit-il. Maintenant que je suis de sang-froid, je reconnais tout ce qu’elle a eu d’inconvenant et de blessant pour vous; mais vous comprenez ma position. Un moment, j’ai cru que ma femme me trahissait, et cette pensée m’a rendu fou.
— Vous voilà rassuré, maintenant, je l’espère, lui dit Roger. Comment pouvez-vous ajouter foi à une lettre anonyme? Il me parait probable que l’individu sur lequel vous avez tiré était tout bonnement un de ces maraudeurs comme on en rencontre tant dans les environs de Paris.
— Je commence à le croire, monsieur.
— Quant à cet individu que les soldats emmènent en ce moment, je parie que c’est quelque Parisien qui aura trop bien dîné dans une guinguette et dont les idées sont un peu troublées en ce moment. Je mettrais ma main au feu que ce n’est pas un malfaiteur.
STZANNE DAUNON
— Il a une bien mauvaise ligure, reprit M. Palazzi.
— Mais non, dit Roger : cela tenait à la colère, qui le défigurait un peu. Demain matin, j’irai m’informer de ce qu’il est devenu.
— Je vous serai très-reconnaissant de vouloir bien vous en charger, dit l’Italien. Pour moi, je retourne à Paris dès ce soir, et, si jamais je m’installe à la campagne, je veux que l’enfer m’étrangle ! Dans ces maudits petits endroits, tout se sait tout de suite. Demain, mon
histoire courra les rues. Aussi, je jure que, ni ma femme ni moi, nous ne remettrons jamais les pieds dans ce satané pays.
Il recommença ses excuses, et finit par se retirer, au grand soulagement de M. de Maubert et de madame Daunon.
Dès que les deux jeunes gens se trouvèrent seuls, Roger jeta de côté tout son déguisement. Suzanne se laissa tomber sur une chaise et cacha son visage entre ses deux mains.
SUZANNE DAUNON
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En levant les yeux, elle aperçut Maubert debout devant elle et la contemplant avec une indicible expression de repentir.
— Comment m’acquitterai-je jamais envers vous, madame? lui dit-il. Si vous saviez combien le cœur me saignait en voyant tout ce que vous souffriez ! Que vous avez été bonne et généreuse ! Tenez, madame, reprit-il d’une voix émue et les larmes aux yeux, je vous jure que
si j’avais pu, au prix de ma vie, vous épargner «
toutes ces angoisses, je n’aurais pas hésité un seul instant à me livrer à cet homme... De grâce, dites-moi que vous ne me regardez pas comme un lâche et que vous ne me méprisez pas !
Le pauvre garçon avait l’air si inquiet, si douloureusement affecté, que madame Daunon ne put s’empêcher de le consoler par un signe de tête.
— Vous pleurez, reprit-il avec tristesse, et c’est moi qui en suis la cause ! Mon Dieu !
SUZANNE DAUNON
mon Dieu ! pourrez-vous jamais me pardonner ?
— Ne parlons plus de tout cela, monsieur, dit Suzanne en s’essuyant les yeux du bout de ses jolis doigts. Il faut vous éloigner, maintenant.
— Je suis prêt à vous obéir en tout, repritil ; mais j’ai peur pour vous. M. votre mari m’a l’air si violent!... Je redoute pour vous quelque scène pénible.
— Je l’aurai bien mérité, dit-elle, et je n’aurai pas le droit de me plaindre.
— Voulez-vous que j’aille moi-même au poste lui expliquer?...
— Qh ! non, monsieur, interrompit vivement madame Daunon, qui connaissait le caractère brutal et hargneux de son mari. Il est encore tout exaspéré. Cela ferait une querelle entre vous. Puis, dans le premier moment, il pourrait aller trouver M. Palazzi et lui raconter la vérité... Ce serait perdre tout le fruit de nos..., de