CHAPITRE V
Sommaire. — Les démêlés confessionnels dans le Balkan slave. — Guerres de religion sans dévots. — La nationalité-culte chez les pravoslaves ; explications historiques. — L'Exarchat bulgare, Tarchidiocèse d'Uskub et les dernières affaires de Macédoine. — Sommations de l'Eglise serbe au Patriarchat. — Rapports avec les catholiques. — Le protectorat religieux de TAutriche dans la péninsule et l'usage qu'elle en fait. — Le Concordat monténégrin. — La diplomatie autrichienne et le Concordat serbe. — M^' Strossmaier, le roi Milan et M. de Kalnocky. — La liturgie paléo-slovène ; son importance. — L'union des Eglises, idéal lointain et programme inopportun» — Le vrai rôle du catholicisme dans les Balkans.
« Catholiques ou pravoslaves^ nous sommes tou& le même peuple. » — Cette déclaration du « socialiste » de Mitrovitza à ses juges contient tout un programme politique, puisque enfin c'est dans le& plis de drapeaux confessionnels que nous venons de voir Serbes et Croates abriter leurs divergences. En avançant vers FOrient, j^ans la malheureuse Macédoine, c'est encore une question confessionnelle, d'apparence tout au moins, qui met aux
LA QUESTION RELIGIEUSE d89
prises les Serbes et les Bulgares. Les mots d'Exarchat et d'Eglise serbe reviennent à chaque instant dans l'histoire de ces démêlés, pour ainsi dire périodiques; leur retour a été plus fréquent encore, depuis le mois de septembre dernier, la question du métropolite d'Uskub, dont nous parlerons plus tard, ayant donné lieu, entre les deux pays, à une tension de relations qui dure encore. On est tenté de voir en ceci un signe très fâcheux des dispositions des Slaves du Sud à l'endroit les uns des autres, comme aussi de leur degré d'avancement dans la tolérance, — vertu cardinale du catéchisme un peu niveleur de la civilisation. En seraient-ils encore au temps où l'unité de la religion passait pour un des facteurs de l'Etat, et où les croyances, faute depouvoir vivre côte à côte, visaient à s'exterminer? Il faudrait renoncer alors — ou du moins pour longtemps — à toute idée de groupement, d'entente même morale, et convenir que les frontières politiques actuelles ne sont pas si arbitraires, ni surtout si nuisibles, puisqu'à leur défaut la race se disséminerait d'elle-même derrière des frontières religieuses. La question est trop grave en soi et importe trop à l'objet de cette étude pour que nous ne la traitions pas avec quelque développement.
En ce qui touche tout d'abord les démêlés entre catholiques et pravoslaves^ de beaucoup les plus fréquents et les plus envenimés, nous la croyons préjugée — et dans un sens opposé à ces pessimistes conclusions — par une constatation de contrôle bien facile. Il y a quelque chose de fort singulier au fond de cette « guerre de religion ». C'est