‹ Le Balkan slave et la crise autrichienneChapitre 5 sur 22 · PL · texte numérisé non relu

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leurs origines, ni de la sphère de leurs souverainetés respectives, comme il eût pu faire de la dynastie des Valois ou de celle des Habsbourg. Entre temps, il revendique pour son « Balkan » les Césars ou les Papes qui en sont issus, et qui ont régné ailleurs, monarques en quelque sorte extérieurs de la « nation slovinique » : Maximin (Bulgare), Dioclétien (Dalmate), Constantin et Justinien (Serbes), — sans oublier Sixte-Quint, né dans les Bouches de Cattaro. Aux plus illustres il consacre des pjesme^ intercalées dans le développement historique. Les grands épisodes, les exploits légendaires — ceux de Scanderbeg en particulier — sont frappés en vers faciles et quelquefois émouvants. Le tout forme une galerie nationale qui n'a son équivalent dans aucune littérature, Tédifice le plus composite du monde, dont toute l'harmonie repose sur la rayonnante sincérité de Fauteur. — Dans nos sociétés occidentales, une telle œuvre, en dépit de ses qualités de forme, n'eût guère été classée dans l'opinion qu'au titre de l'originalité. Il faut croire que la moelle en a paru au contraire bien substantielle aux Jugo-Slaves, puisqu'au nom deKacic s'attache, dans toutes lesclasses ce genre de popularité qui ne soutire ni comparaison ni partage. Le secret de cette vogue consiste sans doute en ce qu'il osa évoquer, sous prétexte de raconter, et tel est le sentiment d'un critique qui écrivait, il y a quelques mois, de ce grand vulgarisateur du slovinisme : « Il fut moins le chantre du passé que celui de l'avenir ^ »

' LuciANOvir, Histoire de la littérature slave.

M LE BALKAN fiLÂYE

AU total, Técole de Raguse ne rend pas seulement aux Slaves du Sud le triple service d'adapter récriture à leur langue, jîusqu'alors exclusivemea^t orale ; d'ériger cette langue — en la modifiant; ^m. peu, il est vrai — en instruiment littéraire ; d'en faire le véhicule, enfin, d'aspirations qui ne se traduisaient auparavant qnae dans les pjesme. Elle lui donine un nom heureux, wn de ces nom« qui contribuent au succès des œuvres d'unification peut-être plus que les thèses, parce qu'avec eux., du moins, une fois rhabitude prise, on ne discute pas. Elle ne l'appelle ni herzé-g-ovinienne^ à raison de son origine, ni ragumine,^ au titre de l'adoption, — mais tout simplement slave {slovinski). Par là cette élite intellectuelle s'entretient dans le culte de la race ; de plus, em vertu die la réaction ordinaire des m;ots sair les idées^ elle le propage autour d'elle. Jusqaes et y compris les trente premières années die ce siècle, soninfluîe^e a été considérable. Eilea frayé les voies à Villy7'imie de 1835, q)ui n'était, au fond^ qaate du &lQvimsme transposé. Plus tard , quaa;d les Serbes et lesCrosates, puis les Bmlgsures et les Serbes^ imauigurèrent letiirs querelles, au nom d'um particularisme souvent suggéré pai* leurs voisins et d'asiLtaKit plus dissolvant, on remarqua que les publidsèes trempés dans la tradition ragusaine restaient neutres. Fa«bte de pouvoir empêcher que le mot slomnski^ ce vêtement ajusté par la vieille école à l'idée unitaire, ne se démodât, ils s'opposèrent du moins à ce qu'on lui en substituât dont le paTtdcularisme pût à son tour s'habiller. Pour eux, k nati'On reste

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anonyme, — ncurod. Cette judicieuse tactiqae de naots et cett«e foi dans Tunification future caractérisent singulièrement Tœuvre dti Niksa Marko Gradi, mort à Raguse en 1894, — un patricien journaliste, érudit et voltairien, associant des opinions subversives à des moeurs de bibliothécaire et dé bel esprit, et par là point indigne de fermer le cercle inauguré par Gundulic. Gradi a donné, Tannée même de sa mort, une formule à la fois logique et révolutionnaire de Tunité balkani<fue : « Les Dalmates ne sont qu'un élément de notre nation^ constituée par les Serbes, les Croates, les Bulgares et les Slovènes, lesquels ont vécu jusqu'ici émiettés en Autriche, au Monténégro et dans les petits Etats [staterelli) des Balkans. »

A partir dé ce siècle, l'école dalmate voit son influence ramenée à une mesure plus strictement littéraire. Elle conserve toujours une certaine avance de culture et ce je ne sais quoi de particulièrement vif et coloré qui est inhérent à l'esprit méridional. Mais c'est en Serbie, à l'extrême nord des pays jugo-slaves, que commence le laborieux refoulement de l'Islam : le mouvement national change du même coup de forme et d'impulsion.

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