‹ Le Bal de l'Opéra. [Clara. Suzanne Daunon.] Par Alfred de BréhatChapitre 6 sur 12 · SUZANNE DA U NO N · texte numérisé non relu

SUZANNE DA U NO N

nos mensonges, dit-elle en baissant la tête, et peut-être exposer la vie de cette pauvre femme. Parlez, monsieur, retournez à Paris; moi, je vais courir chez un ami de mon mari qui demeure non loin d’ici, et je l’enverrai au poste réclamer M. Daunon.

— Que vous attendrez ici?

— Oui, monsieur.

— Tenez, j’ai peur pour vous.

— Cela ne regarde que moi, monsieur, répondit-elle avec un peu de hauteur ; car elle se sentit humiliée de la mauvaise opinion que M. de Maubert semblait avoir de son mari.

— Pardon, madame, dit le jeune homme en s’inclinant avec une respectueuse tristesse.

Fasse Dieu que je puisse un jour vous témoigner ma reconnaissance et vous prouver que je comprends tout ce qu’il y a de noble et de généreux dans votre conduite !

— Adieu, monsieur, lui dit madame Daunon en détournant la tète pour fuir les yeux de

SUZANNE DAl'NON

Roger, dont la reconnaissance paraissait la troubler au delà de toute expression.

— Ne vous reverrai-je donc jamais ? demanda-t-il d’un ton suppliant.

— Jamais, monsieur.

— Comment ferai-je pour vous témoigner mon éternelle reconnaissance?

— Eh bien ! monsieur..., commença Suzanne, qui s’arrêta brusquement.

— Eh bien ? demanda Roger.

— Eh bien ! reprit la jeune femme en faisant un effort sur elle-même, vous voyez quelles sont les conséquences d’une faute et quels malheurs elle aurait pu amener. Votre sœur m’a souvent parlé de vous. Je sais que vos...

Elle hésita encore.

— Mes folies, n’est-ce pas? dites le mot, fit Roger avec douceur.

— Eh bien ! oui, vos folies font beaucoup de peine à votre famille et surtout à Léopoldine. Elle tremble sans cesse pour vous. Si vous me

STZ ANNE DAUNON

conservez vraiment quelque reconnaissance de ce que j’ai pu faire pour vous, promettez-moi de changer de genre de vie. Devenez un homme sérieux et mettez votre bonheur ailleurs que dans les liaisons coupables, et dangereuses, non-seulement pour vous, mais encore pour celles que vous aimez. Me le promettez-vous ?

— Je vous le jure! répondit Roger avec élan.

— Et maintenant, adieu, reprit Suzanne émue malgré elle de l’accent du jeune homme. Il ne faut pas que votre présence ici se prolonge, ce serait me perdre. Partez, monsieur, partez, je vous en conjure.

— J’obéis, madame ; mais vous me pardonnez?

— Oui, monsieur.

— Alors..., reprit-il d’une voix qui tremblait et avec des larmes dans les yeux, alors, donnez-moi votre main.

Il y avait tant de respect, de tristesse et de repentir dans cette prière, que madame Dau-

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