‹ Le Ballet à travers les agesChapitre 2 sur 11 · EGYPTE · texte numérisé non relu

EGYPTE

antiquité eut une vénération : l'Egypte. La Grèce se prosternait devant elle comme devant sa mère, mère de sa civilisation, de sa religion et de ses mythes; Rome, qui la méprisa d'abord, finit par partager cette admiration pour la terre chérie dTsis et d'Osiris, et, cinq sièclesaprès Hérodote, Apulée n'avait pas pour elle et ses « sublimes » mystères assez d'épilhètes admiratrices.

Parmi les choses où l'Egypte avait précédé les autres peuples est l'étude de l'astronomie, et de l'astronomie naquirent les premiers ballets. « Le chœur des astres, la conjonction des planètes et des étoiles fixes, leur société harmonieuse, leurs admirables concerts sont le modèle de la première danse» (Lucien, De la danse).

C'étaient de véritables ballets que ces danses astronomiques, ballets sacrés, réglés par les prêtres, et qui étaient à la fois un enseignement et une "adoration. Où se dansaient-ils? Dans les temples, sans doute, dans les enceintes intérieures à ciel ouvert entourées de la forêt des colonnes palmées, sur les terrasses dominant les villes, et la nuit, sous la voûte bleue criblée d'étoiles, en face de la grande lune. Ils représen-

taienl le système céleste selon qu'on le concevait jadis, et tel que nous l'a transmis le bas-relief zodiacal sculpté sous les Ptolémées, dont un moulage est au Louvre.

Au centre de la figuration était l'autel avec l'image du Soleil, milieu du monde, ou la figure d'un Chacal, appelé généralement : Guide des chemins célestes. Deux grands cercles de danseurs et de danseuses l'entouraient, représentant d'abord le Cercle zodiacal, dont tous les Signes se suivaient en spirale, du Lion jusqu'au Cancer-, puis les trente-six Décans, Génies présidant aux trente-six décades de l'année. Extérieurement à ce cercle se tenaient quatre femmes debout, représentant les Quatre Points cardinaux, lesquels sont censés soutenir le ciel à laide de huit Horus à tête d'épervier. Dans le Cercle zodiacal dansaient les cinq Planètes, représentées par cinq personnages le sceptre à la main, puis, disséminées dans les deux cercles, toutes les autres Constellations : Sirius, représenté par une vache couchée dans une barque, avec une étoile sur la tète et le Signe de la vie pendant au cou; devant Sirius, un personnage qui portait un sceptre et une couronne, avec un fouet sur l'épaule, était l'âme d'Osiris; puis la Déesse à tète d'hippopotame (la Nourrice ou la Grande Mère) avec sa longue mamelle et un glaive; Nakht, ou le Vainqueur, avec une masse d'armes; le Grand Serpent coiffé du diadème; un groupe de Huit Coupables liés ensemble, etc.

Tous ces personnages, hommes et femmes, devaient porter tics masques figurant des têtes d'animaux. Des chanteurs et des chanteuses chantaient des hymnes a la gloire du Dieu créateur et de l'harmonie des sphères, tels que les hymnes admirables d'Orphée: «Astres! lumières flamboyantes! signaux luisants de l'Ouranos! je vous invoque d'une voix chaste, vous et les Génies du firmament courbe. — Astres étincelants du monde, compagnons bien-aimés de la nuit, qui parcourez dans vos orbites immentous les creux de l'Ouranos! — Peuple inquiet, toujours vague et voyageur, peuple nocturne épars sur le manteau sombre des nuits, flammes scintillantes, joveuses et vigilantes, — Je vous invoque pour les Mystères sacrés de votre culle; faites briller une lueur favorable aux sacrifices par lesquels nous vous adorons. »

Quant au mouvement du ballet, il s'exécutait en rond, d'abord de droite a gauche, selon le mouvement des cieux, du levant au couchant, puis de gauche à droite pour représenter la marche des planètes. Enfin, un temps d'arrêt représentait l'immobilité de la Terre. De ces trois mouvements serait venue la marche des chœurs dans les tragédù strophe (droite à gauche); anlistrophe (gauche à droite); épode (réunion, arrêt

Celte danse était, on le conçoit, d'un rythme Ires majestueux et lent. C'était, comme à toute danse religieuse, un honneur d'y prendre pari, tandis que, comme amusement, la danse était proscrite en Egypte, pays où la morale d'Etal «Ma i t liés sévère el considérait cet art comme pernicieux aux mœurs. Nous retrouverons a la Renais en France, des ballets astronomiques, mais ce ne scia plus qu'un spectacle purement théâtral.

Pour en iin'w avec l'Egypte, si la danse profane \ était interdite, il y avai de

danses sacrées et dont le caractère nous semblerail forl profane, pour satisfaire !< s plus passionnés dans cet art, car l'on dansail a toutes les fêles, qui élaienl noml — fêles pour la pleine Lune, pour le Soleil, pour Apis. etc. - 1 .es instruments de musique accompagnant la danse étaient d'ordinaire les tambours, les sistres, les flûtes el grandes harpes. Les danseuses élaienl nues, avec un cercle d'or a la ceinture, ou \èti i d'une robe transparente.

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